Juste une mise au point

JUSTE UNE MISE AU POINT (Billet d’humeur) Versions alternatives

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La sortie de Doctor Strange a provoqué comme à chaque fois qu’une adaptation de comics débarque sur nos écrans de nombreux débats. Mon intention n’est nullement de discuter les avis émis sur le film mais de corriger quelques opinions présentées sous couvert d’arguments d’autorité de connaisseurs de comics et plus largement de définir quels sont pour moi  les critères d’une transposition réussie et fidèle d’un comic-book  à l’écran.

On a pu lire ainsi que Marvel Studios tentait de faire du Doctor Strange une copie du Tony Stark d’ Iron Man. Il est vrai que leur parcours est très similaire , tout deux sont des « male alpha » arrogants, experts dans leurs domaines respectifs, brisés par un accident, qu’un sage oriental va aider à se « réincarner » en héros. Cette proximité est bien imputable à une »formule » Marvel  mais il ne faut pas la chercher dans le Marvel Studios de 2016 mais bien dans le Marvel Comics de 1963 année de création des deux personnages (mars pour Iron-Man, juillet pour Dr Strange) où le succès et les cadences de publication poussaient Stan Lee  à recycler ses trames narratives. La place de l’humour a été mis en cause, il est vrai que l’humour est présent dans le film comme dans toutes les productions Marvel Studios et peut sembler parfois incongru dans le contexte du film. En revanche, affirmer que le personnage « fait tout le temps des blagues » est exagéré. Quand à l’affirmation péremptoire  « Quiconque connaît le comics sait que Strange ne ferait jamais cela » elle est, comme souvent dans le cas de nombreuses adaptations, inexacte. Le Dr Strange de Stan Lee et Steve Ditko ne pratique pas en effet l’ironie, pas plus que celui écrit par Roy Thomas dans les années 70, mais celui qui apparaît dans les années 90 sous la plume du même Roy Thomas ou bien celles de Roger Stern, Warren Ellis ou récemment Jason Aaron y est bien plus enclin. Ces versions ne seraient-elles donc pas le « vrai Dr Strange » ?

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Ce type d’arguments d’autorité est d’emblée caduque quand on traite d’adaptations de séries qui paraissent mensuellement pour certaines depuis plus de 70 ans. Le comic-book US  est un média très plastique et opportuniste qui reflète les modes de son époque : la Blaxploitation bat son plein, Luke Cage apparaît, la  folie du Kung Fu post-Bruce Lee fait rage voilà Iron Fist, la mode est à l’action-hero le Punisher a trois titres mensuels etc. etc. Sur une si longue histoire de publication, au gré des modes et des créateurs vous trouverez  tous les comportements possibles parfois contradictoires, chez un personnage dont il existe rarement une version « chimiquement pure ».
Par exemple la représentation du Joker (sujet de controverse à la sortie de Suicide Squad): est-t-il un gangster ricanant ? un clown inoffensif ? où un psychopathe androgyne ? Toutes ces versions existent dans le comics (et le récent reboot DC rebirth nous apprend même que trois versions différentes cohabitent en même temps).
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Déjà en 2013 à la sortie du Man of Steel de Zack Snyder certains l’ont accusé de ne rien comprendre au personnage (sur le même air de « il ne ferait jamais cela dans le comics) car il montra Superman  tuer son adversaire de sang-froid alors qu’il le fit par exemple dans les années 80 (Superman Vol 2. #22 signé John Byrne) ouvrant une succession d’histoires excellentes qui décrivaient les répercussions de cet acte sur le personnage, culminant par son exil volontaire de la Terre.

Le cas de Superman est particulièrement intéressant car beaucoup d’éléments qui constituent ce qu’on pourrait qualifier du « canon » du personnage ne sont pas issus du comics mais de son adaptation dans d’autres médias et non des moindres : la Kryptonite ou  Jimmy Olsen viennent par exemple du show radio The Adventures of Superman avant d’être repris par le comics.

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De mon point de vue on doit distinguer  deux types de caractéristiques: des éléments « canoniques »  qui définissent le personnage, présentes dans la majorité de ses incarnations et qui sont donc indispensables et des caractéristiques plus variables qui peuvent s’adapter aux visions des auteurs ou aux modes d’une époque sans remettre en cause l’intégrité du personnage. On pourra ainsi dire que l’humour est un élément canonique pour Spider-man et variable pour le Sorcier Suprême. Si de manière subjective on aimera particulièrement une adaptation qui reprend les caractéristiques de la période à laquelle on a découvert le personnage on  peut affirmer que les adaptations les plus réussies seront celles qui parviennent à marier les caractéristiques « canoniques » à la vision propre aux créateurs. Pour illustrer ma thèse, quand David S. Goyer rencontre pour la première fois Christopher Nolan pour préparer Batman Begins, ce dernier, dans sa volonté d’une approche « réaliste », veut se débarrasser d’éléments du costume comme la cape et les oreilles du masque de Batman (!!).  Goyer dût le convaincre que leur absence provoquerait un rejet de la part des fans et en retour Nolan demanda que leurs présences soient justifiées dans le cadre de sa vision. De cette synergie naîtra à mes yeux la meilleure version cinématographique du personnage à ce jour

En conclusion, si on peut préférer une version de ces personnages et regretter qu’une adaptation en néglige certains aspects qu’on juge important,  il faut avoir la modestie de ne pas jouer les statues du commandeur quand on y retrouve les éléments les plus essentiels.
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