Critiques Cinéma

LA FILLE DE BREST (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité. 

On stigmatise trop souvent le cinéma français et son manque d’engagement et d’audace pour s’attaquer à des sujets forts qui ont à fortiori faits l’actualité pour ne pas se réjouir quand une cinéaste signe un film palpitant qui est aussi une œuvre engagée. Sans didactisme ni moralisation à outrance, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot après l’intense La Tête Haute s’empare d’un drame de santé publique d’une ampleur démesurée qui créa un véritable scandale et tua des centaines de personnes et ne dût sa révélation au grand public qu’à l’opiniâtreté d’une femme médecin et de son équipe. La fille de Brest c’est le docteur Irène Frachon, qui, devant des cas suspects pris le taureau par les cornes pour démontrer la causalité entre un médicament, le Mediator 150 Mg et le décès de nombreuses personnes à qui ce traitement était prescrit depuis plusieurs années. Au-delà de sa réputation, de l’évolution de sa carrière, des pressions et des risques qu’elle a pris pour prouver ce qu’elle avançait à une industrie pharmaceutique sourde à ses arguments, elle s’est retrouvée opposée à la puissance financière et à l’appât du gain sans limites du laboratoire qui commercialisait le Mediator et qui refusait de voir l’une de ses poules aux œufs d’or se tarir.

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Cette histoire absolument incroyable aurait été uniquement une fiction due à une scénariste chevronnée, personne n’aurait cru cela possible et savoir que cela est arrivé fait réellement froid dans le dos et en dit long sur l’incroyable lourdeur des procédures dès lors que des intérêts financiers stratosphériques sont en jeu ainsi que du mépris de la santé publique et du risque incommensurable pour le pronostic vital des gens sous traitement. Emmanuelle Bercot débute son film par une séquence absolument insoutenable pour les âmes sensibles (qui se répètera une seconde fois au cours du film) d’une opération permettant à Irène Frachon de constater les dégâts causés par le Mediator et de commencer à accumuler les preuves de ce qu’elle soupçonne déjà. C’est peu dire que l’on est plongé directement au cœur du sujet et si les images sont extrêmement dures (et n’étaient pas forcément nécessaires), elles ont malgré tout le mérite de dire d’emblée tout le mal causé par ce qui était sensé être un médicament contre le diabète et s’est retrouvé relégué au statut de banal coupe-faim. Commence alors une véritable enquête, rythmée par les découvertes et les découragements de l’équipe qu’Irène Frachon est parvenue à mobiliser dans sa quête de vérité et son souhait de faire interdire le Mediator. Avoir construit ce récit de cette façon est très malin car cela imprime un rythme implacable qui monte crescendo et permet au spectateur de faire sienne la quête d’Irène et de vouloir qu’elle aille au bout, quels que soient les obstacles qui se dresseront devant elle. Si  il est vrai comme le dit très justement la campagne d’affichage on se trouve véritablement dans un thriller à la Erin Brockovich ou à la Spotlight, le personnage n’est jamais starisé et ne passe pas au premier plan devant sa quête. Cette recherche de la vérité à tout crin qui fait qu’Irène Frachon devient de facto une icône de justice dans ce combat au nom de l’intérêt général est le cœur du film qui se dote dès lors d’une héroïne fascinante de par son entêtement et son abnégation.

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Interprétée par la remarquable Sidse Babett Knudsen (Borgen, Westworld, L’Hermine...) , la comédienne se permet un véritable festival et dévoile une palette émotionnelle étourdissante, tantôt dans la rage ou le découragement, la détresse ou l’humour, la peur ou le courage. A ses côtés, un Benoît Magimel à la sobriété de jeu retrouvée est excellent dans le rôle du chercheur qui a épaulé la pneumologue. Même en cédant parfois à la dramatisation nécessaire à une œuvre de fiction, Emmanuelle Bercot dose ses effets et évite le pathos qu’elle frôle parfois mais sans jamais s’y complaire alors que d’autres y auraient succombé. La réalisatrice embrasse son sujet à bras le corps et imprime son tempo cédant quelquefois à son appétence pour les images choc. Mais sa mise en scène a beau n’être qu’illustrative, elle ne donne jamais la sensation d’assister à un documentaire. Elle démontre au contraire avec La fille de Brest que l’on peut s’attaquer à des sujets graves et d’actualité en respectant la véracité des faits et sans instrumentaliser l’émotion. Et que l’on peut-être bouleversant en faisant des films forts, nécessaires et d’utilité publique.

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Titre Original: LA FILLE DE BREST

Réalisé par: Emmanuelle Bercot

Casting :  Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel,

Raphaël Ferret, Philippe Uchan, Patrick Ligardes…

Genre: Drame

Sortie le: 23 novembre 2016

Distribué par: Haut et Court

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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