Analyse

Histoire (s) de Marvel (Récit)

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Aujourd’hui, lorsque l’on évoque les super-héros, le grand public pense immédiatement à Marvel. Spiderman, les 4 Fantastiques, les X-Men, Hulk, Thor, Iron Man, Captain America ou encore Daredevil, Ant-Man ou les Gardiens de la Galaxie, autant de figures populaires qui accompagnent les fans du genre depuis près d’un siècle. Et que la majorité du public a redécouvert grâce au cinéma depuis une vingtaine d’années. Mais plus que des films au budget faramineux, Marvel ce sont avant tout des centaines de BD (les fameux « comics »), produites à un rythme industriel, et qui ont enchanté petits et grands depuis la fin des années 30 et une Amérique qui avait besoin de s’évader, par l’image, d’un quotidien morose, des difficultés économiques de l’avant-guerre et des crises de société. Comment Marvel s’est-il imposé comme la machine à rêve (et à dollars !) que nous connaissons aujourd’hui ? Qui sont ses bâtisseurs, ceux qui ont participé à la création d’un catalogue de plusieurs milliers de personnages ? Comment l’entreprise Marvel a-t-elle failli disparaître dans la deuxième moitié des années 90, avant de renaître de ses cendres, grâce au 7e Art, et d’être racheté en 2009 pour plus de 4 milliards de dollars par l’Empire Disney ? Récit sur plus de 70 ans, forcément résumé, d’une petite entreprise qui, aujourd’hui, ne connait plus la crise.

La préhistoire de Marvel

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Nous sommes en 1939. La bande-dessinée, fenêtre sur l’imaginaire accessible à un grand public (dont une partie ne sait même pas lire), connait son essor depuis le début des années 30 et la crise économique. Martin Goodman, un jeune éditeur de pulp (magazines de fictions sans images, peu chères et très appréciées des masses populaires américaines), y voit l’occasion de développer son business, et fonde Timely Comics, l’ancêtre de Marvel. La première publication de l’entreprise, Marvel Comics #1, date d’octobre 1939, et présente pour la première fois les aventures de La Torche Humaine et de Namor, le Prince des Mers. Mais également de tout un ensemble de personnages qui ne passeront pas à la postérité : des cow-boys, des princes de la jungle, un robot, un détective costumé.. Le succès pourtant est immédiat et colossal pour l’époque : en deux éditions, plus de 900 000 exemplaires sont écoulés. Goodman surfe sur ce succès et constitue sa propre équipe de dessinateurs et scénaristes : le duo Jack Kirby et Joe Simon, qui devient éditeur, ainsi que le cousin de sa femme, le jeune Stanley Lieber, alors seulement âgé de 16 ans, et qui prendra quelques années plus tard le pseudonyme de… Stan Lee. Dès décembre 1939, les publications se multiplient (Marvel Mystery Comics, Daring Mystery Comics, Mystics Comics, Red Raven Comics…), la stratégie de Goodman étant de confier la création des contenus de ces différents univers aux mêmes équipes. Ainsi, le travail est rapide et permet un rythme de publication industriel. Et, à l’instar du triptyque Superman/Batman/Wonder-Woman chez le concurrent direct DC Comics (encore appelé à l’époque National Comics / All-American Comics), Marvel peut compter sur son trio de héros très apprécié du public, chacun ayant droit à son propre magazine : La Torche Humaine, Namor et surtout Captain America, le héros patriote. Créé par Joe Simon et Jack Kirby en 1941, à l’aube de l’entrée en guerre des États-Unis dans le second conflit mondial, il conquerra les foules, avec le premier exemplaire de ses aventures dépassant le million de ventes. Par ailleurs, Timely lance toute une succession d’autres figures, au succès plus modéré il est vrai mais continu: Miss America, The Destroyer ou Vision, ainsi que des séries destinées aux enfants, mettant en scène des animaux, tel Super Lapin ou Ziggy Pig et Silly Seal.

