Critiques Cinéma

LES PROIES (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.

Après avoir envisagé pendant un moment se pencher sur une itération live-action de La Petite Sirène, le célèbre conte de l’écrivain danois Andersen revisité cette fois par la plume du génial Richard Curtis (épaulé de Caroline Thompson, scénariste de Beetlejuice et Edward aux mains d’argent) et produit via la filiale Working Title pour le compte du studio Universal, pour finalement se raviser et lâcher l’affaire – invoquant officiellement les traditionnelles « divergences artistiques » et officieusement l’arrivée de la comédienne Chloë Grace Moretz dans le rôle-titre alors qu’elle souhaitait engager la novice Maya Thurman-HawkeSofia Coppola a jeté son dévolu sur Les Proies, nouvelle adaptation filmique du roman éponyme de Thomas P. Cullinan, bouquin qui avait déjà été transposé une première fois sur grand écran en 1971 par le regretté Don Siegel. De retour sur la croisette avec un peu d’appréhension – Marie-Antoinette s’était fait basher lors de son passage en compétition et son dernier long-métrage en date, The Bling Ring, avait été froidement accueilli et injustement boudé par la presse lors sa projection au Certain Regard, en 2013 – la réalisatrice de Virgin Suicides et Lost In Translation a retrouvé les honneurs de la compétition officielle avec Les Proies, servi par un casting glamour (Elle Fanning, Kirsten Dunst, Colin Farrell, Nicole Kidman) et une bonne équipe technique (avec notamment l’excellent Philippe Le Sourd crédité chef opérateur). Dans le rôle troublant du soldat nordiste qui, après avoir été blessé à la jambe pendant la guerre de Sécession et trouvé refuge jusqu’à un pensionnat pour jeunes femmes du camp adverse où il fait alors tour à tour l’objet d’attirance, de désir et de répulsion par les dites jeunes filles, c’est à Colin Farrell à qui revient la lourde tâche de succéder à Clint Eastwood, l’acteur-réalisateur ayant déjà campé le personnage dans le film de Siegel.

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Comment transformer un film subversif, vénéneux, ambigu, sans concession et incroyablement politique en un objet élégant certes mais édulcoré et aseptisé ? C’est un peu ça hélas Les Proies version Sofia Coppola. Tout n’est évidemment pas à jeter, le film est parcouru d’indéniables qualités techniques et thématiques mais en sortant de projection, c’est le mot « déception » qui sort en premier. Premier atout en main : la fille de Francis Ford Coppola cherche à se détacher le plus possible du Siegel et Les Proies version 2017 n’est jamais un bête décalque du film des 70’s. La cinéaste réinvente à sa sauce, pour le meilleur, ce récit tordu de militaire blessé et recueilli par les pensionnaires d’un internat de jeunes filles. Pour ce faire, elle choisit d’adopter cette fois le point de vue des femmes et de conter l’histoire via leur perspective à elles, filmant le pensionnat sudiste comme un couvent et renouant dès lors avec un de ses thèmes de prédilection : l’éveil à la sensualité de jeunes femmes dans un lieu où celle-ci est réprimée. C’est tout à son honneur, à la fois pertinent et logique quand on connaît l’attrait de la cinéaste américaine pour les personnages féminins enfermés, généralement prisonniers d’un système dont ils ne parviennent à s’extraire. Sauf qu’en pratique, cette bonne idée narrative ne mène jamais au grand film féministe attendu, Coppola se contente de suivre basiquement la trame et les scènes du Siegel pour livrer un petit manuel de la castration certes jouissif, mais manquant d’ambition, de tension érotique et se révélant bien trop timoré.

