Critiques Cinéma

LOVE HUNTERS (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Australie, été 1987. Un soir, alors que la jeune Vicki Maloney se rend à une soirée, elle est abordée dans la rue par Evelyn et John White, deux trentenaires qui l’invitent chez eux. Sur place, elle comprend qu’elle est tombée dans un piège. Séquestrée, sa seule chance de survie sera d’exploiter les failles du couple…

Depuis quelques années, le cinéma de genre australien connait un important renouveau qui ravit des générations de cinéphiles profondément marquées par des films dans lesquels la violence, tant physique que psychologique, dénotait avec le reste de la production mondiale. Un documentaire Not Quite Hollywood. The Wild, Untold Story of Ozploitation fut même consacré à cet âge d’or du cinéma de genre australien qui commença dans les années 70 avec Wake In Fright de Ted Kotcheff (Rambo) et se prolongea jusqu’au début des années 90, produisant des films aussi incontournables pour tout amateur d’objet bizarre que Patrick, Razorback, Road Games, Long Weekend et Next of Kin. Quentin Tarantino a lui même souvent fait part de son amour pour ces films et de l’influence qu’ils ont pu avoir sur son oeuvre. C’est avec Wolf Creek (2005) et Les Crimes de Snowtown (2011) que ce cinéma australien, profondément marqué par les histoires de tueurs en série, s’est à nouveau rappelé à notre bon souvenir. Pour son premier film, Ben Young, dresse le portait d’un couple de serial killers, qui n’est pas inspiré d’une histoire vraie mais de plusieurs cas réels à partir desquels il a travaillé pour son scénario. Plus psychologique qu’horrifique et par instant réellement dérangeant comme l’étaient ses glorieux aînés, Love Hunters évite le gore, ce qui en soit est plutôt positif, mais plonge la tête la première dans des effets de mise en scène qui viennent lui enlever beaucoup de son efficacité.

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L’intérêt du film ne réside pas dans sa trame assez classique: l’enlèvement d’une adolescente dont les parents viennent de se séparer et qui, le temps d’une soirée, s’échappe de la maison de sa mère, avec laquelle elle vient de se disputer. Si Love Hunters s’intéresse d’abord à Vicki (Ahsleigh Cummings) et ses relations avec ses parents et son petit ami, pour créer l’empathie quand elle tombera entre les mains de ces croquemitaines érotomanes, le coeur du film de Ben Young se situe ailleurs. Love Hunters n’est pas qu’un énième thriller sadique dans lequel ce qui importe le plus est le sort d’une victime à laquelle on peut s’identifier. C’est dans le portrait qu’il dresse de ce couple de serial killers et par extension celui qu’il dresse de cette femme prête à toutes les monstruosités pour l’amour d’un homme, que se situe sa singularité et son originalité. Il se rapproche en cela du film de Leonard Kastle, The Honeymoon Killers (1971) qui dressait lui aussi, à partir d’une histoire vraie (celle de Raymond Fernandez et Martha Beck qui furent accusés d’une vingtaine de meurtres de femmes) , le portrait d’une femme sous l’emprise d’un homme l’entraînant dans sa folie meurtrière. Martha (Shirley Stoler) était sous la dépendance psychologique et affective d’un homme, Ray (Tony Lo Bianco), séducteur pathologique et sans scrupule motivé principalement par l’argent qu’il pouvait obtenir de ses victimes. Le fonctionnement du couple de Love Hunters est plus pervers et complexe. John (Stephen Curry) est un authentique pervers obéissant à ses seules pulsions pour choisir ses proies et les partager ensuite avec Evelyn (Emma Booth), complice consentante pour laquelle il est difficile d’avoir la moindre empathie au début du récit.

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Ben Young met beaucoup de soin à donner à son film une patine années 80 du plus bel effet, nous ramenant dans ces banlieues de l’Australie écrasées par le soleil et dans lesquelles rôdent des tueurs sans pitié. S’il faut saluer cette incontestable réussite esthétique, la photographie de Michael McDermott mérite toutes les louanges, les choix de mise en scène ne sont malheureusement pas tous du meilleur effet. Ben Young a voulu créer une ambiance particulièrement malsaine et suffocante, semblable à un cauchemar éveillé, faisant de ce couple érotomane des psychopathes sans grande nuance, dans les griffes desquels va immanquablement tomber cette pauvre jeune fille. A notre sens, il aurait pu faire l’économie de quelques ralentis et effets de mise au point quand cette histoire, certes conventionnelle, aurait pu être, plus oppressante en optant pour une approche plus réaliste où la mise en scène s’effacerait plus derrière l’horreur du comportement de ce couple. Il est difficile de remettre en cause les goûts musicaux de Ben Young et si nous étions par exemple emportés par Nights in White Satin de Moody Blues, son utilisation dans cette scène relève toutefois de l’afféterie de mise en scène.

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C’est lorsqu’il s’intéresse plus à la psychologie de ses personnages que Love Hunters est le plus convaincant. Après s’être penché, dans son court métrage Something Fishy,  sur la toxicité d’une relation amicale entre deux jeunes garçons dont l’un est plus vulnérable et influençable, Ben Young s’intéresse à la toxicité d’une relation amoureuse entre un pervers narcissique et une femme qui a tout abandonné pour lui et se trouve sous sa totale emprise affective et sexuelle. Le récit lève progressivement le voile sur Evelyn pour l’humaniser et nous faire comprendre, comme Vicki qui observe le fonctionnement de ce couple depuis le lit sur lequel elle est attachée, la fragilité de cette femme et la perversité de sa relation en apparence fusionnelle avec John. Comme le chantait Kate Bush dans Hounds of Love qui a donné son titre au film (Love Hunters étant le titre français), Evelyn ne sait pas ce qui est bon pour elle et a besoin de l’amour de John. Elle est indiscutablement un monstre mais elle l’est en partie devenue à cause de sa dépendance psychologique. Ben Young joue habilement de la relation entre Evelyn et Vicki pour faire écarter son récit du sentier trop balisé et stylisé qu’il avait d’abord emprunté. Emma Booth, méconnaissable comme l’était Charlize Theron dans Monster et qui comme elle a débuté sa carrière comme mannequin, porte le film sur ses épaules et signe une performance mémorable, laissant transparaître un mélange de monstruosité et de vulnérabilité très déstabilisant. Dans ce jeu de manipulation et la tension psychologique qu’il arrive à installer, Love Hunters est une grande réussite et il est très frustrant de le voir tomber par ailleurs dans de grosses facilités de narration et des lourdeurs de mise en scène qui le font retomber au sol alors qu’il était parti pour s’élever au sommet des thrillers de cette année.

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Titre Original: HOUNDS OF LOVE

Réalisé par: Ben Young

Casting :  Emma Booth, Stephen Curry, Ashleigh Cummings …

Genre: Thriller

Sortie le: 12 Juillet 2017

Distribué par: UFO Distribution

3 STARS BIEN

BIEN

 

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