Critiques

True Detective (Critique Saison 2) Chi va piano va sano

3,5 STARS TRES BIEN

true_detective_ver7SYNOPSIS: Après la découverte d’un corps recouvert d’étranges scarifications, trois officiers de la police de différentes branches se retrouvent mêlés à une affaire bien plus sombre que prévu.

True Detective fut la sensation de l’année dernière en matière de série. HBO réussissait là un nouvel essai, en s’offrant des stars du cinéma au service d’un polar télévisuel de haute volée. Pour la seconde saison, la chaîne câblée était légitimement attendue au tournant et il paraissait difficile de satisfaire de façon aussi pleine le public et la critique. Matthew Mc Conaughey, Woody Harrelson, Michelle Monaghan et Alexandra Daddario cèdent cette année leur place à Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Taylor Kitsch et Kelly Reilly. Excusez du peu. Exit également le réalisateur unique de la saison 1 Cary Fukunaga (dont les relations orageuses avec le scénariste et showrunner Nic Pizzolatto n’ont pu s’atténuer) et place à des metteurs en scène différents qui se partagent le travail, dont Justin Lin.

Les scénaristes (Pizzolatto a reçu le soutien de Scott Lasser sur deux épisodes) prennent le parti de casser les codes établis au cours de la première saison de manière assez flagrante. Il n’y aura pas de voix-off ni de narration en flash-back sous forme d’interrogatoire cette saison. Cette volonté de faire peau neuve est la bienvenue, d’autant que le ton donné est toujours assez sombre et percutant, notamment sur les premiers épisodes. Au début de l’intrigue, les personnages principaux ne semblent pas constituer un duo de flics, mais plutôt un jeu de miroirs entre le détective Tony Velcoro (Farrell) et Frank Semyon (Vaughn), patron de casinos au passé trouble. Comme une opposition entre un bad guy en quête de rédemption et un héros trop sombre pour être vraiment aimé…

TD 1

Une équipe policière sera pourtant constituée un peu plus tard entre Velcoro, Ani Bezzerides (McAdams) et Woodrugh (Kitsch) mais son fonctionnement aura plus de points communs avec celui des unités vues dans la série The Wire que dans les cop-shows classiques mettant en vedette un duo, comme c’était finalement le cas de manière revisitée dans la première saison. Si l’originalité est donc bien présente dans la trame narrative de cette nouvelle saison et qu’on peut apprécier le souci de proposer quelque chose de différent, il faut malheureusement noter que le scénario présente quelques gros défauts. A la tête de ceux-ci, une multiplication de personnages et une complication parfois incroyable de leurs rapports, de leurs trahisons et autres coups bas. L’intrigue avait pour ambition de nous dévoiler la corruption de la ville et le dessous des affaires, pour nous démontrer que rien n’est jamais acquis et qu’il est parfois impossible de faire table rase de son passé, surtout quand il est trouble.

Si le message passe bien lors de certains épisodes plus enlevés que d’autres, force est de constater que le propos est souvent compliqué de façon gratuite. Le résultat est que la série prend le risque de se retrouver affublée d’une réputation un peu prétentieuse, alors qu’il aurait été aisé de rendre le tout plus fluide et plus digeste. Rien de pire en effet pour le spectateur que d’être perdu au beau milieu d’un dialogue ou de finir un épisode sur le sentiment que des pans entiers de l’intrigue lui ont échappé, ce qui sera souvent le cas pour ce qui concerne le personnage de Frank (Vince Vaughn). A côté de ces complications inutiles, les scénaristes s’offrent le luxe de quelques facilités improbables et qui auraient elles aussi, pu être corrigées.

C’est ainsi que l’une des scènes de fusillade les plus impressionnantes jamais vue à la télévision sera mise en place par un fait totalement incohérent. On découvre en effet une escouade entière de policiers remonter une rue à découvert, armes à la main, gilets pare-balle sur le torse pour aller prendre d’assaut un bâtiment. On a du mal à croire à cette situation, qui débouche sur une fusillade bien trop prévisible. On passera sur le twist très maladroit entre l’épisode 2 et l’épisode 3, autour de la mort d’un personnage.

On ne pardonnera pas non plus le choix malheureux de Velcoro lors de l’épisode final, qui ressemble à s’en méprendre à l’erreur commise par Robert de Niro dans Heat. Là encore, l’écriture est décevante, tant les conséquences de ce revirement sont prévisibles et viennent nuire à la force d’un épisode final par ailleurs très réussi. Le rythme de cette seconde saison est quant à lui assez inégal, l’intrigue ne progressant que très peu à l’occasion de certains épisodes, pour s’emballer à d’autres moments.

La répartition des scènes d’action elle, est plus judicieuse, puisque les morceaux de bravoure seront disséminés tout au long des huit épisodes, de manière à dynamiter l’ensemble. On retiendra de cette seconde saison une intensité importante, même si elle est au final intermittente.

TD 2

Si cette seconde saison est donc handicapée par des défauts assez grossiers et surprenants pour un show de ce niveau, il n’en reste pas moins qu’on a là affaire au haut du panier de la production télévisuelle. Il faut souligner la qualité de la réalisation, toujours impeccable, très proche de celle qu’on peut retrouver au cinéma sur de très bons polars. La photo est extrêmement bien travaillée, offrant un rendu parfois majestueux. Techniquement, True Detective reste à un niveau très élevé et même probablement bien au-dessus de la majorité des productions TV.

A ces gros points forts, on ne peut qu’ajouter la prestation des acteurs principaux de cette nouvelle saison, qui réussissent le pari un peu fou de faire oublier leurs prédécesseurs. Vince Vaughn livre une partition frôlant la perfection, campant un personnage sombre, hautain et en apparence de marbre, qui se fissurera progressivement. Colin Farrell prouve une nouvelle fois qu’il sait incarner des personnages sombres et torturés, même si le comédien ne peut parfois pas s’empêcher de jouer de manière quelque peu excessive de son regard de chien battu. Kelly Reilly ne peut pas exprimer pleinement son talent, la faute à un personnage réduit à un rôle trop passif. Enfin Rachel McAdams réussit la plus belle interprétation, donnant vie à une femme flic impressionnante. Tour à tour sexy, badass, renfrognée et énervante, c’est bien elle qui sort du lot et qui a enfin la possibilité de s’éloigner de la plupart des rôles plutôt légers qu’Hollywood lui offrait jusque là.

Nous vous conseillons donc cette deuxième saison de True Detective, avec tout de même des réserves sur le traitement scénaristique et sur un rythme inégal pouvant amener un ennui temporaire.

Crédits: HBO/OCS

 

 

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