ENTRETIENS

ENTRETIEN AVEC THOMAS LILTI: « … les médecins réparent les conneries de la nature »

C’est sur une banquette confortable de l’hôtel Shelter de Lyon que nous avons reçu Thomas Lilti, le réalisateur de l’acclamé Hippocrate, de retour aujourd’hui avec le bienveillant et lumineux Médecin de Campagne

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Vous avez déjà dit en interview que vous aviez dû mal à choisir entre cinéma et médecine, que vous ne choisiriez jamais. Du coup, comment se passe l’alliance entre vos deux passions ? Comment réussissez-vous à concilier les deux ?

TL : J’ai commencé le cinéma en même temps que mes études de médecine. J’ai mené mes deux carrières en parallèle pendant près de 20 ans. Mais c’est vrai que depuis deux ans et demi, depuis le tournage d’Hippocrate, je n’ai plus le temps pour la Médecine, donc ça va faire deux ans et demi que je ne pratique plus. J’ai fait beaucoup de remplacements avant et je recommencerai peut-être après, plus tard, dans quelque temps. C’est vrai que j’ai dû mettre ma carrière médicale entre parenthèse pour le moment.

En réalité, je me demandais si, du fait de votre notoriété naissante, vous n’étiez pas un peu « exposé » en quelque sorte (en songeant à la dimension privée de la Médecine et la dimension publique du Cinéma) ?

TL : Bah voilà, je ne suis pas confronté à ça du coup. Depuis cette « petite notoriété naissante », je ne pratique pas la Médecine donc je n’ai pas été confronté à des patients qui viendraient me voir parce qu’ils ont vu mes films par exemple.

Quand vous êtes en phase d’écriture, vous revivez les expériences en détaillant les événements de vie vécus ou vous essayez de faire œuvre de fiction ?

TL : C’est un mélange. C’est-à-dire que souvent, ce qui est source d’inspiration pour moi, c’est le mélange de choses que j’ai vécues, de choses du quotidien, d’un regard sur le monde qui m’entoure, mais toujours à travers une histoire romanesque. S’il n’y avait pas ce dernier point, je ferai du documentaire. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la fiction, c’est le divertissement, c’est l’idée de faire une œuvre de divertissement. C’est Bergman qui disait ça : « le premier objectif du cinéaste, c’est de divertir ». Bon, je ne me compare ni à Bergman ni à un cinéaste, mais c’est vrai que lorsque je fabrique mes films, j’essaie de divertir. J’ai envie de divertir. Le divertissement passe avant tout par la fiction et le romanesque.

Et comment vous organisez le dosage entre les éléments de vie autobiographiques et la part de fiction ?

TL : On va partir d’un exemple. Si on prend l’attaque des jars dans Médecin de Campagne, c’est une anecdote qui m’est réellement arrivé. Un jour, je suis rentré dans une ferme pour voir un patient, il y avait des jars qui m’ont attaqué. De cette anecdote, j’ai fait une scène, mais qui est romanesque parce qu’elle s’inscrit dans le cadre d’un bizutage de Werner (François Cluzet) sur Delezia (Marianne Denicourt) et ce qui suit derrière, c’est inventé. Comment humilier un jar en lui mettant le bec dans le trou-du-cul. Ça c’est totalement inventé vous voyez. Je pars souvent d’anecdotes qui me sont arrivés pour les faire rentrer à l’intérieur d’un scénario, d’une histoire inventée.

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Ce mélange assez habile entre des choses réelles et d’autres que vous inventez, est-ce que ça concerne aussi le reste de la dramaturgie du récit, en tout cas ce qui ne relève pas purement du domaine médical ?

TL : Oui, bien sûr. Il y a des choses que j’ai vécues, connues et d’autres qui viennent de mon imagination. Le docteur Werner, c’est un personnage qui est loin de moi. Il est âgé, il est malade. Le docteur Denezia aussi, elle vient de mon imaginaire. C’est plus une gamine, elle a essayé de reprendre ses études, c’est très loin de moi tout ça. Leur rencontre, l’histoire qui va se nouer entre eux, ce ne sont pas des choses que j’ai vécues, c’est vraiment de la fiction pure.

Est-ce que malgré le désir de fiction, vous avez ressenti le besoin de vous replonger dans l’univers de la Médecine et de rencontrer certains de vos collègues ?

