Critiques Cinéma

MARSEILLE (Critique)

1 STARS TRES MAUVAIS

marseille affiche

SYNOPSIS: Devant l’insistance de son frère Joseph, qu’il n’a pas revu depuis 25 ans, Paolo se résout à abandonner quelques jours sa vie calme et harmonieuse au Canada, pour revenir à Marseille au chevet de son père accidenté. Il part donc, son fils sous le bras, bien décidé à ne pas s’attarder dans cette ville qu’il a fui, des années plus tôt, à la suite d’un drame. Il n’imagine pas que l’affection de sa famille retrouvée, sa rencontre amoureuse avec une jeune femme et la solidarité joyeuse et simple des Marseillais le réconcilieront avec cette ville qu’il n’aurait jamais voulu quitter… Marseille. 

Prendre des nouvelles de la « planète Mars » ? Si ça doit être celle décrite par le groupe IAM dans leur chanson éponyme, on n’est pas contre. Si ça doit être celle du dernier film – désastreux – de Dominik Moll (rien à voir avec la cité phocéenne, on précise), on préfère fuir tout de suite. Au final, pas de réelle surprise au programme : comme l’indique le titre du film, on aura juste droit à une petite heure et demie de tourisme dans la ville de Jean-Claude Gaudin et de Robert Guédiguian. Mais stop, faisons une pause, lâchons une petite mise en garde : ceux qui pensaient se payer une bonne tranche de rigolade ou retrouver si possible la même chaleur humaine que dans les films sociaux de Guédiguian peuvent tout de suite décommander leur pastis. Parce que ce dernier, en plus d’être servi tiède et sans glaçons, n’aura aucune chance de susciter l’ivresse. Quelque part, Marseille est symptomatique de ces films français à vocation populaire qui, à force de se limiter à broyer les olives les moins goûtues pour cuisiner leur tapenade scénaristique, n’ont de « populaire » que le nom. Visiblement touché par le côté chaleureux des marseillais et par la beauté des environs de la ville, Kad Merad avouait récemment son désir de lui rendre hommage en tournant un film qu’il souhaitait le plus juste possible. En gros, vider la bouillabaisse de clichés faisandés dans l’évier et révéler la vérité des gens du coin. Sauf que, là encore, Guédiguian a franchi la ligne d’arrivée longtemps avant lui. On ne peut d’ailleurs pas dire que le postulat de départ soit des plus originaux pour nous donner envie de croire à du neuf : en somme, lorsqu’il apprend de la bouche de son frère que son père a eu un grave accident, un marseillais (c’est Kad) revient soudain au bercail après vingt-cinq ans passés au Canada et se rend compte à quel point cette ambiance phocéenne lui avait manqué… Voilà. C’est tout. A peine digne d’un épisode de Joséphine Ange Gardien dans ses choix narratifs et dans son idée de tendre à rapprocher des êtres qui s’étaient éloignés, le trajet du scénario ne dérive jamais de sa feuille de route. On pourrait à la limite y voir une forme touchante de modestie, visant à profiter d’un canevas très simple pour justement creuser les scènes et les personnages. Mais non : attaché à suivre une formule condamnée à l’échec dès le départ, Kad Merad ne filme rien d’autre que des clichés.

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Attention : par « cliché », on n’entend pas forcément une « idée fausse » entretenue sur le microcosme exploré, mais plutôt une idée « épuisée » qui en arrive à devenir épuisante lorsqu’on intègre à nouveau ce microcosme. Ici, la fougasse s’avère plus que garnie : entre les blagues pas drôles de Patrick Bosso (dans le rôle du frère « avé l’acceng »), la radio qui privilégie le championnat de monde de soupe au pistou aux infos courantes, les gamins qui ne jurent que par le football (avec l’OM comme principal goût vestimentaire), les vieux qui ne jurent que par la pétanque (on ne pratique pas d’autres sports à Marseille ?), les parties de pêche dans les calanques, les HLM grisâtres avec ce que ça comporte de petites frappes en survêtement, les couchers de soleil sur le Vieux Port, les petits restaurants sur le bord de la Canebière et les gros soucis financiers de la classe moyenne, comment Kad Merad pouvait-il espérer faire passer la ville de Marseille pour autre chose qu’un catalogue de clichés éculés, verrouillée à double tour dans une image réductrice qui lui colle à la peau ? Même lorsque le scénario fait mine de se concentrer sur une idée sympa (en gros, redécouvrir soi-même Marseille en ravivant la mémoire de son vieux père amnésique), le film donne l’impression d’avancer sans trop y croire, enchaînant des saynètes convenues et des dialogues creux, et ce jusqu’à un épilogue de « fada » qui va même jusqu’à envoyer le générique de fin en plein milieu de la seule jolie scène du film !

MARSEILLE 2

A bien des égards, les films de Guédiguian (en particulier Les neiges du Kilimandjaro et Marie-Jo et ses deux amours) avaient su si bien capturer l’âme de Marseille à travers le schéma évolutif de ses personnages, pour le coup débarrassés de tout folklore illustratif parce que le film s’intéressait à autre chose que les particularismes du coin. Même le Taxi de Gérard Pirès savait utiliser cette ville comme terrain de jeu au sein duquel les clichés étaient bannis quand ils ne servaient pas aléatoirement de ressorts, tant comiques que narratifs. Moins attaché à construire un film qu’à nous envoyer une petite carte postale, Kad Merad a juste cherché à reproduire un geste conventionnel qu’il ne maîtrise pas. Si l’on voulait utiliser une métaphore, on dirait que c’est un peu comme à la pétanque : lorsqu’il essaie de pointer, il ne lance pas sa boule assez loin, et lorsqu’il veut tirer, c’est une autre de ses boules – déjà très éloignée du cochonnet – qu’il touche et qu’il éloigne donc encore plus de la cible. Ce qu’il vise n’est qu’un idéal qui, faute d’audace et de style, ne nous touche jamais au cœur et ne suscite même pas le moindre rejet. Juste une certaine forme de néant, trop collé au système comme un aimant.

marseille affiche

Titre Original: MARSEILLE

Réalisé par:  Kad Merad

Casting :  Kad Merad, Patrick Bosso, Judith El Zein,

 Venantino Venantini, Anne Charrier, Julien Boisselier …

Genre: Comédie, Drame

Sortie le: 16 mars 2016

Distribué par: Pathé Distribution

1 STARS TRES MAUVAISTRÈS MAUVAIS

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