Critiques Cinéma

RADIN ! (Critique)

2,5 STARS MOYEN

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SYNOPSIS: François Gautier est radin ! Economiser le met en joie, payer lui provoque des suées. Sa vie est réglée dans l’unique but de ne jamais rien dépenser. Une vie qui va basculer en une seule journée : il tombe amoureux et découvre qu’il a une fille dont il ignorait l’existence. Obligé de mentir afin de cacher son terrible défaut, ce sera pour François le début des problèmes. Car mentir peut parfois coûter cher. Très cher… 

Histoire de ne pas jouer les radins, on va commencer par une confession : l’auteur de ces lignes n’a jamais porté le cinéma de Fred Cavayé en très haute estime. Celui que l’on avait rapidement élevé en chantre du retour du cinéma d’action punchy et dynamique qui nous avait tant manqué depuis la fin de la grande époque de Belmondo avait peut-être davantage sa place dans la catégorie des suiveurs post-MR73, se contentant de décliner une par une les ficelles les moins appréciables du cinéma d’Olivier Marchal (image sombre et délavée, violence gratuite, personnages unilatéraux, ultra-réalisme en gage d’authenticité, etc…) dans une trinité de polars manichéens qui finissaient par se confondre tous (en particulier les deux derniers : A bout portant et Mea culpa). Le fait de retrouver soudainement Cavayé à la tête d’une comédie avec Dany Boon vendue jusque-là sans véritable promo laissait craindre le pire. On sentait déjà le même phénomène qu’avec l’ami Florent-Emilio Siri, récemment enchaîné à un remake sans âme de La cuisine au beurre, torché vite fait mal fait pour le prime-time de TF1 avec un casting bankable afin de patienter en attendant de dénicher un projet plus proche de sa sensibilité. Or, si la comédie française reste encore aujourd’hui un genre de moins en moins inspiré (où toute notion d’écriture et de mise en scène se voit souvent reléguée aux oubliettes), il y a des exceptions qu’il convient de ne pas balayer d’un revers de la main.

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Contre toute attente, si Cavayé réussit modestement à peu près tout ce qu’il entreprend ici, c’est clairement parce qu’il s’emploie d’un bout à l’autre de son scénario (qu’il a d’ailleurs coécrit) à laisser carte blanche à Dany Boon pour s’épanouir dans ce qu’il sait faire de mieux : jouer les hyper-complexés. Certes, depuis le triomphe de Bienvenue chez les Ch’tis (et même un peu avant, d’ailleurs), on sentait Boon de plus en plus enclin à réciter perpétuellement le « petit Bourvil illustré », enchaînant ainsi les mimiques pas drôles, nous ressortant son éternelle allure de benêt bègue à la ramasse et surjouant chaque gueulante aigüe comme s’il cherchait à imiter le T-Rex de Jurassic Park. Mais n’oublions pas le talent du bonhomme pour donner chair à des personnages déboussolés, pour ne pas dire carrément hystériques dans l’expression de leur complexe (déprime, radinerie, hypocondrie, etc…), à l’image de ses fantastiques prestations sur scène. Déjà bien plus supportable que ses précédentes réalisations, Supercondriaque avait prouvé que Boon pouvait décliner son art du morphing facial avec tenue et modestie, ce que Radin ! confirme à nouveau.

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Une manie en chassant une autre (la radinerie totale remplace ici l’hypocondrie maladive), on prend un certain plaisir pendant une bonne demi-heure à suivre la description d’une existence placée sous le signe de l’économie absolue. Et sur ce point, Cavayé ne se gène pas pour pousser les curseurs à mille, quitte à ce que la situation paraisse vraiment exagérée : le héros ne dépense pas d’électricité dans sa maison (la lumière du lampadaire à l’extérieur lui suffit !), ne dépense que dix euros par jour (alors qu’il a vingt patates sur son compte en banque !), ne mange que des plats périmés ou en réduction, refuse de financer le pot de départ d’un futur collègue retraité, et subit donc le mépris croissant de ses voisins. La grande idée réside pourtant ailleurs : quoi de plus insensé pour un médaillé olympique de radinerie que de confier ses angoisses à son banquier (drôle de psychanalyse !) ou de passer pour un humanitaire afin de dissimuler son avarice. On sent vraiment un tricotage scénaristique plutôt malin, où chaque possibilité du concept de base a été exploitée consciemment. Côté gags, le film ne démérite pas : Boon est évidemment en première ligne pour maintenir la fréquence de rigolade à un niveau tout à fait convenable (grand moment de fou rire : un concert de musique classique d’une durée très… inhabituelle !), mais Laurence Arné, assez rigolote en violoncelliste zinzin sur les bords, n’est pas en reste. Le tout emballé par un montage très dynamique, en l’état l’un des points forts indéniables du cinéma de Cavayé.

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Là où le film chute de plusieurs marches, c’est lorsqu’il s’acharne – production TF1 oblige – à enrober son scénario d’une couche de sentimentalisme un peu niaiseux, ce qui se traduit ici par l’apparition d’un personnage d’adolescente (Noémie Schmidt) désireuse de retrouver son père pour une raison que l’on ne révèlera pas ici. Dans ces moments-là, Cavayé maîtrise assez bien les montées d’émotion, mais ne peut rien faire pour les transcender par une quelconque audace. Tout ce qu’il peut tenter se résume à des gimmicks faciles (notons un caméo de Sébastien Chabal sans aucune valeur) ou à des clins d’œil assez grotesques (Shining et Pretty Woman sont ici parodiés, mais ça ne fait aucun effet…), histoire d’étayer autant que possible un fond on ne peut plus consensuel où tout se résume finalement aux retrouvailles d’un papounet avec sa fifille. A deux ou trois exceptions près, le problème reste le même pour la comédie française : éviter coûte que coûte de pousser un bon concept jusqu’au bout de ses capacités, histoire d’assurer un moment tranquille à la ménagère pour son dimanche soir devant TF1 – on caricature à peine. Reste que Radin !, a contrario d’une flopée de produits franchouillards qui monopolisent les salles et nivellent le genre par le bas, déploie assez d’humour et de sympathie pour ne pas laisser le spectateur sur le bord de la route. Pas radin, ce film, mine de rien…

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Titre Original: RADIN !

Réalisé par: Fred Cavayé

Casting : Dany Boon, Laurence Arné, Noémie Schmidt,

Patrick Ridremont, Christophe Favre, Karina Marimon…

Genre: Comédie

Sortie le: 28 septembre 2016

Distribué par: Mars Films

2,5 STARS MOYENMOYEN

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1 réponse »

  1. Après avoir lu votre critique du film « demain, tout commence », dont le cynisme m a pour le moins écœurée, j’ai été curieuse de savoir si vos autres écrits manifesteraient le même mépris. Vous dénigrez tant le travail des réalisateurs et metteurs en scène, vos critiques sont si acerbes, que vous devez sans doute être une pointure dans ce domaine. Force est de constater, après recherches, que vous n’êtes pas grand chose, peut être juste un spectateur lambda à la langue plus pendue que les autres.
    Paradoxalement, votre critique du film « radin » est étonnement élogieuse; j’ai détesté, ainsi que l ensemble de mes amis…
    j’admets cependant ne pas avoir eu le courage de parcourir tous vos écrits. Votre style pompeux m’en a dissuadée. Des phrases de trois kilomètres de long, construites à renfort de virgules, ne font pas d un écrivaillon un véritable auteur.

    Ps: Olivier Marchal, dont le cinéma témoigne de tant de violence gratuite selon vos propres dites, vous passe le bonjour.

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