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JOURNAL DE BORD CANNES 2017 Saison 4 Episode 5

Festival de Cannes, Saison 4 épisode 5.

Réveil piquant avec la projo de The Meyerowitz Stories « l’autre film Netflix » de la compétition. Écrite et réalisée par Noah Baumbach (Les Berkman se séparent, Greenberg, Frances Ha, While we’re young, Mistress America), cette comédie new-yorkaise réunit pour la première fois sur grand écran Adam Sandler, Ben Stiller, Dustin Hoffman, Emma Thompson au sein d’un même ensemble. Alléchant ! Le petit drinking-rituel matinal (Redbull + café) s’avère payant pour lutter contre l’état de fatigue avancée, et me maintenir bien éveillé durant la séance.

1h50 et des brouettes plus tard, que est le bilan ?

Noah Baumbach signe une comédie allénienne pétillante, à la fois enlevée et émouvante, mais hélas peu originale, souvent bavarde, formellement très pantouflarde et assez vaine, même si son portrait de famille gentiment dysfonctionnelle fait son petit effet grâce au charme des comédiens et au plaisir de revoir Dustin Hoffman sur un écran de cinéma. Adam Sandler hérite du meilleur rôle, sur une composition dramatique à la Punch-Drunk Love (en moins nuancée), tandis que Dustin Hoffman, dans la peau d’un patriarche à la Royal Tenenbaum, s’avère touchant. Quel kiff monumental de revoir le célèbre acteur du Lauréat sur grand écran ! Sa bonhommie nous avait manqué; sa prestation, à la fois sobre et hystérique, simple mais complexe, premier degré et cynique nous rappelle à quel point le comédien figure parmi les meilleurs de sa génération. Le reste de la distribution (Ben Stiller, Thompson, et la révélation féminine Grace Van Patten) assurent le job sans forcer. Derrière le combi, Noah Baumbach ne se foule pas beaucoup lui aussi, répétant ad nauseam quelques procédés bateau (fondus au noir, coupes sèches servant de transitions, petits cartons d’invitations pour chapitrer le récit et raconter les fameuses « histoires » du titre), et se repose presque entièrement sur la qualité de ses dialogues.

Il est vrai que Noah Baumbach a du métier (il a d’abord percé comme scénariste sur deux films de Wes Anderson), sème quelques échanges savoureux, procure 2-3 situations cocasses (le manuel de conversation à avoir avec une personne en fin de vie, les discours de remerciements au vernissage, la bagarre assez pathétique entre les frangins, le cassage de la bagnole, les films sexuels particuliers réalisés par la fille de Sandler), mais tout cela ne va pas très loin et, pour rien vous cacher, on aura sans doute oublié The Meyerowitz Stories d’ici la fin de la journée. Évidemment on pense à Woody Allen, toute la mécanique est là, mais il manque l’ingrédient essentiel, qui fait souvent le sel du cinéma du célèbre binoclard : la fantaisie.

Next : Le Redoutable, nouveau Michel Hazanavicius. Michel Hazanavicius et Cannes, c’est une célèbre histoire : d’abord un mariage avec les critiques (The Artist), puis un divorce (The Search). De retour en compétition aujourd’hui avec un biopic de Godard, le français espère rebondir et reconquérir le cœur de la presse. Notre avis à l’issue de la séance ? Cf notre critique complète.

Un pan bagnat plus tard, nous voilà dans la queue au niveau Debussy (Un Certain Regard) pour Before We Vanish du japonais Kiyoshi Kurosawa, décidément on fire cette année (Le Secret de la Chambre Noire il y a quelque semaines et Creepy à venir en juin prochain). Mon dieu, je hais les files d’attente. Le temps passé à poireauter dans une position inconfortable me rend fou, mais me permet au moins de compléter tranquillement ce journal de bord, assis avec mon computer à la main, et de prendre quelques photos sympathiques avec Kurosawa et ses acteurs avant qu’ils ne prennent place dans la salle.

Before We Vanish, subtilement retitré Avant que nous disparaissions en France, est un body snatcher 100% pur jus Kiyoshi Kurosawa, comprenez par là un film poétique et gentiment naïf, au rythme lent (le début est laborieux), qui rappelle le Starman de John Carpenter par certains côtés (l’adoption du point de vue des envahisseurs, les questionnements existentialistes des extra-terrestres). Parcouru de scènes bizarres, parfois grotesques (l’E.T. qui demande à des enfants de lui expliquer ce qu’est l’amour), Before We Vanish se démarque par son approche singulière du genre SF, son originalité de ton, ses quelques décharges (inattendues) de violence et son lyrisme fondamental (la fin est tout simplement sublime).

4ème film de la journée : Mobile Homes, de Vladimir de Fontenay. Je gagne pour la première fois le Théâtre Croisette du J.W.Mariott, qui héberge chaque année la Quinzaine des Réalisateurs. Long-métrage à la structure basique, Mobile Homes s’attarde simplement sur le parcours d’un couple, composée d’Ali (Imogen Poots, vue dans 28 semaines plus tard et Green Room) et Evan (Callum Turner, aperçu lui aussi dans Green Room et bientôt dans la suite des Animaux Fantastiques) qui sillonnent les routes entre les USA et le Canada en utilisant le jeune fils d’Ali pour leurs trafics. Entre sa liberté et sa responsabilité de mère, Ali ne sait que choisir et c’est ce point précis que Vladimir de Fontenay a choisi de développer. Hélas, Mobile Homes est, à l’arrivée, le prototype du film qu’on oublie aisément dix minutes après la séance, une sorte de sous-Andréa Arnold (pour l’aspect road-trip et la volonté de « capturer le réel ») insignifiant et chiant qui peine à construire quelque chose autour de ses personnages, que ce soit une trame, des enjeux ou une progression psychologique. Reste quelques scènes chargées émotionnellement parlant, la prestation convaincante d’Imogen Poots et surtout la puissance formelle et symbolique du dernier plan).

Quelques minutes après la fin de la séance, c’est une autre déception que je vis : ma demande d’assister à la projection du court-métrage filmée en réalité virtuelle d’Alejandro González Iñárritu est refusée. Il se murmure sur la croisette que seuls quelques gros médias (américains) ont pu avoir accès au phénomène. Quel dommage, moi qui, fan du roman Ready Player One, me faisais une joie de découvrir cette nouvelle technologie.

Consolation heureusement en fin de soirée avec l’ouverture de la Semaine de la Critique sur la Plage Nespresso. Toujours un plaisir de participer à ce lancement ! Alors que le DJ carbure sur ses platines face aux festivaliers, j’attaque quelques délicieux cocktails au bar et discute avec les accrédités presse des films projetés dans la journée. J’aperçois furtivement l’actrice principale d’Ava, film projeté il y a quelques jours, et la félicite pour sa remarquable performance en soulignant la fraîcheur de son jeu.

Je passe finalement mon chemin sur la séance de minuit, le film coréen The Villainess. L’horaire de projection (00h30) et la durée du métrage (2h30) me refroidissent, et me conduisent directement vers mon pieu. Terminus à 2h du matin donc, retour à l’appartement de location pour un dodo express avant la projection d’une de mes plus grosses attentes du festival demain matin : Mise à mort du cerf sacrée de Yorgos Lanthimos. 

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