Edito

La Chronique de Cliffhanger : Quand les comédies françaises se rient de nous…

Jeudi 20 août 2015

J’adore le cinéma français. Je l’ai déjà crié haut et fort ici où là, défendant souvent l’indéfendable, mû par une espèce de sentiment patriotique chevillé au corps et trouvant surtout le tombereau de critiques qui s’abat sur notre cinéma hexagonal,  injuste, répétitif et frisant avec régularité la mauvaise foi. Les comédies notamment pâtissent de ces attaques régulières avant même d’être jugées sur pièces. Je n’aime pas avoir d’à priori même si je comprends parfaitement qu’il peut être difficile de ne pas céder à cette facilité. J’y succombe moi-même régulièrement pour d’autres genres de films, donc difficile de jeter la pierre à ceux qui en font de même (bien que l’envie de la leur balancer en pleine tête est parfois irrésistible).

les gorilles

En ce jeudi soir d’août, je décide de rattraper deux films manqués au cinéma et qui m’attiraient plutôt de prime abord malgré les avis quasi unanimes de ceux qui ne les avaient bien sûr pas vus mais qui avaient décidé, sur la base de pitchs ou de bandes annonces, qu’ils étaient d’innommables navets. D’abord Les Gorilles de Tristan Aurouet avec JoeyStarr et Manu Payet. Je les aime bien tous les deux dans leurs genres et je trouve que leur association improbable peut vraiment fonctionner. Dès les premières minutes malheureusement, les « gags » qui devraient au minimum m’arracher quelques sourires me laissent de marbre. Seules quelques intonations caractéristiques de Payet et deux ou trois dialogues que l’on doit sans doute à Romain Levy (Radiostars) me semblent dignes d’intérêt. Je reste totalement hermétique au déroulé de l’histoire d’une affligeante banalité, tous les enjeux scénaristiques qui auraient pu aider au développement d’une trame un peu moins téléphonée ne sont jamais exploités. Les deux acteurs principaux semblent être sur pilote automatique et récitent leurs textes sans réelle implication. Même le tempérament volcanique de l’excellente Alice Belaïdi ne parvient pas à relever l’intérêt d’un film inodore, incolore, totalement inoffensif mais dont on se demande tout du long quel intérêt (hormis financier évidemment) les uns ou les autres ont bien pu lui trouver. J’avais envie de voir Les Gorilles. J’ai vu. Et les comédies françaises n’ont pas à s’en enorgueillir, loin s’en faut, de laisser de tels projets se monter.

entre amis affiche

Deuxième film du soir, Entre amis d’Olivier Barroux. Hormis le metteur en scène dont les films sont bien souvent de piètre qualité, même pour quelqu’un comme moi de très bon public, Entre amis, est à priori fait pour moi: Une distribution de premier ordre (Daniel Auteuil, Mélanie Doutey, Gérard Jugnot, Isabelle Gelinas, François Berléand, Zabou Breitman), un film sur une bande de copains qui part dans une croisière privée qui tourne mal (et les films de potes c’est et ce sera toujours ma came), bref je me dis qu’il y a peu de chances que je reste insensible au sujet. Las, il faut moins de cinq minutes pour que je sois littéralement affligé par le spectacle proposé. Des acteurs totalement hors sujet et qui jouent complètement faux, des dialogues qui frôlent le pathétique, une mise en scène sans rythme, des scènes d’une platitude à pleurer… Même un acteur jadis génial comme Auteuil a rarement été aussi mauvais (d’ailleurs ses récents choix posent question sur le discernement dont il fait désormais preuve), les ressorts dramatiques ne fonctionnent jamais et sont pareils à des élastiques distendus. Le mal de mer que ressentent les personnages en pleine tempête gagne le spectateur, ce film file réellement des hauts le cœur. J’en reste comme deux ronds de flan, interdit devant le gâchis et tout le fric déversé dans cette supercherie que rien, absolument rien, ne sauve!

Passée cette soirée de rattrapage équivalente à trois heures de vie perdue, je repense aux avis lus ici où là avant les sorties de ces deux films. Je me dis qu’ils avaient raison sur toute la ligne mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il faut toujours se faire un avis par soi même. Et soyons bien d’accord, je n’ai pris aucun plaisir à déverser mon fiel sur ces films car ça n’a jamais été ni ne sera jamais la politique de la maison. Malgré ces deux sévères déconvenues, je me connais, et je sais pertinemment que je continuerais à attendre certaines comédies françaises avec intérêt alors que d’autres les auront déjà vilipendés avant même de les avoir vues. Mais le constat que je faisais dans ma précédente chronique (La chronique de Cliffhanger: Sautet, Blier, Brasseur et mon cinéma français) comme quoi « des comédies nullissimes ou des films d’auteurs pitoyables sont produits à tour de bras chaque année (et qu’) Il suffirait que quelques uns de ces films ne se fassent pas pour qu’un auteur de la trempe de Blier puisse nous faire profiter de son travail. » me saute aux yeux avec encore plus d’acuité après ce visionnage désespérant. Car on a beau vouloir te défendre cinéma français, si tu rives toi même les derniers clous au cercueil qu’ils sont un nombre infini à te préparer, on aura bien du mal à justifier que l’on t’accorde encore un quelconque crédit. Allez sans rancune et que le Robin des Bois avec Max Boublil soit prévenu: tiens toi prêt, j’arrive!

1 réponse »

  1. Tu peux aussi dire « que Les nouvelles aventures d’Aladin avec Kev Adams (*soupir*) soit prévenu : j’arrive ! »

    Sinon, y a un autre constat que je ferai (et je l’ai déjà fait sur ta page fb) : toutes les affiches de comédies françaises se suivent, se ressemblent, sont interchangeables. Aucune originalité, toujours le même concept, la même couleur bleue prédominante… Quand je vois ça, j’ai déjà envie de faire demi tour, c’est dommage :/

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