ENTRETIENS

Entretien avec Hugo Gélin:  » j’ai envie de mettre énormément de moi dans le film… »

Chez Cliffhanger & Co, nous avions particulièrement aimé Comme des frères, le premier long-métrage prometteur d’Hugo Gélin, un jeune cinéaste français ayant fait ses armes sur des making-of et des pubs. Hugo Gélin sera de retour dès le 7 décembre prochain sur les écrans de cinéma avec Demain Tout Commence, un second essai porté par la complicité du tandem Omar Sy / Gloria Colston. Nous avons eu la chance d’interviewer Hugo au détour de son passage sur Lyon, à l’occasion de l’avant-première du film:

Retrouvez notre critique de Comme des frères :

https://leschroniquesdecliffhanger.com/2012/11/13/comme-des-freres-critique/

HUGO GELIN OMAR SY

Quatre ans se sont écoulés depuis la sortie de Comme des frères. Comment est né le projet Demain Tout Commence ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser ce film là particulièrement ?

Comme des frères était un film hyper personnel. J’ai mis 4 ans et demi à l’écrire, j’y réfléchissais depuis très longtemps. Je me suis mis à écrire un deuxième film juste après Comme des frères. Un film que j’avais même commencé à écrire avant à vrai dire. J’ai aussi mis beaucoup de temps à l’écrire celui là, j’ai terminé en mars 2015. Je m’apprêtais à démarrer le casting, je réfléchissais à comment j’allais le tourner, et en fait, dans la foulée, on m’a proposé Demain Tout Commence. C’est mon co-producteur et distributeur Stéphane Célérier de chez Mars Films qui m’a dit « écoute, lis ce truc-là, c’est un script que j’ai fait écrire à un scénariste que tu connais parce que tu as co-écrit La Cage Dorée avec lui (Jean-André Yerles, NDLR) ». Il a rajouté « y’a du taff sur le scénario, c’est adapté d’un film mexicain mais ne vois pas le film, lis le script, qui est une adaptation française. Lis le et après, je t’expliquerai ». J’ai donc lu le script, j’ai beaucoup aimé l’histoire, j’ai été très touché par ce récit de papa et de sa fille, moi je venais d’être papa en plus. J’aimais bien aussi la manière un peu féérique de voir la vie au quotidien. Le côté très enfantin de l’éducation, ça me correspond beaucoup. J’en ai parlé avec Stéphane, qui m’a dit « on a envie que ce soit pour Omar, est-ce que tu as envie d’écrire pour lui ? ». Il a aussi rajouté qu’il fallait le tourner en septembre 2015, parce que c’était calé comme ça. J’avais très envie de tourner avec Omar, ça m’éclatait de tourner avec ce mec. J’avais très envie de faire un film sur l’éducation et cette manière de voir la famille, ça tombait bien. C’est une commande donc, mais je me suis dit que j’allais essayer de faire le film le plus personnel possible, tout en essayant de l’adapter pour Omar et en faire un film touchant. J’aurai eu du mal à faire une pure commande, un film sans rien mettre de moi. J’ai essayé de rendre ma copie dans le temps imparti, qui était très très court. On a tout réécrit avec Mathieu Oullion, pendant 3-4 mois, ça a été un rythme très intense pour être prêt dans les temps et pouvoir tourner en septembre. J’aime bien l’expression américaine « One for Them, One for Me » qu’on pourrait traduire par « Un pour les studios, les producteurs et Un pour moi ». Bah au final, c’est un peu ce que j’ai fait. Sans m’en rendre compte parce que j’ai pas du tout cherché à faire ça. Mais il se trouve que Demain Tout Commence est une commande à la base. Après, j’ai du mal à faire des films qui ne soient pas sincères, j’ai envie de mettre énormément de moi dans le film. J’ai essayé de m’approprier le matériau qu’on m’a proposé pour en faire quelque chose d’honnête. Je ne sais pas si j’aurai écrit cette histoire-là à proprement parler si on ne me l’avait pas proposé. J’ai aimé l’exercice de « commande », le challenge d’adapter. Et ça m’intéressait aussi de me frotter à un « gros film », avec de l’anglais et du français, un tournage à Londres, à Paris et dans le sud, avec des cascades etc etc. C’était intéressant pour moi de me frotter à un film qui me permettait d’explorer plein de choses. Du coup, mon deuxième film sera mon troisième. Celui-là sera un film très personnel pour le coup. Ce sera une comédie romantique, une histoire d’amour plutôt drôle. Je suis déjà en train de penser à ce film d’ailleurs. C’est un film très proche de moi que j’ai en tête depuis plus de dix ans maintenant.

