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SYNOPSIS : Trinita, cow-boy crasseux mais fine gâchette, se dirige vers la ville dont son frère Bambino, voleur de chevaux, est devenu shérif. Au même moment un homme d’affaires malhonnête et sa bande s’emparent de terres appartenant à une communauté de mormons…
Dans l’histoire du western italien, le genre comique a véritablement explosé à la fin des années 1960, notamment grâce aux visions originales et crépusculaires d’Enzo Barboni, qui signe en 1970, On l’appelle Trinita sous le pseudonyme d’E.B. Clucher. Véritable bombe comique, le film ne se contente pas d’imiter les modèles de Sergio Leone ou de Sergio Corbucci, il les permute radicalement en injectant une dose massive d’humour, de paresse et de parodie joyeuse. Terence Hill et Bud Spencer, déjà complices dans Dieu pardonne… moi pas ! (1967), y trouvent leur formule chimique parfaite : le duo paresseux, bagarreur et irrésistiblement sympathique.
Derrière cette façade de western traditionnel se cache une comédie pure, souvent qualifiée de « fagioli western » (western aux haricots en Italie), par opposition aux « westerns spaghetti » plus sérieux. Enzo Barboni démonte les codes du genre avec une malice contagieuse, les héros ne sont plus des justiciers solitaires et réservés, mais deux frères fainéants qui préfèrent les haricots à la philosophie et les coups de poing aux duels philosophiques. Les Mormons pacifistes apprennent à se battre comme des voyous. Le méchant n’est pas un tueur psychopathe mais un major véreux obsédé par ses chevaux. Et c’est précisément sa légèreté assumée qui en fait une œuvre culte du divertissement populaire.
Le film s’ouvre sur un plan iconique, on découvre Trinita (Terence Hill) allongé sur une civière tirée par son cheval, il porte un poncho crasseux, un sourire en coin permanent et une dextérité au tir qui défie les lois de la physique. C’est véritablement sa marque de fabrique, un anti-héros qui gagne sans effort. Il rejoint ensuite une petite ville où son frère aîné Bambino (Bud Spencer), un colosse bougon, se fait passer pour le shérif. Il rêve de braquages et de vie facile, mais va vite déchanter quand il voit débarquer son petit frère qu’il considère comme un parasite absolu. Derrière la farce, le film pose des questions légères mais pertinentes. La violence est-elle justifiable ? Les mormons passent de pacifistes absolus à bagarreurs enthousiastes, c’est une critique douce du fanatisme religieux et de l’hypocrisie.
Enzo Barboni, qui avait été directeur de la photographie sur plusieurs westerns de Sergio Leone, sait exactement ce qu’il parodie. Les plans larges sur les paysages italiens reproduisent les grands espaces avec une ironie assumée, les montagnes italiennes deviennent le Far West, des carrières se transforment en villes poussiéreuses. La photographie est lumineuse, colorée, loin des tons sépia et sombres. Les bagarres sont chorégraphiées comme des numéros de music-hall. Les ralentis, habituellement réservés aux duels sanglants, servent ici aux coups de poing les plus grotesques. Le son est exagéré, chaque impact résonne comme dans un cartoon. La musique de Franco Micalizzi est le clou du spectacle. Avec sa guitare et son chant joyeux, il contraste avec les partitions tendues d’Ennio Morricone. Le fait que Quentin Tarantino l’ait repris dans Django Unchained (2012) prouve sa puissance intemporelle. Le film est léger et plus accessible mais il n’a pas la profondeur philosophique ni la violence stylisée d’autres Western, en revanche il possède le rire. On l’appelle Trinita n’est pas un film parfait, il traîne un peu au milieu, certains gags sont répétitifs, et le scénario est mince. Mais c’est exactement ce qui fait son charme. Un film culte intemporel, une œuvre brillante, ironique et légère qui joue avec les stéréotypes du western spaghetti.
Avec ce film, Bud Spencer et Terence Hill ont ouvert la voie au western comique, mais surtout, ils ont posé les fondements d’une approche inédite de la comédie, bien loin des standards et sans équivalent à l’échelle internationale. Le genre s’est adapté à la morphologie de deux acteurs complémentaires, l’agile et rusé face au corpulent et bon enfant. Leur cinéma flirtait avec l’absurde, sans jamais perdre de vue l’histoire, s’appuyant sur un récit certes prévisible, mais puissant, pour créer une série interminable de bagarres et de disputes qui deviendront une marque de fabrique inimitable. À l’instar de Laurel et Hardy, ils sont indissociables, leur identité cinématographique ne se limite pas à la somme de deux carrières individuelles, car leur succès est né et a été conçu comme un duo. Chaque geste, chaque coup porté trouve l’équilibre et le rythme dans la rencontre constante de ces deux opposés. Ce duo tournera ensemble une quinzaine de films avec une alchimie pure. On l’appelle Trinita reste l’un des plus purs et inventifs.
Suppléments :
Aux origines de Trinita (25’20) par Philippe Lombard, journaliste auteur de Les aventures de Bud Spencer et Terence Hill ;
Les Raisons d’un succès (27’05’’) par Stéphane Lacombe, responsable éditorial aux éditions Frenezy ;
Galerie photos animée. Inclut également 3 photos du film.

Titre original: LO CHIAMAVANO TRINITA
Réalisé par: Enzo Barboni
Casting: Terence Hill, Bud Spencer, Steffen Zacharias…
Genre: Comédie, Western
Sortie le: 21 juillet 1971
Sortie en Combo Blu-ray + DVD le 12 mars 2026 chez Rimini Editions
EXCELLENT
Catégories :Critique Blu-Ray, Sorties Vidéo








































































































































