Critiques Cinéma

HARDCORE HENRY (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

hardcore henry affiche

SYNOPSIS: Attachez votre ceinture. Hardcore Henry est certainement l’expérience la plus intense et la plus originale à vivre au cinéma depuis bien longtemps !

Vous ne vous souvenez de rien.
Votre femme vient de vous ramener à la vie. Elle vous apprend votre nom : Henry.
Cinq minutes plus tard, vous êtes la cible d’une armée de mercenaires menée par un puissant chef militaire en quête de domination du monde. Vous parvenez à vous échapper mais votre femme se fait kidnapper. Vous voilà perdu dans un Moscou hostile. Ici tout le monde semble vouloir votre mort. Vous ne pouvez compter sur personne. Sauf peut-être sur le mystérieux Jimmy. Pouvez-vous lui faire confiance ? Arriverez-vous à survivre à ce chaos, sauver votre femme et à faire la lumière sur votre véritable identité ? 

Il y a encore quelques mois, personne n’avait entendu parler de Hardcore Henry. Ce n’est qu’après son passage très remarqué au dernier festival international de Toronto et la parution en ligne d’une bande-annonce plutôt prometteuse que ce petit film d’Iliya Naishuller, réalisateur d’origine russe ayant d’abord opéré en tant que musicien et clippeur pour un groupe de rock basé à Moscou, a commencé à faire parler de lui. Acheté pour la coquette somme de 10 millions de dollars par le distributeur STX, Hardcore Henry est un film d’action qui a l’originalité d’avoir été entièrement tourné avec une caméra GoPro utilisée exclusivement en caméra subjective, renvoyant directement à l’imagerie du jeu vidéo. Les manifestations qui apparaissent à l’écran sont en effet vues de ses propres yeux, imitant ainsi le procédé des jeux vidéo de tir à la première personne, dits Doom-like. Un film dont vous êtes le héros, en somme. Le dispositif est toutefois vieux comme la pluie au cinéma, on a déjà pu voir cette idée à l’œuvre dans une multitude de films issus de genres divers au cours des 20, voire 30 dernières années : d’Aliens de James Cameron à Strange Days de Kathryn Bigelow (ex-compagne de Cameron, tiens tiens), en passant par RoboCop de Verhoeven ou quelques célèbres titres horrifiques (Halloween, Les Dents de la Mer, Maniac), mais encore Doom, pitoyable adaptation filmique du jeu-vidéo éponyme, ou dernièrement Enter The Void de Gaspar Noé et Chappie de Neill Blomkamp.

HARDCORE HENRY 1
La seule véritable extravagance proposée par Iliya Naishuller – et Timur Bekmambetov, crédité ici producteur et surtout connu pour avoir dirigé le sympathique Wanted mais aussi l’abominable Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires – est d’avoir tenu cette mécanique sur la durée d’un long-métrage, et non sur celle d’une seule séquence. Un parti pris intéressant et audacieux en termes d’immersion, mais pouvant néanmoins connaître quelques limites, et ce dès la conception du projet. Premièrement, les codes et la logique narrative des jeux-vidéo n’étant pas les mêmes que ceux du septième art, on pouvait redouter une confusion et un épuisement à la longue chez le spectateur, avec l’impression d’avoir été berné sur la marchandise offerte et à la clé, un rejet massif du procédé (le combo céphalées + nausées). Secundo, ce point de vue visuel hérité de l’univers des jeux-vidéo s’inscrit dans une démarche artistique relativement floue chez Iliya Naishuller, qui jure avoir voulu positionner le public dans la peau du protagoniste principal pour lui faire ressentir des émotions primitives quand, ailleurs, il se murmure qu’Hardcore Henry servirait de bêta test mercantile pour briser définitivement la frontière entre cinéma et jeux-vidéo, industrie devenue colossale en termes de recettes financières.

HALEY BENNETT stars in HARDCORE HENRY

Enfin, sur le terrain du film d’action cocaïné, Hardcore Henry passe après les deux opus très récréatifs Hyper Tension, signés du tandem Neveldine/Taylor, et du plutôt fun (bien que surestimé) John Wick, sorti l’an dernier. Au-delà des considérations formelles, le pari est donc celui de renouveler ce sous-genre vénère du long-métrage d’action. Filmé principalement à Moscou, avec quelques séquences à Los Angeles, Hardcore Henry raconte l’histoire de Henry, personnage ayant perdu la mémoire. Il apprend rapidement qu’il est un cyborg et qu’il doit protéger sa compagne de gangs ultraviolents. Que vaut-il ? Vous l’aurez compris en observant de plus près l’équipage de ce navire : Hardcore Henry est une marade assumée, un film sang pour sang fun et décomplexé, à prendre au dernier degré, mais qui ne ravira sans doute pas tout le monde. Voguant sur un scénario à deux neurones, probablement écrit sur un coin de nappe un soir d’ivresse, Hardcore Henry ne brille hélas pas par son récit et c’est là une première grosse tare. On aurait aimé que la technique utilisée soit mise à profit pour tracer une histoire de qualité, et non une intrigue aussi basique et rachitique que celle-ci, compartimentée autour de poncifs éculés : l’inévitable expérience scientifique qui tourne mal, l’humain augmenté de ses capacités qui navigue en pleine crise existentielle, le tyran aux pouvoirs télékinétiques qui cherche à construire une armée de super-soldats cybernétiques. Dès la première bobine, ça part mal: il est en effet difficile de rentrer dans ce monde qui mélange discrètement science-fiction et action, faute de présentation préalable décente de l’univers.