Pendant une dizaine d’années, le succès incontesté de ces bandes-dessinées auprès du public Américain (période appelée le Golden Age, l’âge d’Or des Comics) assure le destin de Timely Comics, qui prospère tranquillement. Mais les temps se durcissent à partir du début des années 50 : la concurrence de la télévision, la fin de la guerre, marquée par une période de paix sociale entrainant un désinteressement du public pour les divertissements, font se contracter le marché des comics. Goodman, jamais à court d’idées, décide donc de créer Atlas Comics, afin de compenser la baisse de popularité des super-héros en se concentrant sur un multitude d’autres franchises en vogue, et qui permettent de maintenir l’entreprise à flot : l’horreur, les westerns, les monstres géants, les histoires de crime, les récits de guerre, l’espionnage, le moyen-âge, et même des séries de titres humoristiques pour les enfants. Goodman tente tout de même de relancer les aventures des super-héros, notamment son trio le plus populaire (la Torche Humaine, Namor le Prince des Mers et Captain America), mais le succès est mitigé. Stan Lee dira d’ailleurs plus tard qu’Atlas n’a survécu à cette période difficile uniquement parce que ses équipes travaillaient vite, pour pas cher et sans vraiment tenir compte de la qualité des publications.

La naissance de Marvel Comics

Au début des années 50, après qu’un lien plus ou moins avéré ait été établi entre le comportement de délinquants juvéniles et leurs lectures de comics (ne riez pas, on dit la même chose des jeux vidéos aujourd’hui), est créé le Comics Code Authority, en 1954. Son but est de réguler la violence représentée dans les bandes-dessinées, ainsi que les images d’horreur, de sexe et de sang. Or, paradoxalement, c’est en imposant des limites à leur imagination que ce code a boosté la créativité des auteurs, et amené les comics dans une nouvelle période faste, appelée le l’âge d’Argent des Comics (The Silver Age). Si c’est chez le concurrent principal DC Comics qu’il faut voir les premières innovations de cette époque (« reboot » de l’univers des héros des années 40, dont Flash, création de la Justice League, où les superhéros principaux de l’écurie joignent leurs forces,..), Goodman décide de leur emboiter le pas très rapidement. D’abord en relançant à son tour toute la mythologie de ses héros emblématiques. Puis, à partir des années 60, en en créant de nouveaux, sous l’égide de Stan Lee, désormais scénariste et éditeur, secondé notamment par Jack Kirby, de retour à la maison après être passé quelques années chez DC.

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L’année 1961 marque un tournant majeur dans l’histoire des comics aux États-Unis : en juin, la première publication sous le titre Marvel Comics apparait (l’anthologie de science-fiction Journey into mystery #69). Et surtout, en novembre sort le premier tome des aventures des 4 Fantastiques (Fantastic Four #1). Une équipe de super-héros, dont l’un d’eux à l’apparence d’un monstre (The Thing) : c’est une révolution dans l’univers des comics. Seulement quelques mois plus tard, Stan Lee, cette fois-ci en collaboration avec Steve Ditko, lance le premier tome des aventures de Spider-Man. Le succès dépasse toutes les espérances : les aventures d’un jeune adolescent tourmenté et mal dans sa peau qui se retrouve en lutte avec ses pouvoirs surnaturels touche le public. Le tour de force de Marvel ? Parler plus des personnages, de leurs problèmes et de leur vie quotidienne, que de l’action. Marvel prend également les devants sur DC Comics en intégrant à ses histoires les sujets politiques chauds du moment : le communisme, la guerre du Viet-Nam (Iron Man), la lutte pour le droit des minorités (X-Men).. Avec ces nouvelles lignes directrices, Marvel parvient à toucher un public beaucoup plus adulte, car concerné par les thèmes évoquées. Tant qu’en 1965, Spider-Man et Hulk sont cité comme 2 des 28 héros des pourtant très engagés campus américains, aux côtés de John Kennedy et Bob Dylan !

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Avec de l’or dans les mains, Marvel continue sa révolution, en créant en quelques années des personnages aussi emblématiques que Thor, Hulk, Ant-Man, Iron Man, les X-Men, Daredevil, La Panthère Noire, Docteur Strange, Capitaine Marvel, le Surfeur D’Argent, mais aussi leurs adversaires, les Magneto, Docteur Octopus, Green Gobelin, Loki ou encore Galactus. A partir de cette époque, Marvel publie à un rythme de plus en plus soutenu. En 1968, l’entreprise vend 50 millions de comics, en majorité ceux des super héros de son écurie. Mais aussi, toujours, des publications de science-fiction, de western, d’arts martiaux, d’aventures fantastiques ou de parodies. Dans les années 70, puis 80, Marvel continue de changer la face du marché du comics. L’entreprise créé de nouvelles méthodes de production en interne, comme la « Méthode Marvel », sorte de Fordisme de la création. Mais aussi de nouvelles façons d’aborder les relations avec le public, grâce aux lettres mensuelles de Stan Lee aux fans, qui donnent des nouvelles de l’équipe de scénaristes et de dessinateurs, ou le lancement des premières conventions de fans. Marvel change également la donne dans le domaine de la distribution, par la vente directe, ou la création de superhéros issus des différents pays de diffusion, au Royaume Uni, au Canada, etc.. Au succès commercial s’ajoutent très régulièrement des succès critiques, comme pour la série Uncanny X-Men de Chris Claremont et John Byrne, ou l’excellente relecture de Daredevil par Franck Miller. Enfin, Marvel étend son univers, en créant des arcs narratifs entre ses différentes séries (Secret Wars), en lançant des comics pour les enfants, ou en assurant la publication comics de saga ultra-connues, comme Star Wars.

