Critiques Cinéma

LES PREMIERS LES DERNIERS (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale. Et si c’était la fin du monde ? Dans cette petite ville perdue où tout le monde échoue, retrouveront-ils ce que la nature humaine a de meilleur ? Ce sont peut-être les derniers hommes, mais ils ne sont pas très différents des premiers. 

Apocalypse… now, before or after ? On peut s’interroger rien qu’en voyant les premiers plans du film. Un homme regarde une cité urbaine écrasée par la grisaille d’un ciel on ne peut plus plombant. Un parking désert où seul le bruit d’un 4×4 met un minimum d’ambiance. Et soudain, une vision nous cloue sur le fauteuil : une vaste rampe de lancement en béton qui traverse les plaines sur plusieurs kilomètres. On dirait un aqueduc, mais ce n’est pas le cas – pour la petite histoire, il s’agit en réalité la voie d’essai de l’aérotrain d’Orléans, construite en 1968 et désaffectée depuis 1977. On aperçoit deux personnages qui marchent dessus, au loin, comme s’ils fuyaient quelque chose ou comme si leur trajectoire imposait de ne jamais regarder derrière soi. Autour d’eux, des paysages terriens sans vie, à peu près aussi sombres et déprimants que la couleur du ciel, d’où plane un irrésistible parfum de fin du monde imminente – à moins qu’elle n’ait déjà eu lieu ? C’est cette image, saisissante en termes de valeur de cadre, qui fut à l’origine de la mise en chantier du film. A première vue, en la voyant, on pourrait se croire dans une fable de science-fiction nihiliste, un peu à la manière de La route de John Hillcoat – ce ne serait pas étonnant au vu des décors délabrés que l’on s’apprête à traverser. Sauf qu’on est chez Bouli Lanners. Et en fait, là non plus, ça n’a rien d’étonnant.

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Il aura suffi de seulement trois films en tant que réalisateur (dont les magnifiques Ultranova et Eldorado) pour laisser éclater au grand jour le talent de cinéaste de Bouli Lanners, connu jusque-là comme acteur chez les copains du plat pays (citons Benoît Mariage ou Stefan Liberski). Le goût de cet artiste multi-facettes pour les marginaux et la picturalité n’était pas sans rappeler la patte du tandem Delépine/Kervern : toujours l’idée de déployer une fuite en avant de personnages décalés au travers de grands espaces terriens, vaste prison à ciel ouvert où le gag de situation aidait à casser la perspective dépressive. Au fil des rencontres se dessinait alors la mutation progressive d’une mélancolie douce en une sorte d’humanisme décalé, où les individus, engagés dans un voyage en trajectoire rectiligne, se confrontaient et s’apprivoisaient jusqu’à laisser planer l’hypothèse d’une « cellule familiale » à créer ou à reconstituer. Bien plus abouti sur la mise en scène que ses prédécesseurs, Les premiers les derniers prolonge l’idée en lorgnant là encore du côté du road-movie, mais dans un cadre protéiforme qui évoque autant le western que le cinéma post-apocalyptique. Soit un territoire où tout semble éteint (à commencer par l’humanité), où le vent est glacé, où le soleil est – presque – toujours absent, mais où les « derniers hommes » tendraient à se rapprocher des premiers à force de quêter une humanité perdue – d’où le titre du film.

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La grosse surprise de ce nouveau film vient surtout du ton général adopté par Bouli Lanners. Le cinéaste a beau ancrer son intrigue dans un ton plus pessimiste que d’habitude, on se surprendra à trouver ce nouveau film plus optimiste et chaleureux que ses précédents. Sans doute parce que la fin du monde est ici autant une vue de l’esprit qu’un simple décor (pour le coup magnifié par un Scope fabuleux de Jean-Paul de Zaeytid), mais aussi parce que les individus, aussi bourrus et sauvages soient-ils, dessinent malgré tout une folie et une chaleur humaine que l’on reçoit avec une sacrée bienveillance. Hilarant et absurde derrière sa violence, touchant et positif derrière son cadre désespéré, le film multiplie les ruptures de ton et les rencontres barrées (dont un Jésus joué par Philippe Rebbot, avec un trou dans une main et un flingue dans l’autre !), joue à loisir sur la complémentarité parfaite entre Bouli Lanners (faiblesse anxieuse) et Albert Dupontel (force tranquille), et révèle ainsi un auteur plus apaisé, persistant à se montrer optimiste en dépit d’un pessimisme qui semblait l’avoir envahi au départ. On le voit bien en délimitant le film à ses deux extrémités : entre le plan inaugural et le plan de clôture, le regard de Bouli Lanners sera passé de l’ombre à la lumière. Et c’est beau.

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Titre Original: LES PREMIERS LES DERNIERS

Réalisé par:  Bouli Lanners

Casting : Bouli Lanners, Albert Dupontel, Philippe Rebbot,

Michael Lonsdale, Suzanne Clément, Serge Riaboukine…

Genre: Drame

Sortie le: 27 janvier 2016

Distribué par: Wild Bunch Distribution

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