Critiques Cinéma

BAYWATCH – ALERTE A MALIBU (Critique)

SYNOPSIS: Le légendaire sauveteur Mitch Buchannon est contraint de s’associer à une nouvelle recrue, Matt Brody, aussi ambitieux que tête brûlée ! Ensemble, ils vont tenter de déjouer un complot criminel qui menace l’avenir de la Baie… 

Ah là là, le 7ème Art est à ce point magnifique et imprévisible qu’il autorise parfois les projets les plus aberrants et les incongruités les plus folles à trouver le chemin des salles au moment où on ne les attendait plus. Et c’est généralement lorsque l’été se rapproche que le taux de purges estivales crève soudain le plafond, nous rappelant du même coup à quel point savourer des nanars tournés pour la blague avec un budget tenant dans une poche de short de bain peut s’harmoniser à merveille avec une séance de bronzage sous les cocotiers. Pas la peine de se tordre les neurones : tant qu’il y a du soleil, de la flotte, des musclés au torse huilé et des bimbos en tenue légère, ça suffit à nous faire oublier les problèmes de la vie réelle. Mais là, pour le coup, on n’ira pas jusqu’à dire qu’une adaptation cinématographique de la série Alerte à Malibu avait tout pour rentrer dans cette catégorie. Il suffisait juste de repenser non pas aux qualités plus que limitées de cette série (encore aujourd’hui l’une des plus vendues et visionnées dans le monde entier), mais bien au premier degré pour le coup totalement déplacé (et donc presque amusant aujourd’hui) qui la rendait plus ridicule qu’autre chose. D’autant qu’à l’instar de Joey et Chandler dans Friends, on sait bien ce qui nous plaisait là-dedans : admirer de sublimes filles (ou de beaux mecs musclés, c’est vous qui voyez…) courir au ralenti et en maillot de bain sur une plage de Los Angeles. Les histoires de cœur et les intrigues policières à deux dollars, tout ça, c’était juste peanuts.

Oser une adaptation cinématographique de cette série plus kitsch tu meurs avait donc tout de la fausse bonne idée, qui plus est à l’heure où l’obsession nocive pour la rentabilité à court terme oblige les studios hollywoodiens à taper dans le fond du panier des programmes branchés des années 80-90 afin de les rebooter n’importe comment. Dans les faits, pour un 21 Jump Street brillant (et très vite surpassé par sa suite), la plupart des tentatives avaient vite fait de ressembler à un parterre de cadavres étalés sur le rivage à la suite d’un violent tsunami : Chips, L’agence tous risques, Shérif fais-moi peur, etc… Vu la médiocrité de son matériau de base, Baywatch n’avait en revanche qu’un seul atout pour ne pas boire la tasse : fuir le premier degré comme la peste et foncer tête baissée dans l’outrance beauf. Ce à quoi Seth Gordon, ancien documentariste ultra-prometteur (King of Kong) devenu serpillière malléable pour comédies bas de plafond (Commet tuer son boss ?), a eu la bonne idée de se limiter. Tout dans Baywatch suinte donc l’hypertrophie la plus totale, et ce dès son intro qui promet déjà beaucoup : une plage de Malibu cramée par le soleil, du slow-motion en veux-tu en voilà sur des surfeurs qui flottent vers le soleil couchant, une mythologie plagiste qui récite et iconise tous ses codes (jumelles des sauveteurs, corps bronzés des vacanciers, pieds agités par les vagues, etc…), et surtout un Dwayne Johnson plus massif et carrossé qu’un Hummer, courant au ralenti pour aller sauver un kite-surfeur qui s’est cogné la tête contre un rocher. Le temps que la star ultra-musclée émerge de l’eau comme dans une pub pour déodorant Axe, avec les lettres majuscules du titre qui apparaissent derrière lui sur la ligne d’horizon, on sent déjà que ce projet improbable et pas du tout attendu (la preuve : son bide aux États-Unis s’apprête à devenir un énorme bide en France !) va envoyer du lourd en matière de grand écart entre érotisme solaire et vulgarité outrancière. Sauf qu’à bien y réfléchir, un film – et quel film ! – avait déjà imposé de nouveaux standards en la matière : Spring Breakers de Harmony Korine, virée fluo-trash dans le royaume merveilleux de l’excès sous forme d’un éloge punk et sensoriel de la fuite en avant sexualisée et paradisiaque. Gordon traînant un vieux slip de bain là où Korine se pavanait en short moulant fluo, la comparaison est assez fatale. Mais en lorgnant du côté de la parodie pure et je-m’en-foutiste, Baywatch se trouve un rythme de croisière assez optimal.

