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SCARPETTA (Critique Saison 1) Une adaptation ambitieuse, parfois déroutante, mais indéniablement habitée…

SYNOPSIS : Avec ses mains habiles et son regard perçant, le médecin légiste Kay Scarpetta se fait la porte-parole des victimes au fil d’enquêtes médico-légales multiples, cherchant notamment à démasquer un tueur en série et à prouver que l’affaire qui a marqué sa carrière il y a 28 ans ne causera pas sa perte.

Adaptée de l’œuvre culte de Patricia Cornwell, Scarpetta était attendue au tournant. Les lecteurs assidus de la romancière — dont un clin d’œil amusé est offert dès le premier épisode avec une apparition de l’autrice — espéraient enfin une transposition à la hauteur de la richesse du matériau original, après des années de projets avortés. Le pari était risqué, et la showrunneuse Liz Sarnoff fait un choix audacieux : mêler l’intrigue du tout premier roman, Postmortem (1990), à celle d’un opus beaucoup plus récent, Autopsie (2021). Deux temporalités se répondent alors, dessinant en creux l’évolution des personnages sur plusieurs décennies. Si ce foisonnement narratif peut désorienter dans un premier temps, il s’avère progressivement fluide et même captivant.

Au cœur du dispositif, Nicole Kidman, également co-productrice via sa société Blossom Films, incarne une Kay Scarpetta fidèle à l’image que s’en font les fans : rigoureuse, marquée par les années, légèrement désenchantée. Mais la véritable révélation vient de Rosy McEwen, qui interprète Scarpetta dans les années 90. Avec une énergie brute, un charisme magnétique et une ambition palpable, elle offre un contrepoint saisissant à la version plus fragile et lasse de Kidman. Ce jeu de miroir entre deux incarnations du même personnage constitue l’un des ressorts les plus fascinants de la série.

Autour d’elles gravite un casting secondaire particulièrement solide. Simon Baker (Mentalist) dans le rôle de Benton Wesley, et Bobby Cannavale, qui incarne Pete Marino — rôle également interprété plus jeune par son propre fils Jake Cannavale — apportent une présence rassurante et nuancée, tandis que Jamie Lee Curtis, en Dorothy — la sœur de Kay — livre une performance volontairement excessive, presque hystérique, qui ne laissera personne indifférent. Certains y verront une excentricité jubilatoire, d’autres une rupture de ton déstabilisante, mais force est de constater que le personnage marque durablement les esprits. À leurs côtés, Ariana DeBose campe une Lucy brillante et habitée, fidèle à la nièce surdouée imaginée par Cornwell.

Sur le plan de l’adaptation, la série se montre respectueuse, notamment dans sa transposition de Postmortem, dont elle reprend les grandes lignes avec efficacité. Le choix de faire coexister deux époques, bien qu’exigeant, finit par s’imposer comme une évidence narrative. Cette approche via deux livres différents évoque d’ailleurs celle de la série Bosch, qui avait su, elle aussi, entremêler plusieurs romans avec succès sur Prime Video.

Composée de 8 épisodes pour cette première saison — déjà suivie par une saison 2 annoncée — Scarpetta ne cherche pas à révolutionner le genre du procedural criminel, mais elle en maîtrise parfaitement les codes. Là où elle s’impose, c’est dans son exploration méthodique de la noirceur de l’âme humaine, dans sa quête des monstres — qu’ils soient criminels ou intimes — et dans la précision quasi clinique de son approche médico-légale.

Certes, la série divise. Entre ceux qui retrouvent “leur” Kay Scarpetta et ceux que la construction temporelle ou l’exubérance de certains personnages déstabilisent, le débat est ouvert. Mais c’est précisément dans cette prise de risque que Scarpetta trouve sa singularité. Une adaptation ambitieuse, parfois déroutante, mais indéniablement habitée, qui confirme qu’il est encore possible de revisiter un genre balisé avec intelligence et personnalité.

Crédits : Prime Video

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