Critiques Cinéma

THE LOST CITY OF Z (Critique)

SYNOPSIS: L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire… 

Il aura fallu toute la foi de James Gray en cette histoire, toute sa détermination à surmonter les obstacles et contretemps rencontrés avant de pouvoir commencer le tournage, pour que son sixième long métrage ne rejoigne pas la longue et prestigieuse liste des films victimes du fameux « Development Hell ». Les plus grands réalisateurs en furent victimes (David Lean, Stanley Kubrick, Paul Verhoeven, Tim Burton …), l’exemple le plus récent et marquant étant celui de Terry Gilliam et de son film sur Don Quichotte. Il s’en est fallu de peu donc pour que le film artistiquement le plus ambitieux et abouti de James Gray ne vive que dans notre imagination et donne à David Hughes matière à écrire un deuxième tome de son passionnant livre Tales From development Hell: The Greatest Movies Never Made? Si Brad Pitt l’acteur a abandonné le navire au dernier moment comme il le fit à deux reprises avec Darren Aronofsky (The Fountain et The Fighter), il est néanmoins resté producteur de ce film dont l’ambition a quelque chose d’anachronique dans une industrie cinématographique qui fuit depuis longtemps les tournages dans des régions hostiles.

The Lost City of Z, adaptation du livre de David Grann sur l’explorateur britannique Percy Fawcett, est la rencontre improbable sur le papier mais sidérante de beauté entre Aguirre la colère de dieu (Werner Herzog, 1972) et Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975). Percy Fawcett (Charlie Hunnam), par son désir de reconnaissance, d’élévation sociale en travers duquel personne, même sa femme , ne peut se dresser a quelque chose de Barry Lyndon. Sa première expédition dans la jungle amazonienne est au départ la meilleure opportunité pour lui d’obtenir le statut auquel il ne peut accéder faute d’être bien né. De la frustration de la position qu’on lui refuse est née sa détermination et grandira son obstination à inscrire son nom dans les livres d’histoire. La perfection des plans peints à deux mains par James Gray et son directeur de la photographie Darius Khondji, rappelle celle du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick. Les plans se succèdent comme défileraient devant nous les toiles d’un grand peintre qui se serait en plus lancé le défi insensé de peindre ses toiles au milieu de la jungle, dans les conditions les plus hostiles possibles. La composition des plans, le travail sur la couleur, sur la lumière (notamment les scènes éclairées par les seules flammes des torches ou des bougies) atteint un niveau tel qu’on pourrait couper le son et se désintéresser de l’histoire pour se contenter d’admirer leur beauté. Avec un perfectionnisme digne de Kubrick et un jusqu’au boutisme dans son souci de réalisme qui rappelle celui de Werner Herzog, James Gray aurait pu signer là un chef-d’œuvre qui aurait fait date dans sa filmographie et même dans l’histoire du cinéma.

Si le récit de Percy Fawcett et ce qu’il dit notamment de la façon dont l’ambition peut consumer un homme est très riche et même passionnant, malgré quelques baisses de rythme, il ne parvient pas à toucher le cœur avec la même force que celle avec laquelle il imprime la rétine. Cela pose question et force à s’interroger sur ce décalage entre l’émotion qui devrait passer par le jeu des acteurs et les dialogues et celle qui passe par l’image. Nous avions eu le même souci, à un degré moindre, dans The Immigrant, le précédent film de James Gray. Cela ne tient pas qu’au seul problème d’incarnation par un acteur auquel on ne peut pas reprocher grand chose si ce n’est de ne pas avoir dans le regard cette flamme, cette folle détermination dont est pourtant animée Percy Fawcett. Charlie Hunnam n’a pas un charisme à embraser la pellicule mais il serait injuste de ne pas saluer la sobriété de son jeu quand l’inverse aurait dénoté avec l’intention de son metteur en scène, toujours aussi subtil dans la caractérisation de ses personnages complexes, en quête d’identité, cherchant leur place dans la société. Percy, tout du moins tel qu’il se présente à nous au début du récit, dénote quelque peu dans la galaxie des personnages de James Gray en ce qu’il fait passer son ambition avant sa famille, là où celle-ci influe grandement (qu’elle soit un moteur ou un obstacle) sur le parcours des personnages de ses précédents films.

Certes la relation avec sa femme est très forte mais elle passe toujours au second plan quand il s’agit pour lui de partir accomplir sa destinée, laissant seule Nina (Sienna Miller) alors enceinte de leur premier enfant, ou refusant qu’elle l’accompagne dans une nouvelle expédition. Nina par ailleurs un beau personnage de femme indépendante et moderne, interprétée par une Sienna Miller lumineuse, est ramenée par Percy à son simple statut d’épouse courageuse et dévouée, incarnant malgré elle le mythe de Penelope attendant Ulysse. La dramaturgie du récit repose de fait principalement sur les épaules du seul Percy Fawcett, seul juge et maître de son destin. A notre sens, cela pousse James Gray hors de sa zone de confort et à chercher dans les dialogues, voire dans une scène, des artifices pour surligner ce qui anime Percy et qui ne passerait pas suffisamment par le jeu d’un Charlie Hunnam trop seul en scène. S’il est animé par sa seule ambition au début du récit, la suite le rapproche davantage d’un noble aventurier à la Errol Flynn que de la mégalomanie de Sean Connery dans L’homme qui voulut être roi (John Huston). Cela manque parfois un peu de nuance, de zones d’ombre pour ressentir de façon viscérale ce qui se joue dans ces terres inexplorées et hostiles auxquelles la mise en scène de James Gray, aussi sublime et digne de toutes les louanges soit-elle, offre un écrin peut être aussi un peu trop parfait. L’émotion naît plus de la beauté d’images qui font parfois penser à des toiles de Caravage,que de la puissance dramaturgique du récit. Devant The Lost City of Z, on est un spectateur émerveillé mais on aurait aimé être davantage acteur, impliqué dans ce récit. On a découvert James Gray et on l’a admiré en brillant démiurge dont le classicisme et le goût de la tragédie transcendaient des récits « ordinaires ». On l’a vu se muer avec The Immigrant en brillant formaliste ayant troqué sa plume pour un pinceau, perdant en route une partie de sa puissance dramaturgique. The Lost City of Z confirme cette mue, pour le plus grand bonheur de nos rétines encore durablement imprimées par la sidérante beauté de cette œuvre, frustrant toutefois nos attentes en terme d’émotion.

Titre Original: THE LOST CITY OF Z

Réalisé par: James Gray

Casting : Charlie Hunnam, Sienna Miller, Tom Holland,

Robert Pattinson, Edward Ashley, Angus Macfadyen…

Genre: Aventure

Sortie le: 15 mars 2017

Distribué par: StudioCanal

EXCELLENT

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