Cher Philippe Noiret,
Cela fait déjà dix ans aujourd’hui que vous avez tiré votre révérence avec la pudeur qui vous caractérisait. Vous nous manquez. Si vous saviez à quel point vous nous manquez. Car vous étiez dans nos vies comme une espèce de chêne indéracinable, un de ces comédiens qui est comme un repère dans le cœur des spectateurs. Qui ne vous aimait pas? Votre voix, votre bonhommie, votre élégance, votre classe naturelle… tout en vous inspirait le respect et la chaleur. Même lorsque vous haussiez le ton, quel que soit le personnage que vous interprétiez, on ne pouvait pas vous en vouloir. Votre modestie en souffrira certainement mais vous étiez un phare pour le cinéma français, une figure indissociable d’une qualité artisanale qui était votre marque de fabrique, un comédien de génie capable de tout jouer, des situations les plus romanesques aux scènes les plus quotidiennes. Si certains se plaisaient à ne voir en vous qu’une caricature réduite à votre goût prononcé pour les beaux costumes, les chaussures sur mesure, l’équitation ou les cigares, c’est qu’ils n’avaient rien compris à l’homme que vous étiez, bien plus complexe qu’il n’y paraissait.

Populaire au sens noble du terme vous l’étiez, aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie, virtuose pour aller vers des projets iconoclastes alors que certains auraient été ravis de vous coller dans une case que votre allure bourgeoise leur semblait vous destiner. Au théâtre déjà vous voguiez d’un univers à l’autre, passant du TNP de Jean Vilar au Cabaret en compagnie de Jean-Pierre Darras et votre retour sur les planches trente ans après les avoir quittées c’était avec un auteur de la trempe de Bertrand Blier que vous l’aviez effectué, loin des conventions et du politiquement correct. L’audace n’était pas un vain mot pour vous cher Philippe Noiret, vous en faisiez votre credo et la diversité de vos rôles est là pour en témoigner.

Non seulement vous alliez vers des projets atypiques sur lesquels on ne vous attendait pas forcément mais vous laissiez les jeunes metteurs en scène vous apprivoiser et vous emmener dans leurs mondes dès leurs premiers films comme ceux de Bertrand Tavernier ou de Michel Boujenah. Votre duo avec Tavernier aura marqué votre carrière bien entendu mais c’est tout le cinéma français qui en aura bénéficié en écho, nous laissant rien moins que L’Horloger de Saint Paul, Le Juge et l’Assassin, Coup de torchon ou La vie et rien d’autre. Votre façon d’être et d’épouser le destin de vos personnages, leurs zones d’ombre tout autant que la lumière qu’ils irradiaient, cette manière de représenter l’humanité dans toute sa complexité et votre talent inné pour aller aussi loin dans des rôles audacieux pour lesquels vous n’hésitiez pas un instant à jouer avec votre image font que vous nous avez laissé une œuvre colossale Vous nous manquez monsieur Noiret. Cela fait dix ans que ça dure et vous nous manquez plus que les mots ne peuvent le dire. En parcourant au hasard votre filmographie, c’est assez éloquent cette manière virtuose que vous aviez d’alterner les tonalités, les destinées… On vous a vu partout, on vous a aimé tellement.
- 1960: Zazie dans le métro. Déjà une classe et une élégance imparables. Le film de Louis Malle marquera les esprits
- 1966: La vie de château, premier film de Jean-Paul Rappeneau et rencontre avec Catherine Deneuve, une association qui fonctionne déjà et qui se reformera
- Ode à la paresse, il impose un Philippe Noiret dont la chaleur humaine sera l’un des points forts
- 1969: L’étau et la rencontre improbable Noiret et Hitchcock qui partageaient entre autres le goût de la gastronomie
- 1974: Premier film de Bertrand Tavernier et la rencontre entre un auteur et son alter-ego! Plus un face-à-face magistral avec Jean Rochefort
- Des scènes déchirantes avec Romy Schneider, de la justesse et de l’humanité à foison. César du meilleur acteur 1976 pour Philippe Noiret
- Confrontation au sommet avec Michel Galabru dans un sommet signé Bertrand Tavernier
- Un couple d’une totale évidence avec Annie Girardot sous la houlette d’un Philippe De Broca virtuose
- Le temps d’une scène partagée avec Nathalie Baye et Michel Galabru, Philippe Noiret retrouve Michel Descombes, son personnage de L’Horloger de Saint Paul dans Une semaine de vacances
- Pile ou face ou les retrouvailles avec Robert Enrico et un duo savoureux avec Michel Serrault et Dorothée au milieu de ce délice
- On a volé la cuisse de Jupiter, la suite de Tendre Poulet, plus anecdotique mais une vraie comédie populaire où Noiret semble s’amuser comme un fou
- Dans Coup de torchon, Noiret joue les salauds en Afrique entouré d’une superbe distribution: Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Jean-Pierre Marielle, Guy Marchand…
- Un superbe duo entre Noiret et Signoret fait tout le prix de L’Etoile du Nord de Pierre Granier-Deferre
- En 1983 Le grand carnaval fut une expérience difficile mais Noiret y était pourtant le parfait complément de Roger Hanin
- Les retrouvailles avec Rochefort et Granier-Deferre pour L’ami de Vincent, un polar tortueux autour d’une amitié indéfectible
- Deneuve-Noiret-De Broca dans L’Africain, une comédie irrésistible qui passe les années avec légèreté
- Un second rôle pour Philippe Noiret dans Fort Saganne d’Alain Corneau au milieu d’une pléiade de stars: Gérard Depardieu, Sophie Marceau et Catherine Deneuve entre autres
- Dans Les Ripoux, Noiret va à l’encontre de son image et forme avec Thierry Lhermitte un formidable duo! Enorme succès populaire qui aura deux suites
- Dans Twist Again à Moscou de Jean-Marie Poiré, Noiret et Blier se frottent à la jeune génération comique dont Christian Clavier et Martin Lamotte qui sortent du triomphe de Papy fait de la résistance
- La rencontre Noiret-Chabrol donne lieu à Masques, un film envoûtant et tortueux où Noiret règne en maître
- Nouvelle collaboration avec De Broca sur Chouans pour un film ambitieux et une belle distribution
- Cinema Paradiso est un beau film classique pour un beau personnage. Enorme succès
- Deuxième César pour Noiret dans La vie et rien d’autre, un film glaçant et saisissant sur la guerre 14/18
- Un souvenir mitigé pour Noiret mais une distribution collégiale remarquable dans Uranus au service du récit de Marcel Aymé et mis en images par Claude Berri
- Pour Téchiné, dans J’embrasse pas il joue un homosexuel secret et livre une remarquable prestation
- Max et Jérémie, un film à redécouvrir pour la magnifique complicité avec Christophe Lambert et Jean-Pierre Marielle
- Un D’Artagnan vieillissant devant composer avec sa fille imprudente et têtue. La fille de D’Artagnan, repris au vol par Tavernier est une curieuse fantaisie
- Il suffit d’une longue scène pour que la présence de Philippe Noiret dans Grosse fatigue de Michel Blanc soit inoubliable
- D’abord le retour au théâtre avec Les Côtelettes, puis l’adaptation de ce texte corrosif de Bertrand Blier à l’écran et le duo formidable avec Michel Bouquet
- Un rôle très important pour Philippe Noiret puisque Père et Fils lui permettra de rencontrer les trois jeunes acteurs qui jouent ses fils avec qui il nouera des liens indéfectibles
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