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SYNOPSIS : C’est l’histoire d’un chef d’entreprise qui rencontre une actrice qui est amie avec une serveuse qui rencontre un garde du corps qui travaille avec un chauffeur qui conduit une décoratrice qui est la femme du chef d’entreprise qui voudrait être ami avec des artistes qui… C’est l’histoire des goûts des uns et des couleurs des autres. C’est l’histoire de personnages et de milieux qui n’auraient pas dû se rencontrer car on ne bouscule pas les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires. »
Chef-d’œuvre absolu du cinéma français contemporain, Le goût des autres s’impose, plus de vingt-six ans après sa sortie, comme une évidence, une œuvre d’une justesse et d’une intelligence rares. Premier film réalisé par Agnès Jaoui, co-écrit avec son partenaire d’écriture Jean-Pierre Bacri, ce coup d’essai relève tout simplement du coup de maître. À l’occasion de sa ressortie en version restaurée 4K au cinéma le 1er avril, le film retrouve toute sa modernité et rappelle à quel point il est non seulement intemporel, mais aussi profondément nécessaire. Ce qui frappe d’emblée, c’est la finesse inouïe de l’écriture du duo Jaoui-Bacri — les “Jabac” — dont la subtilité réjouissante irrigue chaque scène. Avec un sens aigu de l’observation sociale, ils déploient un humour exceptionnel, jamais appuyé, toujours au service des personnages. Derrière chaque réplique, chaque silence, se dessine une humanité bouleversante, faite de contradictions, de maladresses et de désirs d’élévation. Le film dissèque avec une précision chirurgicale les rapports de classe, les barrières culturelles et les préjugés, sans jamais juger ses protagonistes.

Au cœur de ce dispositif, Jean-Pierre Bacri livre l’une des interprétations majeures de sa carrière. Son personnage de chef d’entreprise, beauf au premier abord, se révèle peu à peu d’une complexité touchante, dont le cœur s’ouvre à l’art et à l’amour avec une sincérité désarmante. Bacri excelle dans cet entre-deux, entre rudesse et fragilité, faisant exister un personnage inoubliable. Face à lui, Gérard Lanvin et Alain Chabat livrent deux performances de très haut vol, absolument prodigieuses, tout en subtilité et en délicatesse. Lanvin, à contre-emploi, surprend par la retenue de son jeu, tandis que Chabat, dans un registre plus discret qu’à l’accoutumée, impressionne par la précision de son interprétation.

Et que dire des seconds rôles, tous impeccables ? Wladimir Yordanoff, Agnès Jaoui et Anne Alvaro composent une galerie de personnages d’une vérité confondante, chacun apportant sa nuance à cette partition chorale parfaitement orchestrée. Récompensé en 2001 par les César du meilleur film, du meilleur scénario, du meilleur acteur dans un second rôle et de la meilleure actrice dans un second rôle, Le goût des autres n’a rien perdu de sa puissance. Mieux encore : il résonne aujourd’hui avec une acuité nouvelle, tant ses thématiques — le regard sur l’autre, la légitimité culturelle, le décloisonnement des milieux — demeurent d’une actualité brûlante.

Drôle, tendre, cruel parfois mais toujours profondément humain, Le goût des autres est de ces films rares qui éclairent autant qu’ils bouleversent. Une œuvre magistrale, à redécouvrir absolument dans les conditions optimales de sa restauration 4K, tant elle mérite d’être célébrée comme l’un des sommets du cinéma français.

Titre Original: LE GOÛT DES AUTRES
Réalisé par: Agnès Jaoui
Casting : Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin, Alain Chabat …
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2000








































































































