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Demain Tout Commence est basé en partie sur la complicité du duo Omar Sy / Gloria Colston : comment s’est passé le casting pour dénicher la jeune interprète de Gloria ?

J’ai fait un casting tout simple. Pour les casting d’enfants, on en voit sur Internet, on essaie d’aller partout, aux États-Unis, en Angleterre, en France. Un peu partout, on fait une annonce, on dit qu’on cherche une jeune comédienne bilingue, parlant anglais/français couramment, métisse … ça fait beaucoup de critères, c’est pas facile de trouver la bonne personne. Et puis, il faut qu’elle soit bonne actrice. Le truc fou, c’est que Gloria Colston est la première à s’être manifestée. Il y avait des petites vidéos d’elle, pas des essais du film mais des petites vidéos marrantes. Je l’ai trouvé incroyable mais je me suis dit « c’est impossible que ce soit la première ». Le temps qu’elle vienne de Cleveland (elle habite aux USA, NDLR), qu’elle ait le temps de retrouver son passeport, des histoires un peu relou, j’ai eu le temps de voir plein d’autres filles, avec qui il y avait toujours un truc qui n’allait pas. Soit elles ne parlaient pas ou mal anglais, soit elles n’étaient pas du tout bonnes actrices. Il y avait toujours un truc qui n’allait pas. Gloria, j’ai flashé dès le début, elle est pétillante. Je n’attendais qu’une chose, c’est qu’elle arrive en France pour qu’on fasse des essais. Elle était super dès le début, je me suis dit « il y a vraiment un truc chez cette petite ». Quand je l’ai rencontré en vrai, c’était tout de suite différent, et mieux, que les autres filles que j’avais rencontré entre temps. Comme quoi, le premier instinct est tout le temps le bon. Gloria, c’est la seule avec qui j’ai été tout de suite en train de travailler. Je n’étais plus en train de lui expliquer comment il fallait faire, mais déjà en train de la diriger. Elle est hyper attentive, elle comprend très vite. Très vite elle s’est mise à l’aise sur le plateau, à être dans le jeu. Sur les relations père-fille, on partageait déjà quelque chose hors écran et ça s’est traduit ensuite sur le tournage. Dès le début, elle était déjà sur des nuances de jeu impressionnantes.

Il restait la dernière partie, essentielle : l’assurance que ça fonctionne avec Omar ?

Oui, en effet. Je l’ai présenté à Omar, on s’est rencontrés tous. Elle l’a convaincu assez vite, elle a une personnalité assez généreuse, ce qui a plu à Omar. Elle est ouverte, elle n’a pas peur des gens etc. Elle n’était pas impressionnée par Omar. Elle s’est tout de suite positionnée comme une partenaire. Adulte comme enfant, en fait. Elle était juste      « normale ». Du coup, c’était très agréable pour Omar et moi de se dire « on est avec une partenaire ». Elle est très perspicace, très intelligente. Un peu d’insouciance aussi. Tous les jours sur le plateau, je lui disais « tu es en train de devenir une actrice, tu es en train de devenir une actrice ». Elle comprenait très très vite les choses. Au début, elle galérait, c’est normal, puis elle a vite appris. Elle apprenait au fil des jours. Le dernier jour, je lui ai dit « ça y’est, t’es une actrice ». Elle est extrêmement naturelle. C’était important pour moi qu’elle ne « récite » pas. C’est terrible dans un film quand un enfant récite. C’était très important pour moi qu’elle garde son naturel, sa personnalité. Mais elle est également très pro Gloria. Elle comprend quand il faut rentrer dans une scène. C’était super de travailler avec elle.

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Et le personnage de Bernie, comment avez-vous choisi Antoine Bertrand ? Etait-ce une évidence pour vous de prendre le comédien révélé dans Starbuck ?