Toucher à la série Alerte à Malibu pour mieux la dévisser de l’intérieur et activer les rouages ringards qu’elle avait inexplicablement laissés inactifs : voilà la bonne idée du projet. D’aucuns ne manqueront pas de stigmatiser le film en parangon de cynisme XXL, puant la standardisation forcée et l’écriture au rabais (on recense une bonne quinzaine de producteurs exécutifs et au moins six scénaristes !), là où Gordon vise au contraire le clinquant et la maladresse, tous deux employés comme de savoureux effets narratifs qui vrillent de l’intérieur une mécanique foutue d’avance en cas de premier degré. On voit d’ailleurs mal en quoi l’inverse aurait pu être justifié au vu d’une telle intrigue, en l’état aussi épaisse que du fil dentaire. Donc acte : autant s’amuser du vide à force de le tutoyer dans chaque situation. Qu’importe cette intrigue policière confrontant une équipe de maîtres-nageurs à un obscur réseau de trafiquants de drogue et de politiciens corrompus. Qu’importe cette vilaine siliconée (jouée par une star de Bollywood) en Ctrl+C de Kim Kardashian mais encore plus ambitieuse que la vraie. Qu’importe ce mantra neuneu du bienveillant Mitch Buchannon sur son travail de sauveteur : pas un métier, non, un mode de vie, un état d’esprit, une mission sacrée, une philosophie de vie, et je ne sais quoi d’autre ! Qu’importe si les effets spéciaux numériques nous rayent le cristallin par leur incommensurable laideur (l’incendie nautique ferait passer Sharknado pour du James Cameron). Qu’importe tout ça : ici, l’heure est à la connerie totale.

Puisque les masturbateurs compulsifs à chromosomes XY attendaient la réponse de pied ferme, faisons-leur plaisir quelques instants. Oui, les actrices du film sont de véritables bombes sexuelles qui n’en ratent jamais une pour faire gigoter leurs melons au ralenti. Oui, leurs tenues et leur sex-appeal sont encore plus incendiaires et spectaculaires que les scènes d’action du film. On pourra donc dire un grand merci à Alexandra Daddario et à Kelly Rohrbach de faire exploser le mercure à chacune de leurs apparitions, tout en nous satisfaisant de quelques plans Wonderbra très généreux et très… pénétrants (surtout chez la seconde). Mais ce n’est pas tout, loin de là : dans cet inénarrable plaidoyer commun pour l’expansion hormonale et la régression neuronale, sachez que pas moins de 69 millions de dollars de budget ont été engloutis non par pour en mettre plein les mirettes en matière d’action, mais plutôt pour en faire visiblement des caisses dans l’enrobage mièvre et l’humour pipi-caca-bite de gamin de CE1 défoncé aux fraises Tagada. Sans déconner ? Sans déconner. La victime n°1 dans tout ça, c’est évidemment ce cher Zac Efron : désormais enchaîné à vie à son image de têtard pour midinettes voué à la plus déplacée des auto-humiliations (Dirty Papy et Paperboy l’avaient bien démontré), l’acteur reprend ici le rôle tenu dans la série par David Charvet afin de le revisiter en tête à claques égoïste. Le voilà donc qui passe tout le film à rouler des mécaniques en attendant le moment où il va se prendre un revers, à limiter son expressivité d’acteur aux plaquettes de chocolat qui lui servent de torse, et à devenir le dindon de la farce dans des scènes si gênantes qu’elles en deviennent nerveusement drôles (se travestir en femme, tripoter le pénis d’un cadavre dans une morgue, gagner le sobriquet de « High School Musical », etc…). Sans parler du gag le plus éculé – et peut-être désormais le plus nauséabond – de l’histoire des gags : le coup classique du clin d’œil homo-érotique entre Efron et Johnson, répété en boucle pendant tout le film, avec même le Say You Say Me de Lionel Richie pour enfoncer le clou.

On préfèrera largement quand cet éloge du ratage rigolo et assumé se décline par les clins d’œil affirmés à la série d’origine : d’un côté, deux caméos furtifs (David Hasselhoff et Pamela Anderson) qui sont juste là pour faire la blague qui tombe à plat (et qui, donc, fait nerveusement rire) ; de l’autre, une propension à se rêver en relecture ZAZesque d’une série soi-disant glorieuse (« Ce que tu me racontes là, c’est la matière d’une série télé cool », entend-on ici après un résumé du travail de maître-nageur-sauveteur), ce qui ne produit ici qu’une distance ouvertement ringarde. Or, c’est cette ringardise assumée, filtrée dans une vulgarité rébarbative (on a encore droit au coup de la quéquette coincée !) et une enfilade de scènes d’action volontairement ridicules (mention spéciale à la baston dans une chambre de petite fille), qui suffit à faire de Baywatch un magnifique plaisir coupable, nageant en brasse coulée entre la série Z qui assume sa nullité intrinsèque et la comédie graveleuse pour reluqueurs de défilés de maillot de bain. Trop de tout pour pas grand-chose, c’est sûr, mais avec la canicule qui fait des ravages en ce moment, subir un tel check-up sexy et solaire dans une salle de cinéma climatisée a valeur de pause rafraîchissante. Comme quoi, même le pire peut parfois avoir du bon.

Titre Original: BAYWATCH

Réalisé par: Seth Gordon

Casting : Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario…

Genre: Comédie, Action, Aventure

Date de sortie: 21 juin 2017

Distribué par: Paramount Pictures France

BIEN

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