TL : Je suis toujours en contact avec des confrères. La médecine est toujours présente dans ma vie. Il y a des anecdotes qui ne viennent pas de moi directement, mais de choses que des collègues ont pu me raconter., ou de choses que j’ai pu lire. Comme tout le monde, j’entends des anecdotes sur la médecine, j’en lis aussi sur certains blogs. Parfois dans des reportages que j’ai vus à la télé, au JT ou ailleurs. Parfois, en regardant un reportage sur la médecine, je me dis « ah c’est marrant, j’aime bien comment il parle, comment il raconte cette histoire », je m’inspire beaucoup de ces choses là. Tout est source d’inspiration pour moi. Il n’y a pas besoin de côtoyer des médecins toute la journée.

Quand vous avez écrit Médecin de Campagne, vous aviez déjà François Cluzet et Marianne Denicourt en tête pour les rôles principaux ?

TL : J’ai beaucoup pensé à Marianne Denicourt en écrivant, je savais que le rôle était pour elle. A moins qu’elle refuse mais je me doutais qu’elle aurait envie de l’interpréter. J’ai beaucoup pensé à elle, elle s’est même investie dans l’écriture. Non pas en écrivant, mais en lisant des versions intermédiaires du script. J’avais clairement son image en tête en écrivant. Je savais que ce n’était pas une gamine, je savais que c’était une femme qui avait repris en main sa vie. Pour Werner, je m’étais interdit de penser à qui que ce soit parce que c’est trop dur quand on pense à un acteur et qu’il dit non après. En revanche, dès la fin de la première version, je l’ai fait lire à Cluzet et Cluzet a dit oui. C’était vraiment une grande satisfaction pour moi parce que je voulais un acteur populaire pour interpréter ce personnage, qui est une forme de héros populaire. Ça fait partie de l’imaginaire collectif. Pour incarner ce héros populaire, je trouvais ça important d’avoir un acteur populaire. J’adore Cluzet, c’est un acteur que j’aime depuis toujours. J’aime cette façon qu’il a de jouer dans la retenue et de réussir à faire passer énormément de sentiments et d’émotions. Et en même temps, on sent cette colère, cette révolte qu’il a en lui.

Vos films ont toujours une certaine fibre politique, avec des messages d’alerte glissés en sous-textes. Est-ce que vous êtes devenu malgré vous le maillon d’une chaîne entre vos collègues médecins et le gouvernement français ?

TL : Non, du tout. Mes collègues ou d’autres médecins ne m’ont jamais contacté pour me demander de faire passer des messages. Je n’écris pas non plus mes films en me disant qu’il est temps de faire passer tel message. Il se trouve que je traite de sujets qui me concernent, des sujets certes du quotidien mais qui évoquent des problématiques de société. Là avec Médecin de Campagne, on parle des déserts médicaux, je parle aussi du droit de chacun à décider de vouloir mourir chez soi, il y a plusieurs sujets comme ça … obligatoirement, je porte mon regard, je donne un peu mon avis, je dis ce que j’en pense et c’est dans mes films. C’est parce que j’aime traiter de ces sujets là que de fait, mes films effleurent une dimension politique, mais je me dis jamais « tiens, je vais faire un film politique » ou « ah je vais bien enfoncer le clou sur tel sujet ». Je disais au début que je cherche avant tout à divertir. Cela dit, je pense que tout réalisateur qui est dans une démarche sincère fait passer un message quand il réalise un film. Même quand c’est un film de pur divertissement.

Vous avez dit en interview qu’Hippocrate est un film optimiste car il part d’un souci individuel pour déboucher sur une problématique de collectivité que seul le groupe peut résoudre. Considérez-vous également Médecin de Campagne comme optimiste ?

TL : Je le trouve beaucoup plus optimiste qu’Hippocrate. Hippocrate détonnait un peu parfois, notamment avec le personnage de Vincent Lacoste qui était presque comique par moments. Il était plus pessimiste, même s’il y a l’idée vers la fin que la collectivité pouvait faire changer les choses. Il y avait un constat qui était dur sur la société hospitalière. Là, Médecin de Campagne est vraiment optimiste. S’il dit une chose, c’est que d’être deux, d’être plusieurs, ça rend la vie plus belle et ça peut « guérir » en quelque sorte. Il dit ça à la fin d’une certaine façon.

Votre « campagne », on la sent assez proche de la ville. C’était une vraie question pour vous de savoir quelle campagne vous alliez choisir pour un film qui s’appelle Médecin de Campagne ?