Je voulais une nouvelle tête. La chance que tu as quand tu fais un film avec Omar Sy en tête d’affiche, c’est que tu peux prendre des comédiens moins connus pour les autres rôles. Omar était très demandeur aussi de jouer avec une nouvelle tête, ça l’amusait. On a lancé un casting, on a rencontré plein de gens, il fallait là encore un acteur bilingue. Et puis, mon directeur de casting m’a proposé Antoine Bertrand. Déjà, je trouvais que ça collait physiquement pour le rôle de Bernie. Il nous a envoyé une self tape de Montréal et c’était Bernie immédiatement en fait. J’ai même pas cherché plus à vrai dire, je l’ai engagé tout de suite, car c’était sûr que c’était lui. Il est très complémentaire d’Omar dans le film, j’aime beaucoup ça. Il a un humour excellent, il a une bonhommie, une sympathie immédiate. On a envie de le prendre dans ses bras, c’est quelqu’un avec qui j’ai beaucoup aimé travailler. Ça se ressent dans le film, il apporte beaucoup. C’est le comic-relief du film c’est clair, mais il apporte aussi autre chose. C’est pas que les vannes, il apporte vraiment un truc dans la relation avec Gloria, dans son rapport avec la mère aussi. C’est un personnage que j’aime beaucoup, que j’ai énormément réécrit dans le scénario. Je lui ai donné beaucoup plus de place qu’il n’en avait dans le scénario original. C’est pas qu’un rigolo, il dit beaucoup de vérités dans le film et demande à ce qu’Omar dise la vérité. A sa fille, mais aussi à la mère. Il a une vraie importance dans la vie de Gloria et Omar. C’est lui qui les accueille, c’est un peu leur ange-gardien. C’est aussi un peu le « tonton », qui ne vit pas avec eux mais qui est très présent dans leur vie. Et donc voilà, c’était une chouette rencontre avec Antoine, je suis très heureux de proposer une nouvelle tête comme ça dans le cinéma, ça m’éclate de révéler de nouveaux comédiens ou de mettre des acteurs dans des registres où on n’a pas l’habitude de les voir. Ça me motive énormément dans mon métier de proposer de nouveaux acteurs ou de nouvelles actrices.

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Dans Comme des frères, et encore plus dans Demain Tout Commence, il y a une gravité doucement alternée avec des moments de franche rigolade. Comment dosez-vous ? Est-ce que ça vient naturellement ?

Ça correspond à ma manière de voir et percevoir la vie en fait. J’ai besoin de rire après avoir vécu un truc anxiogène. Au ciné, j’aime bien être ému devant une scène qui n’est pas censée être émouvante de prime abord. Dans les deux cas, ça ressemble à la vie. J’adore aller voir une franche comédie de A à Z, de même que j’aime bien me faire de bons drames. Ce qui me parle, c’est le mélange des deux. J’aime bien faire des comédies sur des sujets sérieux et graves. Je trouve ça intéressant. Les meilleures comédies de l’histoire du cinéma sont souvent celles avec un fond dramatique. Le drame n’empêche pas de rigoler. Je trouve que ça ressemble à la vie. J’aime bien me dire qu’on peut sourire à un enterrement. Et être ému alors qu’on est à une teuf avec des potes et qu’on est en train de s’éclater. J’aime certains films pour ça, ça ressemble à la vie et ça me plaît. Le dosage, je le fais vachement instinctivement. Je mets de l’humour dès que je peux, tout le temps. Je ne calcule pas vraiment. La partie dramatique ou émouvante prend sa place, naturellement. Dans Comme des frères, c’est émouvant dès le début car on sait qu’elle va mourir, qu’elle est condamnée. On est tout le long là dessus. Le procédé est un peu différent sur Demain Tout Commence. Là, on a de la comédie, on est dans un film léger, un peu irresponsable, et puis d’un seul coup, la dramaturgie arrive. Au fil du film, il y a d’autres choses. Ça me parle, c’est cohérent avec la vie. Et puis j’aime bien bousculer le spectateur, pour qu’il ne s’ennuie pas dans le ronronnement de la comédie ou bien dans les bouleversements du drame. Même si encore une fois, j’adore certains grands drames, que je trouve exceptionnels. J’aime aussi être bouleversé pendant 3 heures. J’adore aussi rire devant une bonne grosse comédie. Mon prochain film sera sans doute moins dramatique, mais il y a un fond sérieux sur le regard que l’on peut avoir sur les gens, quand est-ce qu’on les aime, comment on sait qu’on connaît les gens qu’on a autour de soi etc. J’essaye toujours de mettre du fond dans mes films, car j’ai envie de raconter des trucs sur les êtres humains. Je pense que je fais un cinéma très proche de l’humain, du moins je l’espère. J’essaye de raconter des trucs qui me touche ou qui m’éclate. Le dosage, j’essaie de ne pas trop me poser de questions.