hardcore henry 3
Puis, on est déçus par certains points : absence dramatique de fond (zéro propos), caractérisation grossière de certains personnages (les femmes surtout, mais aussi le bad guy, stéréotype con et exubérant, au look échappé tout droit du vilain de Ghost Rider 2, même si on doute que l’inspiration première est Dante de Devil May Cry), la prévisibilité des rebondissements et le cruel manque d’émotions de l’ensemble (aucune empathie pour le héros, un comble pour un film adoptant son point de vue de manière aussi radicale !). Passés ces vilains défauts, il est fort heureusement impossible de bouder son plaisir dans la salle tant Hardcore Henry exploite à fond son high concept, regorgeant de moments ultra jouissifs et offrant une bonne dose d’adrénaline aux spectateurs. Reprenant raisonnablement l’esthétique et la grammaire (progression narrative par level-up avec une floppée de mercenaires à abattre jusqu’au boss final, résurrection des perso par un système de vies, recherche perpétuelle de munitions…) de grands hits vidéo-ludiques first person shooter (Mirror’s Edge, Half-Life, Halo, Call of Duty…), Iliya Naishuller enchaîne les séquences pétaradantes à un rythme frénétique, avec un sens graphique et maîtrisé de la violence, une mise en scène ludique (usage singulier du split-screen … mais gageons toutefois un découpage hasardeux et quelques mouvements de caméra trop brutaux ou trop rapides) et un humour débridé – tendance potache – qui finit par étirer nos zygomatiques. Pleinement conscient de ne pas faire dans la dentelle, Naishuller réalise en effet des scènes d’action qui amusent par le déploiement outrancier d’effusions gores et l’originalité de quelques mises à mort (les amateurs d’hémoglobine seront ravis). Sans signer un monument d’action, le cinéaste parvient à aligner des passages survitaminés dans des conditions et environnements distincts (bastons à mains nues, éliminations discrètes, gunfights dans la jungle, sur un chantier d’immeuble, en banlieue ou sur une longue route de campagne…), avec un arsenal et des véhicules variés (en gros, tout le répertoire des FPS y passe), le tout avec un esprit bien nerveux mais toujours bon enfant (la bande-son tonitruante favorisant de gros riffs de rock russe).

hardore henry 4
Louons aussi que Hardcore Henry est un vrai film R-rated cracra et sanguinolant, et non une énième transposition jeu-vidéo ciné édulcorée, ce qui en soi est déjà pas mal de nos jours. Ce dernier point, plaisant et surprenant, tient d’ailleurs jusqu’au carnage final, monument de barbarie dont on se souviendra encore longtemps. Côté casting, les acteurs choisis pour ce film conviennent parfaitement. Comment ne pas apprécier l’accent prononcé et le dynamisme percutant de l’excellent Sharlto Copley ? Même s’il campe son rôle de guide de manière assez caricaturale, le comédien sud-africain y met vraiment du sien jusqu’au bout, cabotinant certes avec gourmandise mais faisant preuve d’un savoir-faire indéniable dans ce registre (cf ses partitions chez Neill Blomkamp, réalisateur d’ailleurs remercié au générique d’Hardcore Henry, tiens tiens). Le scientifique qu’il incarne est d’ailleurs la meilleure idée du long-métrage, sorte de personnage-avatar à l’intérieur même du film, élément qui entretient évidemment l’interactivité entre le joueur et le spectateur de manière intra et extra-diégétique. Haley Bennett incarne par ailleurs la femme d’Henry avec conviction, tandis que Tim Roth assure un caméo de fortune dans le rôle du père d‘Henry. Sans prétention et sans concession, Hardcore Henry est un divertissement en apnée efficace et appréciable, même si bourré de défauts.

hardcore henry affiche

Titre Original: HARDCORE HENRY

Réalisé par: Iliya Naishuller

Casting : Sharlto Copley, Danila Kozlovsky, Haley Bennett,

Andrei Dementiev, Tim Roth, Iliya Naishuller …

Genre: Action, Science fiction

Sortie le: 13 avril 2016

Distribué par: Metropolitan FilmExport

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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