TL : Complètement. Très vite, je me suis dit qu’il ne fallait pas filmer une campagne touristique, pittoresque ou spectaculaire. Je pouvais pas filmer le Vercors par exemple. Ni la campagne des Alpes ou ou celle des Pyrénées. J’aurai certes pu avoir des images somptueuses, mais les gens ne s’y seraient pas reconnus. J’avais envie d’une campagne assez banale et ordinaire, pas celle où on va planter sa tante l’été et où on passe ses vacances. Je voulais une campagne de tous les jours, celle qu’on traverse quand on quitte les grandes villes et qu’on commence à faire un peu d’autoroute. On la retrouve dans toutes les régions de France cette campagne là. Elle existe absolument partout. C’est pour ça que c’était très important pour moi d’avoir cette campagne là. On a tourné en Normandie, parce que c’est une campagne que je connais un peu. Pour moi, c’était important d’aller planter ma caméra dans des lieux que je connais. Je voulais vraiment pas d’une campagne spectaculaire mais plutôt une campagne « commune », dans laquelle tout le monde peut se projeter.

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Il y a également une météo particulière dans votre film, avec des scènes de pluie et l’omniprésence de boue.

TL : Oui, ça rajoute à l’idée que c’est une campagne de tous les jours. On a tourné en hiver en plus. Ce que je voulais de toute façon avec Médecin de Campagne, ce n’était pas de filmer la campagne, mais plutôt de filmer les gens qui vivent à la campagne. Même chose avec Hippocrate, je n’ai pas voulu « filmer l’hôpital », mais plutôt filmer les gens qui travaillent à l’hôpital. Je me suis dit que j’allais raconter la campagne à travers les gens qui y vivent. De même avec Hippocrate, j’avais pour ambition de raconter l’hôpital à travers les gens qui y travaillent. Et en effet, les gens qui vivent à la campagne en hiver, ils vivent dans la boue, il fait nuit tôt, le jour se lève tard, il pleut tout le temps (rires). Je me suis surtout attaché à filmer les gens. Et en filmant les gens, je me suis dit qu’il y allait bien y avoir quelque chose de la campagne qui allait en ressortir.

Est-ce que parmi tous les personnages, hormis François Cluzet et Marianne Denicourt, vous avez le sentiment que ce sont des gens qu’on pourrait retrouver dans des villes ?

TL : mmmhh Oui et non. L’enfant autiste par exemple, tel que je l’ai écrit, tel que je l’ai pensé, c’est un personnage typiquement «rural». On pourrait le retrouver à la ville, mais la façon dont je le fais exister est cohérente avec le motif de la campagne.

Vous avez déjà participé à l’écriture de films que vous n’avez pas réalisé tels que Mariage à Mendoza et Télé Gaucho. Est-ce que vous préférez écrire ou réaliser dans le processus créatif ?

TL : Ce que je préfère, c’est écrire les films que je vais ensuite réaliser (rires) ! Des films qui sont très personnels et en même temps, ça demande beaucoup d’énergie, c’est très dur d’écrire et réaliser. Il faut avoir des choses à raconter. Parfois, on a des choses à dire mais on ne sait pas comment les dire. Parfois, on a moins d’inspiration … c’est assez dur l’écriture. C’est vrai que ce sont de belles parenthèses que de pouvoir aller écrire pour d’autres réalisateurs qui arrivent avec leur univers, leurs envies. Il faut ensuite essayer de se fondre dans leur univers pour raconter au mieux l’histoire d’un autre, ce n’est pas évident. C’est quelque chose que j’aime bien faire cela dit.

La médecine représente en quelque sorte une famille, une collectivité. Là maintenant, avec le succès d’Hippocrate, vous êtes rentré dans la famille du cinéma. Est-ce que la nomination aux César pour la réalisation d’Hippocrate a changé quelque chose pour vous ?

TL : Plus que la nomination aux César, c’est un ensemble de choses qui m’ont ouvert des portes. La présence à Cannes à la semaine de la critique, le succès public et critique du film à sa sortie, et puis les César. J’ai tout de suite enchaîné avec Médecin de Campagne, donc je n’ai pas tellement eu le temps de le percevoir, mais oui, Hippocrate m’a offert un peu de notoriété. Surtout dans le milieu du cinéma. J’ai l’impression que maintenant, les gens me connaissent et connaissent mon travail. Ils sont relativement bienveillants avec moi, tout ça est plutôt agréable et rend le métier plus facile.