La construction narrative de Comme des frères m’avait beaucoup fait penser à celle de (500) Jours Ensemble. Est-ce que vous aviez des influences particulières pour Demain Tout Commence, notamment en ce qui concerne la relation père-fille ?

Dans Comme des frères, on a pris du temps avant de trouver cette structure, qui est un peu particulière. On a énormément pris le temps avant de trouver ça. J’ai toujours eu peur des road movies un peu linéaires, allant d’un point A à un point B. Ce n’est que de la « péripétie » si on fait ça. J’avais peur de ça. Même s’il y en a dans le film, bien entendu, on est obligé d’en avoir. Je me suis dit que j’allais essayer de rythmer le film autrement, et on a trouvé cette structure avec ces histoires de flashbacks, flashforwards, etc. C’était vraiment une volonté de ne pas rentrer dans une  « routine », c’est ce qui fait un peu l’originalité de Comme des frères. Sur Demain Tout Commence, c’était un peu différent, il y avait déjà une histoire quand je suis arrivé. Je me suis inspiré de certains films pour Demain Tout Commence, des films qui ont des duos adulte-enfant. J’avais en tête Le Kid de Charlie Chaplin par exemple, qui est un film merveilleux. Il y a une mère qui abandonne son enfant au début d’ailleurs. J’ai pensé aussi à A la recherche du bonheur avec Will Smith et Jaden Smith, parce que c’est un film qui a un beau duo père-fils, mais qui lui, pour le coup, n’est que dramatique. C’est un film que j’aime bien, notamment dans ses couleurs. J’ai aussi pensé un tout petit peu à La vie est belle de Roberto Benigni, avec ce père qui invente pour son enfant une vie qui n’existe pas. Le contexte historique n’est évidemment pas dans Demain Tout Commence, mais il y a une idée similaire. La caractérisation du personnage que joue Omar Sy doit un peu à Roberto Benigni. Ils ont une manière tous les deux de rendre ce qui est terrible le plus beau possible et le plus magique pour les enfants. J’ai plein d’autres références sinon, mais pas pour le scénario, plutôt pour la mise en scène et des trucs visuels. Des références qui ne sont des fois que dans une scène ou que dans un décor.

Il y a dans Demain Tout Commence un thème redondant avec celui de Comme des frères : c’est la question de la perte d’un être cher et de comment cela peut avoir un impact sur ceux qui restent. Est-ce quelque chose qui vous touche particulièrement ?

C’est plus la question de la séparation qui m’intéresse. La Mort, ce n’est pas quelque chose que je traite vraiment. Ni même la maladie. Je préfère limite ne pas en parler. Dans Comme des frères, c’est la séparation que je traite. Séparation amoureuse, amicale … Là, c’est une séparation qui va peut-être arriver, c’est plus la menace d’une séparation que je traite. La maladie, je n’en parle jamais dans Demain Tout Commence, c’est une sous-intrigue qui apporte de la profondeur, mais c’est tout. Les spectateurs aiment beaucoup ça. On ne parle pas beaucoup de la maladie dans le film, j’en parle très peu, je suis pudique là dessus. C’est quelque chose qui est très important évidemment, mais ça vient tout seul. L’idée que j’avais était surtout de parler des interactions entre les gens qui s’aiment alors qu’ils savent qu’ils risquent d’être séparés.

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La place que vous donnez à la mère dans le film m’a un peu gêné, on a peu d’empathie pour elle, c’est en quelque sorte la « méchante » de l’histoire. On n’a pas tellement envie que Gloria aille vivre avec elle. D’autant plus qu’elle n’arrête pas de mettre des bâtons dans les roues d’Omar.

