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SYNOPSIS : Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d’y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d’un système impitoyable.
Lorgnant vers les figures du thriller, La Guerre des Prix affiche dès son ouverture une certaine pesanteur pour se raconter à travers ses personnages. On rencontre d’abord Audrey, responsable du rayon yaourt d’un supermarché de province, et dont on comprend vite l’habileté à négocier avec les grandes boîtes qui essaient de l’écraser. Cette verve va l’amener à « La Centrale » où elle va se retrouver sous l’aile du bourru Bruno Fournier qui va lui montrer les ficelles impitoyables de la négociation commerciale. Mais Audrey a des ambitions idéalistes : se battre pour les petits producteurs et pour placer plus de bio local sur les étagères de tous les hypermarchés de France…

Premier long-métrage d’Anthony Dechaux, La Guerre des Prix s’avère être une efficace proposition de genre, racontant de l’intérieur la violence des négociations au sein de l’industrie agroalimentaire. Notre protagoniste, déterminée et idéaliste à son arrivée à Paris, va vite être heurtée par la réalité des faits. Dans les grands bureaux de la Centrale d’achats, les négociations avec les fournisseurs et les enseignes sont filmées comme des interrogatoires de police. Le directeur de la photographie Pierre Dejon taille des ombres sèches pour filmer les rapports de force entre nos personnages, le duo Audrey/Fournier raconté comme un couple « good cop/bad cop ». En saisissant les codes du thriller social, sous les regards et les performances impeccables d’Ana Girardot et Olivier Gourmet, Dechaux nourrit une mise en scène solide pour un script très efficace rempli de contradictions pour mettre la lumière sur son sujet.

La Guerre des Prix est découpé en fonction de plusieurs ruptures, regardant entre les fermes normandes et les bureaux parisiens, entre la franchise déconnectée de Fournier et l’envie de bien faire d’Audrey, entre les petits producteurs indépendants (représentés par Julien Frison qui y interprète le frère d’Audrey, héritier de la ferme des parents dont il s’occupe seul) et les grosses machines qui cherchent à leur marcher dessus à base de petites magouilles financières, on veut ainsi croire aux ambitions d’Audrey. Son rêve : faire valoir la parole des agriculteurs, proposer des articles de meilleure qualité aux consommateurs tout en faisant baisser les prix. Mais comme nous le rappelle sèchement Olivier Gourmet dans le dernier tiers du film « au final, c’est toujours une question d’argent ». C’est cette désillusion, cette réalité violente qui est racontée par Dechaux et ses co-scénaristes Maël Piriou, Benjamin Charbit et Mathilde Belin. Le cinéaste signe un premier film incarné et ancré dans le réel, qui aurait peut-être gagné à être plus rugueux, à monter davantage les crans du suspense et les potards du thriller noir, mais qui en l’état assure une plongée méticuleuse et déroutante dans les coulisses de la grande distribution.

Sous la tutelle d’un brillant duo Ana Girardot/Olivier Gourmet dont l’alchimie est très réussie – elle en nouvelle recrue ambitieuse, et lui en professionnel franc et impitoyable – La Guerre des Prix reste dans les eaux de la proposition formelle dont on connaît déjà les contours, tout en fournissant un récit appliqué qui s’engage dans un propos social bien dosé en dénonçant les centrales d’achats qui voient les humains comme des chiffres et comme des tarifs à négocier pour tirer la plus grande marge possible au dépens de la qualité et des conditions de vie de la main-d’œuvre qui se tue littéralement au travail dans les champs.

Titre original : LA GUERRE DES PRIX
Réalisé par: Anthony Dechaux
Casting: Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison …
Genre: Thriller
Sortie le: 18 mars 2026
Distribué par : Diaphana Distribution
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































