Critiques Cinéma

WONDERSTRUCK – LE MUSÉE DES MERVEILLES (Critique)

SYNOPSIS: Adapté du roman de Brian Selznick, l’auteur de HUGO CABRET, WONDERSTRUCK suit sur deux époques distinctes les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isoleé par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice (Julianne Moore). Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère (Michelle Williams) l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York.

On avait quitté Todd Haynes l’an dernier avec l’élégant Carol, on le retrouve aujourd’hui à la tête de Wonderstruck, sérieux concurrent à la Palme d’Or (et probablement aux Oscars 2018) et déjà en lice pour remporter le prix de la mise en scène au festival de Cannes 2017. Todd Haynes est cet artiste classique accompli que l’on aimerait tous être un jour, « classique » au sens le plus noble du terme : grande vitalité artistique, pratique d’une « transparence » toujours mêlée d’opacité dans ses œuvres, thématiques et motifs récurrents (identité, responsabilité sociale, statut des femmes à une époque donnée, homosexualité, racisme, poids des apparences, lutte contre l’injustice et l’intolérance, attaque de ses propres désirs, ambiguïté d’un système articulant libertés et contraintes, histoire d’amour impossible), propos généralement incarné par l’écriture et l’élégance de sa mise en scène, ambition de proposer du cinéma national et total, en prise directe avec l’histoire et la société américaine, qui s’adresse à la fois à tous les spectateurs.

Le film Wonderstruck est tiré d’un roman écrit par Brian Selznick (déjà auteur du génial Hugo Cabret, adapté sur grand écran en 2011 par le scénariste John Logan et le réalisateur Martin Scorsese), paru en France sous le titre Black Out et racontant deux récits en parallèle, sur deux temporalités différentes. D’un côté en prose, l’histoire de Ben, un pré-adolescent qui perd l’ouïe à la suite d’un malencontreux accident et qui se met en quête, peu après, de retrouver son père qu’il n’a jamais connu ; et de l’autre celui des tribulations de Rose, une jeune fille perdue à New-York, en 1927, et elle-aussi sourde. Quel lien bizarre unit ces deux enfants, à 50 ans d’écart ? C’est ce que le cinéaste va tâcher de nous raconter.

Première qualité, une idée visuo-narrative tout à fait pertinente : les deux modes de représentation et de narration s’intercalent à la perfection car le réalisateur de Safe et Loin du paradis a opté, à juste titre, pour une alternance entre cinéma couleur et sonore (la partie qui se passe dans les 70’s) et cinéma muet noir et blanc (la partie années 20). Haynes joue ainsi avec brio sur les contrastes (mention spéciale pour l’opposition entre la surdité de Ben et le brouhaha du monde externe). Il fait, par ailleurs, l’économie de dialogues, privilégiant la plupart du temps la musique (faite de compositions originales et de morceaux pop et soul 70’s délicieusement choisis) aux longs discours pour adhérer, au plus près, à la thématique centrale : le handicap de ses deux protagonistes. Un travail d’orfèvre est ainsi opéré sur le montage (visuel et sonore), la musique (superbe BO de Carter Burwell) et les images (boulot titanesque de reconstitution, attention soutenue sur les détails, minutie dans la composition des plans et les choix esthétiques), pour permettre aux spectateurs de s’identifier immédiatement, de manière assez subtile, à l’expérience de ces personnages frappés de surdité. Formellement, le film est une nouvelle fois une leçon de cinéma, Todd Haynes parvient à captiver grâce à la force et à l’élégance de sa mise en scène.

On vit littéralement pendant deux heures le « silence » que ces deux gamins ressentent. On est bluffés et estomaqués par la beauté des plans, l’ingéniosité du scénario et la puissance de la mise en scène. Il faut avouer que la nature romanesque du récit aide en effet beaucoup à s’investir sur le plan émotionnel, et que les rôles principaux sont magistralement interprétés par Oakes Fegley et Millicent Simmonds. De son côté, Julianne Moore, actrice fétiche du cinéaste, apparaît dans les deux parties sous les traits de personnages distincts, symbolisant ainsi le miroir entre ces deux segments mais aussi celui de Wonderstruck avec le reste de la filmographie de Haynes. Moore nourrit à travers sa partition tout le propos de l’auteur, fondé sur la découverte de ce que l’on est, notre désir de percer le mystère de nos origines et de ce que l’on peut transmettre à notre descendance. Car s’il est une surprise, c’est bel et bien que Wonderstruck est un sublime conte pour enfants. Reprenant ouvertement des figures Spielbergiennes (l’orphelin tourmenté qui cauchemarde et se voit confronté dans la réalité à une histoire de vie difficile, et l’enfant qui affronte le divorce de ses parents), Todd Haynes pioche aussi chez Juan Antonio Bayona (le processus d’acceptation du deuil par un gamin qui perd sa mère) et chez Wes Anderson (le film d’aventures et de mystères rempli de rebondissements, de secrets enfouis et de coïncidences, l’idée de la miniaturisation et de la conservation d’un passé à travers des objets fétiches, l’amitié insolite entre deux enfants marginaux) pour s’envoler jusqu’à un final remarquable, à la fois dans le fond (la recomposition d’un passé à partir de formes artistiques anciennes, la transmission par saut de génération) et dans ce qu’il amène en termes d’émerveillement (Wonderstruck signifiant d’ailleurs « émerveillement » en français), avec une idée prodigieuse qui rappelle inexorablement Hugo Cabret. La compétition a démarré très fort avec Wonderstruck, premier film projeté dans le Grand Théâtre Lumière de Cannes et premier « choc » du festival 2017. Wonderstruck est un film beau et dense, offrant l’occasion à Todd Haynes d’un formidable hommage au cinéma et à l’émerveillement naïf de l’enfance. On prie déjà pour qu’il ne reparte pas bredouille de la croisette.

Titre Original: WONDERSTRUCK

Réalisé par: Todd Haynes

Casting : Julianne Moore, Oakes Fegley, Millicent Simmonds,

Michele Williams…

Genre: Drame

Date de sortie : 15 novembre 2017

Distribué par: Metropolitan FilmExport

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