Je comprends complètement. On a parfois envie de lui foutre des claques c’est sûr, mais il y a deux choses chez elle que j’apprécie, du moins qui m’ont plu. Dans ma réécriture du scénario, j’ai essayé de la sauver au maximum. Le but, ce n’était pas de l’excuser parce que ça même elle, elle le dit « c’est inexcusable ce que j’ai fait ». Mais je voulais qu’on puisse la comprendre. Ou tout du moins essayer de l’accepter. A la fin du film, Omar l’accepte. Il dit qu’il n’y a pas de père idéal ni de mère parfaite et je pense que c’est très important qu’il le dise car il a lui aussi fait plein d’erreurs. Pas les mêmes qu’elle mais il en fait aussi. On est tous bancals. C’est ça que je me dis moi en tant que parent, je fais du mieux que je peux. La mono parentalité est très intéressante à traiter du point de vue du père. On voit plus facilement des mamans élevant seules leur(s) enfant(s), et moins des pères. Je trouve ça intéressant du coup de montrer une maman qui abandonne sa fille, ça existe aussi. Il y a des mamans qui paniquent, qui n’y arrivent pas, qui ne sont pas à la hauteur, qui ne savent pas s’y prendre parce que c’est trop pour elle. Je trouve ça intéressant d’en parler parce que ça arrive aussi. Je le montre à ma manière. Elle abandonne sa fille mais dès la deuxième scène, à l’aéroport, elle est déjà en train de regretter. Pour moi, elle essaye de sauver sa fille en la confiant à Omar. Elle se sent plus toxique qu’autre chose. Il y a autre truc qui m’intéressait dans le film, c’est le regard de Gloria sur sa mère. Je suis tellement dans l’histoire qu’Omar a raconté à sa fille sur sa mère, que c’est une agent secrète, qui voyage etc. Quelque part, il l’a sauvée. Scénaristiquement, il la sauve en tout cas avant qu’elle n’arrive. À contre cœur mais il le fait. Pour sa fille. Le regard de Gloria compte beaucoup plus pour moi. Je regarde plus le regard de Gloria sur sa mère que mon jugement d’adulte sur elle. J’ai mon jugement d’adulte sur elle, mais comme Gloria est tellement heureuse de retrouver sa mère parce qu’elle l’aime, ça m’enchante, je suis heureux pour elle. C’est ça qui dépasse tout pour moi. Après, je comprends ce que vous dites. Dans la deuxième partie, ça devient presque un film de procès, je me suis beaucoup inspiré de Kramer contre Kramer qui est un film que j’adore. Il y a la problématique de qui doit avoir la garde etc. Leur combat dépasse malheureusement la petite, c’est toujours intéressant à montrer car c’est hélas beaucoup le cas dans la réalité. Le combat parfois un peu vain de ces gens-là, qui se disputent, qui refusent de s’écouter. Je pense qu’Omar/Samuel n’écoute pas beaucoup le personnage de la mère jouée par Clémence (Poésy, NDLR) et ne voit pas qu’elle essaye de faire des efforts. Par exemple, quand elle arrive, elle essaye de s’immiscer dans la vie de Gloria avec ses doutes et sa fragilité et Omar lui explique ce qu’elle doit faire. Quelque part, Omar/Samuel la pousse aussi dans ses retranchements. Je suis content de la fin du film, et de ce que fait la mère. Je pense que la fin est heureuse, que l’objectif est atteint pour chacun des personnages. Après, encore une fois, je comprends ce que vous dites. J’ai plein de potes qui ont vu le film et qui me disent qu’ils ont envie de la secouer. C’est le rôle le plus « ingrat » du film, enfin pas ingrat mais complexe car dur à jouer. Clémence n’a vraiment pas eu peur de le jouer, elle abandonne sa fille dès la première scène du film, elle revient 8 ans après dans sa vie sans avoir donné de nouvelles, vas-y quoi pour rattraper le truc. Je trouve qu’elle a apporté énormément de fragilité au personnage. Elle ne sait jamais où se mettre, elle ne sait pas comment se tenir, Clémence a des choses très délicates dans son jeu que j’adore. Elle montre à quel point elle n’est pas conne, elle se rend compte que sa place n’est nulle part. Et donc elle ne sait pas comment faire, mais elle essaye. Elle fait un petit-déjeuner et elle se plante, elle essaye de faire la maman mais elle est nulle. Elle essaye de parler avec sa fille et la maîtresse mais elle ne sait pas à quelle heure l’école termine. Elle ne sait pas où mettre les pieds. Il y un peu un côté où elle doit réapprendre à être une maman alors que sa fille est déjà grande. Voilà, tous ces trucs là m’intéressent beaucoup. Clémence Poésy a fait un travail très fin là dessus. C’était compliqué à envisager et au final, elle s’en est très bien sortie. Quelques hommes me disent ce que vous m’avez dit sur son personnage, mais il y a aussi des femmes qui me disent qu’elles adorent le personnage de la mère. C’est hyper intéressant, elles me disent que le personnage de Clémence les remplissent de plein de choses, sur les doutes, les contradictions, les difficultés à être mère.