La faillite et le retour de Marvel par le 7e Art

Propriété depuis 1986 du groupe New World Entertainment, Marvel est revendu pour 82,5 millions de dollars quatre ans plus tard au financier Ronald Perleman, qui côte l’entreprise en bourse dès 1991. Face au succès de ses séries du début de la décennie (la ligne 2099 par exemple, qui situe les aventures de ses figures les plus populaires dans le futur), ainsi que d’autres initiatives commerciales fructueuses (création d’un groupes de société de cartes de collections et de jouets autour du groupe Marvel), l’entreprise acquiert plusieurs centaines de millions de dollars de valeur. Pourtant, dès 1992, apparait le premier signe annonciateur des drames à venir : sept des artistes les plus prestigieux de la maison s’en vont pour fonder leur propre publication, Image Comics. S’en suivra une série de mauvais placements financiers, que les succès éditoriaux des années suivantes (les sagas Heroes Reborn, et Marvel Knights), ne permettront pas de sauver. Malgré une restructuration au courant de l’année, Marvel est placé en liquidation judiciaire le 27 décembre 1996.

Une bataille financière s’engage alors entre Ronald Perleman et Carl Icahn, magnat de Wall Street sans scrupules (et qui a inspiré le personnage de Gordon Gekko dans le Wall Street d’Oliver Stone, vous dire le capital sympathie du bonhomme), et qui parvient à se faire élire président du directoire en 1997. Icahn, qui pèse plusieurs milliards, a bâti sa fortune en rachetant des entreprises, et en les revendant morceau par morceau, faisant ainsi monter la valeur totale du groupe. Autant dire que le destin de Marvel était mal engagé.. Pourtant le salut viendra de là où personne ne l’attendait.

Flashback : en avril 1993, Marvel Entertainment Group, la maison mère de Marvel, devient l’actionnaire principal d’une manufacture de jouet, Toy Biz, qui possède une licence pour décliner l’ensemble du catalogue Marvel en jouets. En mai de la même année, Avi Arad, président de Toy Biz, fonde Marvel Films, qui deviendra Marvel Studios. Alors que la bataille entre Perleman et Icahn fait rage, Arad et son associé, Ike Perlmutter, parviennent, au détour d’une stratégie particulièrement fine et d’une lutte qui durera 2 ans, à s’imposer à la tête de l’entreprise. Le 1er octobre 1998, Toy Biz rachète Marvel Entertainment Group, et se renomme Marvel Entreprises. Remis à flot, le groupe rencontrera le succès les 10 années suivantes et continuera d’innover : création de son propre système de notations, qui permettra au groupe de sortir du système du Comics Code Authority, nouvelles séries permettant de relancer ses franchises les plus connues (Ultimate Marvel,..) ou encore nouveau partenariat exclusif avec Hasbro pour la production de jouets dérivés.

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Mais le renouveau de Marvel passe surtout par le cinéma. En effet, dès 1997, une première franchise issue de ses catalogues rencontre un succès international : Men In Black rapporte presque 600 millions de dollars dans le monde, et connaitra deux suites. De même pour la trilogie Blade, dont le premier film sort en 1998. Il ne faudra pas longtemps pour que l’entreprise comprenne l’énorme potentiel de son catalogue de plus de 5 000 personnages, dont certains font partie intégrante de la culture populaire mondiale. L’évolution des effets spéciaux permettant désormais de rendre justice aux pouvoirs de ses héros, Marvel sort le premier épisode des X-Men en 2000, suivi en 2002 par le Spider-Man de Sam Raimi, dont le succès phénoménal (plus de 800 millions de dollars au box-office monde), ouvre la voie aux autres personnages Marvel sur grand écran. Consécration finale, en 2009, le groupe Disney pose plus de 4 milliards de dollars sur la table pour racheter Marvel Entertainment. Et met sur pied une stratégie inédite pour exploiter les nombreuses licences de la société au cinéma, qui encore aujourd’hui trustent les premières places du box-office mondial. Mais ceci est une autre histoire…

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