Pourquoi avoir intégré une séquence de danse country dans Médecin de Campagne ? Vous y avez pensé dès le processus d’écriture ?

TL : C’est une tradition très ancrée dans la campagne française. Au départ, j’avais pensé à une scène de bal classique, une musique de bal populaire et puis je me suis rendu compte assez vite que la plupart de ces bals populaires sont des bals country. D’ailleurs, le groupe qui joue dans le film est un groupe qui jouait il y a encore 5-6 ans du Johnny Hallyday et du Michel Sardou et puis ils se sont reconvertis dans le country et depuis ils cartonnent. Ils font le tour de France en ce moment. Je me suis demandé pourquoi. Est-ce que c’est le culte de l’Amérique, des texans ? Je n’y crois pas trop à ça, parce que quand on interroge les gens, ils s’en fichent un peu des cowboys et tout ça. Ça les amuse d’avoir des Santiags et un chapeau mais j’ai l’impression que ce qui a créé l’essor du country en France, c’est la danse en ligne. C’est le fait de danser ensemble, toutes les générations, les filles, les garçons. Très vite, avec peu d’entraînement, on peut prendre du plaisir et réussir à peu près à danser sur un nombre de chansons incroyables. Et puis évidemment, il y a les chorégraphies difficiles. Tout ça est très standardisé, mais en quelques leçons, on est capable de danser un peu sur tout, donc c’est super. Je crois que le succès de la country vient de là. Au-delà des bals, on sait qu’il y a beaucoup de gens qui prennent des cours de danse en ligne, des retraités qui avaient perdu le goût de la danse. Parce que souvent, ce sont les jeunes qui vont en discothèque. Dans la danse en ligne, il n’y a pas du tout cette connotation de séduction que peut avoir la danse, c’est vraiment de l’amusement et du loisir. Quand j’ai découvert ça, c’est devenu une évidence, je me suis dit qu’il fallait que je colle à cette réalité là.

En termes cinématographiques, est-ce que vous aviez des influences en tête en tournant ce film ?

TL : Très peu. Je ne pense pas trop à d’autres films quand je tourne mes films. Les films que j’adore sont souvent très loin de ce que je fais. C’est comme Truffaut qui adorait Hitchcock et John Ford, ce n’est pas très proche.

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Quelle cinéphilie vous avez du coup, quels sont les films que vous allez voir au cinéma ?

TL : C’est très éclectique. Ça va du cinéma français que j’aime énormément, notamment la Nouvelle Vague mais aussi Claude Sautet, au cinéma italien ou anglais. J’adore le cinéma noir des années 50, mais aussi après, les films de Coppola et du Nouvel Hollywood. C’est très large. Je n’ai pas de spécialités.

Est-ce que François Cluzet et Marianne Denicourt ont subi un « entraînement » particulier pour apprendre les gestes techniques sur le plan médical ?

TL : On a passés beaucoup de temps ensemble à parler du scénario, à parler de médecine, à faire des lectures, à décortiquer chaque scène et toute l’histoire, à comprendre ce qui se jouait. C’était un grand moment de travail qui leur a apporté par rapport à leurs personnages de médecins. Puis l’un et l’autre ont fait des démarches différentes : Marianne Denicourt a beaucoup travaillé en immersion, en rencontrant des médecins, en les regardant et en parlant avec eux ; tandis que François Cluzet a travaillé différemment, il s’imprègne du rôle en lisant. François, quand on lui demande comment il a appris à devenir médecin, il va vous répondre « mais je suis médecin ».

Et Félix Moati, c’était aussi une évidence pour vous ?

TL : Oui, Félix c’est un copain. C’est un jeune homme que j’apprécie beaucoup. Je l’avais prévenu que c’était un « petit » rôle, il a accepté très gentiment. Je lui avais dit « tu vas être le fils de François Cluzet, mais ton petit rôle est important ».

Pour rebondir là dessus, on a la sensation en voyant vos films qu’ils sont traversés par un propos sur la transmission, l’héritage. C’est un thème qui vous est cher ?