Pourquoi avoir localisé l’histoire du film à Londres ? C’était dans le scénario original ou c’était un de vos souhaits ?

Il y a deux choses en fait. Il fallait déraciner le personnage d’un confort dans lequel il se trouve au début du film. Sud de la France, la plage, le bateau, les conquêtes, la teuf etc. Omar est le roi du monde dans cet univers au début du film, mais il est léger, irresponsable etc. La chaleur, le soleil, la plage, tout ce que ça dit sur la décontraction. Il fallait un grand contraste, donc une grande ville pluvieuse, j’avais besoin d’un gros contraste de la langue. Ça ne pouvait pas être Paris. Il fallait le contraste de la langue pour travailler l’interaction entre les personnages, que ce soit à travers la comédie ou le drame. Gloria prend un rôle très important dans le travail d’Omar, c’est elle qui traduit, elle fait fonction d’interprète pour lui, ça étoffe leur relation, forge leur duo. Du coup, Londres s’est tout de suite imposé à moi parce que ce n’est pas loin et que ça répondait aux critères sus nommés. C’est une des villes les plus universelles d’Europe, c’est une ville gigantesque, il y a des gens du monde entier qui y vivent. J’avais envie de filmer une ville hyper cinématographique, ça me plaisait beaucoup d’y aller pour tourner. Il y avait toutes les étoiles alignées pour que ce soit Londres.

Pour finir, que pensez-vous de l’évolution de la comédie en France, enfin surtout de l’apport de talents comme le Palmashow et les échanges entre le web et le cinéma ?

Il y a tellement de vidéastes maintenant, c’est difficile d’imaginer qu’ils vont tous se diriger vers le cinéma. Mais comme les gens issus de One-Man Show finalement. Pas tous peuvent faire des films, mais il y en a certains qui perceront, c’est sûr. C’est aléatoire. Sur le web, il y a une liberté assez enviable, je comprends pourquoi ça marche en ce moment. Il y a une manière novatrice de faire des films sur le web, c’est séduisant. Avec la même ambition de faire des films de qualité qu’au cinéma, visuellement ou sur le plan narratif. Ils ont souvent les mêmes références de films américains etc. Ils ont envie de faire des films inspirés de ce cinéma là, ou qui s’en moquent gentiment. Après, je vois un peu la limite du pastiche et de la parodie au cinéma, que j’adore par ailleurs hein. Je suis fan de La Cité de la Peur, c’est un des plus grands films qui existent, et plein d’autres. Mais ça m’intéresserait énormément de voir les gars du Palmashow faire autre chose que de la parodie par exemple. J’aimerai les voir faire aussi un cinéma différent de la parodie. Dans Casting(s) (mini-série produite et écrite par Hugo Gélin, NDLR), on s’amusait, c’était une récréation d’acteurs, d’acting, de comédie, on se moquait du milieu, mais les comédiens de cette série sont tous de super acteurs de cinéma ou de théâtre. Ça m’intéresserait vraiment de voir Grégoire et David faire autre chose que ce qu’ils font avec le Palmashow et Very Bad Blagues. Je dis ça, mais j’ai surkiffé leur film. Je trouve que ça leur ressemble vachement et tout. Indépendamment du Palmashow, je suis sûr que ce sont de super acteurs qui joueraient très différemment. Humainement, je les aime beaucoup ces mecs là, ils sont humbles, sympas, ambitieux, n’ayant pas peur de bosser. Ils ne se la pètent pas, font leurs trucs, j’adore ces mecs, je les trouve formidables et en phase avec l’époque. Je trouve ça super que ça marche en plus, parce que ça montre un autre style de comédie en France. Il y a Five aussi que j’ai beaucoup aimé cette année, j’adore François Civil et Pierre (Niney, NDLR) dedans. C’est plus mes potes et ma famille, mais ce film m’a fait beaucoup rire. Il y a des acteurs qui me régalent dans ce film, François, Pierre, Igor. Je trouve ça assez exceptionnel dans ce que ce film apporte à la comédie. Ces mecs amènent un coup de fouet à la comédie française, je suis sûr qu’il y en a plein d’autres d’ailleurs, sur le web ou ailleurs.

Propos recueillis par Robin

Merci à Guillaume Gas, rédacteur sur le site Les Chroniques de Cliffhanger & Co, et à Amandine de Mars Films.

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