Critiques Cinéma

LE BÛCHER DES VANITÉS (Critique)

SYNOPSIS: A la suite d’un banal fait divers, Sherman McCoy, élite de la haute finance new-yorkaise, devient la proie des politiciens, des médias et de la justice qui ont besoin de redorer leur blason… 

Propulsé réalisateur bankable au milieu des 80’s après les triomphes successifs de Scarface et des Incorruptibles, Brian De Palma se met en tête de mettre en scène Le Bûcher des Vanités, adaptation filmique du roman éponyme de Tom Wolfe (auteur, entre autres, d’un autre bouquin culte porté sur grand écran, L’Etoffe des Héros) écrite par Michael Cristofer. Nanti d’un casting prestigieux, incluant quelques grandes stars de l’époque (Tom Hanks, Bruce Willis, Morgan Freeman, Mélanie Griffith, Kim Cattrall, F. Murray Abraham…et même la toute jeune Kirsten Dunst), le film fut pourtant sanctionné d’un accueil critico-public glacial (seulement 15 millions de dollars de recettes sur le sol américain pour un budget de 47M, retours presse calamiteux, 5 nominations aux Razzie Awards 1991). Le postulat est simple : à la suite d’un malencontreux incident, nous assistons à la chute progressive et irréversible d’un golden-boy (Tom Hanks) jusqu’alors en pleine gloire dans le New-York du début des 90’s. Sherman McCoy, crème de la haute finance, voit en effet sa vie basculer lorsque sa maîtresse renverse avec une voiture de luxe un jeune noir dans le Bronx. Il devient alors la proie des journalistes qui enflamment l’opinion publique, en particulier d’un polémiste alcoolique sur le déclin (Bruce Willis).

A la réflexion (et surtout avec le temps), on perçoit aujourd’hui la logique de cet important échec commercial, tant Brian De Palma faisait alors feu de tous bois, brossant un portrait peu flatteur et sans complaisance de ses concitoyens américains, composés ici d’aristocrates sans scrupules, totalement aveuglés par le matérialisme et le sexe et entièrement asservis au profit et à la célébrité. Il faut avouer que De Palma était bien épaulé dans sa (lourde) tâche par la haute teneur du matériau de base, qui, au-delà du contexte politique parfaitement dépeint (conflits raciaux importants, gouvernement Reaganien féroce) et de la présence en premier plan d’une satire mordante, subtile et visionnaire des élites US (dégommage de tout le monde en bonne et due forme : courtiers de Wall Street, système juridique, médias, figures politiques et religieuses…), brillait par son écriture corrosive et son astucieux dispositif narratif, multipliant habilement les points de vue et les personnages secondaires ligués pour faire tomber Sherman, le successful WASP campé par Tom Hanks. De Palma a, en effet, préservé la substantifique moelle du roman en conservant notamment la narration en voix-off du journaliste alcoolique, qui nous immerge efficacement dans l’histoire.

On peut aussi retenir de ce Bûcher des Vanités la modernité de son propos, décelable sur deux points précis : De Palma a l’audace de condamner l’exploitation « émotionnelle » et la récupération de faits divers par les puissants de ce monde (pour parvenir à leurs fins) – à l’époque de Donald Trump et de ses fake news, on se dit qu’il avait visé juste – et lorsque l’excellent cinéaste de Phantom of the Paradise double la mise en abordant, avec brio, le lynchage médiatique et la manipulation politique dont fait l’objet Sherman dans le récit. Là encore, il fallait oser s’emparer d’un sujet toujours aussi brûlant de nos jours, et entremêler avec autant de justesse les grands maux de la société US (capitalisme, consumérisme, prétention..).

Ralliant sur la fin une morale peut-être discutable (le discours final de Morgan Freeman dans le tribunal a valu à De Palma son lot de critiques négatives), le réalisateur s’est entouré à l’occasion de cette adaptation de talents, autant devant la caméra (mention pour Bruce Willis et Morgan Freeman, impeccables) que derrière le combiné. Shooté par l’immense et regretté Vilmos Zsigmond, imprégné du style assez identifiable du cinéaste (plan-séquence inaugural, split-screen éloquent…), bien étayé par la composition inspirée de Dave Grusin, Le Bûcher des Vanités reste aussi dans les mémoires pour ses indéniables qualités techniques, même si certains pourront toujours rétorquer l’inutilité de certains choix (un défaut récurrent selon les détracteurs du réalisateur). Bâti à l’aide de gimmicks apparaissant justifiés car servant admirablement le récit (l’enchaînement malin de plongées/contre-plongées pour établir les rapports de domination/soumission des personnages les uns sur les autres), la mise en scène de De Palma justifiait pourtant à elle seule le déplacement en salles. Une réalisation une nouvelle fois virtuose, la technique ne tournant jamais à vide. Le Bûcher des Vanités ne fait peut-être pas partie du haut du panier de la filmographie de Brian De Palma, mais ne méritait pas les tomates qui lui ont été lancés. Un film certes imparfait (car accablé d’un rythme inégal), mais jouissif avec son casting 5 étoiles et son discours couillu et en avance sur son temps sur la haute société américaine. De Palma n’épargne personne et c’est tout à son honneur !

Titre Original: THE BONFIRE OF THE VANITIES

Réalisé par: Brian De Palma

Casting :  Tom Hanks, Mélanie Griffith, Bruce Willis,

Morgan Freeman, Kim Cattrall, Saul Rubinek…

Genre: Comédie, Drame

Date de sortie : 13 mars 1991

Distribué par: Warner Bros. France

TRÈS BIEN

 

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