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La surprise vient plutôt du ton employé. Connue habituellement pour la noirceur poétique de ses récits, Sofia Coppola fait ici étonnamment preuve d’humour pour diriger Les Proies vers la farce. Les Proies possède, en effet, en son cœur plusieurs codes d’une farce macabre : objectif de faire rire, passages en français ajoutés entre les répliques en anglais, décor simple et unique du pensionnat, personnages et situations pathétiques (où règnent équivoque et ruse), monde de tromperie où la femme finit par triompher du patriarcat, thème du trompeur trompé. La plupart des ingrédients sont là et font assez mouche il faut bien l’avouer, avec des scènes et des répliques particulièrement cocasses (« i hope you like apple pie »), mais Sofia Coppola n’a pas grand-chose d’autre sous le capot quand elle ne brasse pas ses chimères habituelles (des adolescentes en pleine transformation vers l’âge adulte, l’insouciance de la jeunesse mixée à la sensualité évanescente, les sentiments toujours purs des héroïnes). À cet égard, les jeunes filles virginales du pensionnat, vivant en autarcie, renvoient d’ailleurs directement aux sœurs Lisbonne de Virgin Suicides, enfermées à leur insu dans une bâtisse où elles étouffent. Et Nicole Kidman, dans le rôle de la gouvernante de cette maison, apparaît dès lors comme la Kathleen Turner des Proies, la mère rigide de cette large famille de substitution. Les jeunes femmes, assez différentes dans leur manière de se comporter face au caporal, ont l’objectif commun de le séduire. Le militaire en profite pour duper son monde, choisissant de répondre favorablement aux avances de toutes les jeunes filles sans les avertir. Sofia Coppola étudie là quelque chose d’assez intéressant mais le fait trop sagement, concentrant son récit sur la rivalité entre les jeunes filles face à cet homme blessé, leur désir de batifoler et de s’émanciper, sans développer de réelle tension sexuelle. Un petit chaperon rouge pas assez féroce.

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Prévisible dans ses rebondissements et beaucoup trop court pour ce qu’il souhaite raconter (le film dure à peine 1h25), Les Proies pêche aussi par un « miscast » impardonnable en la personne de Colin Farrell. On peine en effet à se soucier du sort du soldat tant Farrell apparaît linéaire et fade dans son jeu. Sans le sex-appeal nécessaire, le reste apparaît superflu et les enjeux amoindris. Le reste de la distribution est fort heureusement parfait, d’Elle Fanning (micro-rôle) à la toujours impeccable Kirsten Dunst, en passant par l’impressionnante Nicole Kidman. Solidaires et fortes, puissantes et magnifiques, les comédiennes éblouissent la caméra de la cinéaste, qui sait leur rendre hommage et les diriger à la perfection. Les Proies est aussi rattrapé par ses choix formels. La photographie de Philippe Le Sourd est sublime, soyeuse et léchée, offrant un certain écrin gothique au film. La mise en scène de Sofia Coppola est, quant à elle, élégante et sèche, toujours fidèle à ses précédents travaux : multiplication des plans larges et étudiés où un personnage évolue seul dans le champs (paraissant presque abandonné), lenteur des scènes, de la musique (BO hélas assez anecdotique du groupe Phœnix) et du déroulement de l’action pour symboliser la perdition intérieure des héroïnes. Privilégiant la représentation de paysage et d’éléments architecturaux assez significatifs, Sofia Coppola dépeint la solitude des jeunes femmes du pensionnat avec une certaine grâce. Toujours soignés, les costumes sont bien en adéquation avec l’époque et les jeunes femmes. Quand on y réfléchit, on aurait davantage aimé voir Sofia Coppola se frotter à une adaptation en prise de vue réelle de La Petite Sirène, projet qui faisait sens au vu de sa filmographie et de son amour inconditionnel pour la figure incontournable de la femme inadaptée au monde qui l’entoure et non en phase avec son époque. Sofia Coppola aurait sans doute trouvé de quoi transcender le récit merveilleux de la princesse des mers, en y apposant sa griffe. A la place, nous avons eu droit à ce remake dispensable des Proies de Don Siegel.

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Titre Original: THE BEGUILED

Réalisé par: Sofia Coppola

Casting : Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst

Genre: Thriller, Drame

Date de sortie :  23 août 2017

Distribué par: Universal Pictures International France

3 STARS BIEN

BIEN

 

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