Critiques Cinéma

SORCERER (Critique)

5 STARS CHEF D'OEUVRE

Affiche SORCERER

SYNOPSIS: Quatre étrangers de nationalités différentes, chacun recherché dans son pays, s’associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine… 
Un voyage au coeur des ténèbres…

Si le nom de William Friedkin est inscrit en lettres d’or dans la mémoire collective des cinéphiles, c’est parce qu’il a signé quelques chefs-d’œuvre que ni le temps, ni les visions multiples n’ont jamais altérés: French Connection, L’exorciste, Police Fédérale Los AngelesFriedkin peut se targuer d’être un metteur en scène radical, qui n’a jamais cédé à la facilité quand bien même certains de ses autres projets furent moins aboutis. En 2012, son retour au premier plan avec l’incroyable Killer Joe l’avait replacé sur l’échiquier des réalisateurs les plus en vue, mais c’est aujourd’hui que son aura reprend toute son ampleur, avec la ressortie de son film maudit désormais considéré comme son tout meilleur: Sorcerer. Plus qu’un remake du Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot, Friedkin s’est surtout ingénié à réadapté le roman de Georges Arnaud et sa relecture du livre offre un film non seulement différent de celui du français, mais aussi d’une intensité et d’une rage d’un autre niveau et d’une ampleur saisissante. Car si le postulat de départ des deux films est le même, le traitement à la fois visuel mais également philosophique varie totalement. Si Sorcerer fut un échec retentissant à sa sortie en 1977, nul doute que c’est à cause de sa radicalité et de son aspect abrasif et subversif qui ne brossent jamais le public dans le sens du poil. En le redécouvrant aujourd’hui, à l’aune de ce que l’on connait des conditions de tournage et de la légende qui en découla, force est de constater que la puissance intrinsèque du film reste palpable et que, en renonçant à toutes concessions, Friedkin en a certes payé le prix fort mais a pu conduire son projet là où il souhaitait, artistiquement parlant. Tout commence par une séquence réglée comme du papier à musique et orchestrée magistralement pour nous immerger dans ce qui nous attend. Une introduction divisée en quatre parties destinée à nous présenter les protagonistes principaux et les évènements qui vont les conduire au cœur du récit. Quatre séquences faisant preuve d’un sens du rythme impressionnant et d’une science diabolique pour dépeindre ses personnages mieux que ne le feraient des dizaines de lignes de dialogues inutiles. La mise en scène de Friedkin est à l’avenant de cette présentation millimétrée, suivant au plus près ces quatre hommes et leurs agissements et induisant leurs motivations futures. Brillante et d’une précision imparable, la mise en scène de Friedkin doublée d’une subtilité pour la narration nous met sous pression durant une bonne partie du film avant que l’on ne soit totalement emporté et submergé par le tsunami visuel que sera la mission en elle-même.

sorcerer 1

Autre élément primordial c’est la faculté du réalisateur à faire en sorte que le spectateur éprouve de l’empathie pour ses quatre personnages principaux montrés dès le départ comme des salauds. En les plongeant dans ce bled d’Amérique du Sud où ils se sont réfugiés dans l’espoir d’échapper aux conséquences de leurs actes et en les forçant à faire équipe au cours d’une mission suicidaire, Friedkin trouve les éléments à même de placer le spectateur au centre même d’un thriller d’envergure, la menace pouvant émaner à la fois de la route, de la dangerosité du chargement mais aussi de chacun des quatre hommes. La grande réussite de l’ensemble est que l’imprévisibilité peut surgir à n’importe quel instant et Friedkin maîtrise les codes du suspense et les plie à sa volonté de les faire entrer dans son récit. Si la narration est exemplaire, Friedkin va parvenir à des moments de mise en scène virtuose qui, les années passant, n’ont rien perdus de leur intensité bien au contraire. De la réparation simultanée des deux camions à la traversée homérique du pont sous une pluie battante, en passant par l’explosion d’un arbre qui empêche le passage des véhicules, Friedkin empile autant des séquences à la puissance visuelle hallucinante et impose un monument de cinéma. La véracité de ces scènes, l’atmosphère étouffante, boueuse, les conditions climatiques dantesques, tout cela participe à conférer à Sorcerer une vérité et une réalité qui imprègnent tout le film. Roy Scheider, Bruno Cremer, Francisco Rabal et Amidou tous remarquables ne tirent jamais la couverture à eux, laissant le récit, la tension et la virtuosité technique prendre le pas sur des performances d’acteurs pourtant intenses et mémorables. Sorcerer est un film incroyable qui rend justice au génie de William Friedkin et à sa faculté à transcender un récit. Une expérience magistrale et fulgurante qui laisse une empreinte indélébile. Explosif, comme un pur concentré de nitroglycérine.

Affiche SORCERER

Titre Original: SORCERER

Réalisé par: William Friedkin

Casting: Roy Scheider, Bruno Cremer, Amidou,

Francisco Rabal, Peter Capell, Ramon Bieri…

Genre: Action, Aventure, Thriller, Drame

Sortie le: 15 novembre 1978 – Reprise le 15 juillet 2015

Distribué par: La Rabbia

5 STARS CHEF D'OEUVRECHEF-D’ŒUVRE

Publicités

2 réponses »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s