TL : Oui, ça me touche beaucoup, ça me tient à cœur. Comment on transmet son savoir alors que le transmettre, c’est aussi accepter de perdre quelque chose et qu’une page se tourne. C’est toute la problématique du personnage de François Cluzet dans Médecin de Campagne et de son lien avec le docteur Delezia joué par Marianne Denicourt. Pour Delezia, je voulais un personnage féminin de caractère, pas une femme qui doute. Dans Hippocrate, le personnage interprété par Vincent Lacoste est un jeune qui doute. Dans Médecin de Campagne, Delezia ne doute pas. Face à un type comme Werner, si elle commence à douter, elle est mal barrée. Je voulais vraiment une femme qui soit sûre d’elle. J’en ai marre des films français avec des personnages masculins et féminins qui ont 25 ans d’écart, les hommes ont 55 ans, les femmes 25, personne n’y croit, je trouve ça décalé. Je ne voulais pas qu’il y ait un gros écart de génération dans Médecin de Campagne.

Est-ce que vous pouvez nous donner quelques éléments sur vos prochains projets ?

TL : En ce moment, j’écris une série hospitalière pour la télé. Et un film de cinéma qui ne sera pas lié à l’univers de la médecine, mais je ne peux pas en dire plus. Pour la série hospitalière, c’est un peu dans la continuité d’Hippocrate.

A part la médecine justement, est-ce qu’il y a d’autres univers que vous auriez envie d’explorer au cinéma ?

TL : Oui évidemment. J’essaie toujours de partir d’un univers que je connais tout de même. Mon prochain film par exemple, il parle d’un univers que je connais un peu, mais c’est difficile de vous en dire plus sans spoiler. C’est un univers que je connais moins que la médecine, mais que je connais un peu. Ça demande une autre forme de travail et d’investigation que je n’avais pas besoin de faire jusque là.

Comment vous procédez lors de la phase de montage ? Vous enlevez beaucoup de choses ?

TL : Le montage, c’est un gros travail. J’essaie de bosser sur le « rythme » que doit avoir le film. L’idée du montage, c’est d’essayer de retrouver non pas le scénario tel qu’il était écrit, mais de retrouver le scénario tel qu’il était pensé, tel qu’il était ressenti à la lecture. Avoir le sentiment de retrouver ce scénario là, c’est très agréable. Les deux scénarios dont je parle sont très différents.

Est-ce que vous pensez qu’on ne peut éviter de parler de la mort dans un film qui a la médecine comme toile de fond ?

TL : Ah ben, c’est même l’intérêt de travailler sur ces sujets là. La médecine, c’est une discipline d’une immense richesse. On côtoie la mort, on se pose de nombreuses questions sur la mort, mais aussi sur la vie, la maladie, la douleur, la souffrance. Il ne reste plus que l’amour, mais sinon la Médecine brasse à peu près tout les grands thèmes de la vie. La mort, c’est un sujet qui me passionne, mais il n’y a pas besoin d’être médecin pour ça, il faut juste être humain.

Les pulsions de vie aussi. On se souvient de cette scène dans Hippocrate où Félix Moati et Vincent Lacoste dissertent sur les avantages et les défauts de leur spécialité respective, et tandis que le premier défend la réanimation, le second argumente sur le besoin de côtoyer les patients et d’être du côté des vivants.

TL : Oui, exactement. La vie et la mort, quand on est médecin, on est tout le temps là à se poser des questions. Ce que dit François Cluzet dans le film « la nature est une barbarie, on répare ses conneries », c’est un peu ça finalement, les médecins réparent les conneries de la nature. Être médecin, c’est sans fin, c’est un éternel recommencement, on soigne quelqu’un et puis à côté, il y en a un autre qu’on soigne pas, et puis il y en a un autre qui rechute et puis voilà, c’est ça tout le temps. On peut par moments avoir le sentiment que c’est totalement vain ce qu’on fait, qu’on a envie de baisser les bras, et puis en même temps ben non, parce que voilà, les médecins sont là pour ça. Si on commence à se dire ça, tout est vain dans ce cas, la vie est vaine. Je suis optimiste moi.

Même si c’est pas le cas en ce moment, vous pensez que vous pourriez mener de front vos deux carrières (cinématographique et médicale) ?

TL : Oui, bien sûr. Pour ne rien vous cacher, deux mois avant le début du tournage de mon premier film, je soutenais ma thèse. Je faisais déjà quelques remplacements à droite à gauche. On peut très bien faire les deux à la fois si on en a l’envie.

Propos recueillis par Robin

Merci à Thomas Lilti et à Le Pacte, distributeur du film. Merci également au confrère présent, ainsi qu’à toute l’équipe du Comoedia (en particulier Frédérique et Sarah).

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