![]()

SYNOPSIS : Dans un Amsterdam contemporain sous occupation nazie, Etty Hillesum, étudiante juive de 27 ans, animée par un profond désir de vivre, voit l’étau se resserrer peu à peu autour d’elle. Sa rencontre avec le thérapeute et bientôt amant Julius Spier, qui l’encourage à tenir un journal, va bouleverser sa vie. Leur relation passionnée déclenche chez elle une métamorphose spirituelle, qui s’intensifie à mesure que se durcissent les persécutions antijuives, la menant à accomplir un acte de solidarité extraordinaire.
Hagai Levi avait déjà déployé une véritable singularité dans sa façon de déplier en mode sériel la question de l’intime aussi bien dans The Affair (2014/2019) que pour le remake de Scènes de la vie conjugale (2021). Et bien sûr BeTipul (2005/2008), devenu In treatment (2008/2010) que l’on connaît très bien ici sous le nom de En thérapie (2021/2022).
Etty, série dévoilée hors compétition à la 82ème Mostra de Venise, que l’on doit donc à Hagai Levi, qu’il a adaptée du journal intime d’Etty Hillesum, Une vie bouleversée, publié trente-cinq ans après sa mort en déportation, à l’âge de 29 ans à Auschwitz en 1943. Ses textes n’auraient pu être jamais publiés et pour toujours oubliés. Heureusement en 1975, un jeune homme, fils de résistant, ami d’Etty trouve un éditeur pour les retranscrire. Depuis, le livre est traduit dans le monde entier et fait en permanence l’objet de rééditions. Etty, c’est presque une série d’art et essai, en tout cas d’auteur, c’est une certitude. C’est hautement déstabilisant car filmé dans le Pays-Bas d’aujourd’hui, avec pourtant les dégueulasseries de l’occupation. Pour le créateur de la série, c’est comme une façon de rester loyal à l’écriture d’Etty Hillesum, qu’il trouvait ultra moderne.
Déstabilisant donc, mais précisément très puissant dans la démonstration que ce qui prime n’est pas tant à quel moment le pire arrive, mais bien l’expression du pire. Comme une persistance. D’autant avec le terrible écho des tourmentes de notre temps et son cortège incessant d’abominations partout, loin, comme à nos portes. Ce mélange des temporalités de Etty, plus que jamais semble aujourd’hui s’ancrer dans notre réalité. Comme un coup de maître de mise en scène.

« Je me sens au cœur d’un feu ardent qui me façonne. » La pensée d’Etty dans la voix qui accompagne la série est ce livre ouvert de grande littérature, d’une autrice qui nous partage avec sa puissante sensibilité artistique ses émotions, forces intellectuelles, psychiques et physiques. Son intériorité est fascinante, tant comme elle le dit, pour elle tout se fait de l’intérieur vers l’extérieur. Sans être hermétique à l’horreur nazie en train de s’installer. Elle filtre les informations menaçantes, mue par sa foi en l’autre. Pas de l’indifférence, jamais mais comme une utopie vivante de l’espoir. Quand le monde s’écroule, rien ne freine sa plénitude et ne vient entamer la destruction de ses vastes champs de blés intérieurs.
Un livre en elle qui magnifie la prose et respire la poésie. Son cœur meurt plusieurs fois par jour et à chaque fois, se relève. Une définition même de l’authentique résilience, bien avant que le terme soit quasi galvaudé. A mesure des épisodes, on est bouleversés de plus en plus par son histoire avec Julius Spier, si grande, si belle et tellement universelle. Eux comme nous connaissent l’issue fatale de cette relation alors le lien va être d’une intensité folle avec des moments qui réinventent l’amour. Un amour fou qu’elle a pour lui, un amour si dense, si infini, dont Etty dit qu’elle pourrait avec, étreindre la terre entière. Ce sens sidérant de la solidarité, va l’amener à faire des choix incroyables de courage que nous tairons ici pour que chacun-e- se connecte à cette vibration unique d’empathie et de compassion radicale. Comme si elle partait à Auschwitz en chantant, un véritable thriller psychologique, qui nous bouleverse et qui nous est fatalement inoubliable. Une série forcément par moment empreinte d’une forme d’âpreté, mais avec un minimum d’attention, dans cette écriture si littéraire, chaque scène, peut rapidement devenir un moment de grâce. Au casting, Julia Windischbauer dans le rôle d’Etty engage corps et âme à l’écran et le résultat est impressionnant. Au-delà de la troublante ressemblance physique, elle redonne vie à Etty, dans une expression d’émotions et le développement d’une philosophie qu’elle incarne avec ses tripes. Elle n’est clairement pas étrangère à la totale réussite de la série. Toujours presque un événement de revoir Sebastien Koch, ne serait ce que pour son inoubliable interprétation dans le chef-d’œuvre La vie des autres (2007). Il est lui aussi très intense et offre une impeccable réplique à son incroyable partenaire. La voix d’Etty devrait raisonner partout dans le monde aujourd’hui. Tant l’universalité aimante de son message est aujourd’hui indispensable. Etty au final est une série autant intelligente que bouleversante, ce qui la rend incontournable !
Crédits : Arte








































































































































