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SYNOPSIS : Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l’épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts. Elle va croiser la route d’un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l’aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu’un monde sans rancœur ni colère est possible. Face au meurtrier de son père, Scarlet devra alors mener son plus grand combat : briser le cycle de la haine et donner un sens à sa vie en dépassant son désir de vengeance.
Présenté lors du 14ème Paris International Fantastic Film Festival, Scarlet et l’éternité est le tout nouveau film de Mamoru Hosoda. Dès les premières images, le réalisateur de Belle (2021) nous transporte dans un univers fantastique où passé et futur s’entremêlent. Une jeune femme erre dans un désert aride jonché d’armures abandonnées et traversé par de lentes coulées de lave. Les nuages ondulent dans le ciel comme les vagues de l’océan. Un dragon gigantesque fend les airs, laissant derrière lui des éclairs crépitants. La scène est à la fois déroutante et éblouissante, notamment grâce à l’alternance entre le désert et un espace lumineux où la jeune femme ne porte plus la cape d’une survivante mais la robe blanche éclatante d’une princesse. C’est en revêtant cette robe qu’elle retrouve la mémoire et comprend pourquoi elle se trouve dans le désert.

À l’instar de Frankenstein (Guillermo del Toro), sorti l’an dernier sur Netflix, Scarlet et l’éternité est une réinterprétation d’une tragédie de William Shakespeare. Librement inspiré d’Hamlet, l’histoire débute au XVIe siècle avec le roi Amulet (Masachika Ichimura) qui se retrouve trahi et exécuté par son frère Claude (Koji Yakusho) devant une foule horrifiée, et sous le regard satisfait de la reine Gertrude (Yuki Saito). Ses dernières paroles à sa fille Scarlet (Mana Ashida) restent inaudibles, un mystère qui prendra toute son importance bien plus tard. Scarlet est alors en quête de vengeance, mais avant qu’elle ne puisse l’assouvir, elle sera empoisonnée et envoyée dans une sorte de purgatoire où les règles de notre univers sont bouleversées : l’Autre Monde. Elle s’engage, déterminée, dans un voyage sans fin au sein de cet immense paysage infernal où elle cherchera un moyen de raviver l’espoir perdu. Mamoru Hosoda semble avoir eu de grandes ambitions puisqu’il a lui-même déclaré: « On constate qu’il y a beaucoup de conflits dans le monde actuel et qu’il est impossible de ne pas avoir envie de se venger. Malgré cela, je pensais qu’il devait y avoir un moyen de briser ce cercle vicieux. L’histoire se déroule il y a 400 ans, mais nous avons essayé d’inscrire cette émotion dans un contexte moderne. » Et effectivement le film est ambitieux et pose explicitement des questions sur la condition humaine, le sens de la vie, de la mort, de l’amour et la possibilité d’un monde sans violence. Aborder chacune de ces questions dans un seul film est très difficile, et le film se perd un peu en tentant de toutes les traiter simultanément.

Mamoru Hosoda n’est peut-être pas le réalisateur d’animation japonais le plus reconnu, mais il est assurément l’un des plus créatifs. Il excelle dans la description visuelle en utilisant fréquemment des concepts de science-fiction pour créer des récits sur le passage à l’âge adulte, la solitude et les liens humains. Ses œuvres comme Belle (2021), Le garçon et la bête (2015) ou encore La traversée du temps (2006) sont véritablement époustouflantes et empreints d’émotion et d’humanité, même à travers des histoires merveilleuses. Du point de vue de l’animation pour Scarlet et l’éternité, il utilise une grande variété de styles, un côté rétro et simple pour les scènes se déroulant dans le monde médiéval, la 3D pour les scènes contemporaines et une jungle en images de synthèse d’un photoréalisme saisissant. Le point fort réside ici dans la construction de l’Autre Monde, Mamoru Hosoda maîtrise un mélange fascinant d’animation 3D et 2D pour la majeure partie de l’autre monde. Il avait d’ailleurs indiqué en interview qu’ils avaient consacré beaucoup de temps à la recherche et au développement pour peaufiner le style d’animation du film. Scarlet et l’éternité est un véritable film de vengeance, comme l’a évoqué le réalisateur lors d’une interview après la projection au Festival international du film de Toronto 2025 : « Je voulais explorer le thème de la vengeance et son cercle vicieux. Bien sûr, lorsqu’on parle de vengeance, on ne peut ignorer Hamlet, l’un des plus anciens récits de vengeance. Je souhaitais donc en proposer une interprétation moderne. C’est ainsi qu’est née l’idée de départ « . Cependant, la véritable attraction de l’Autre Monde c’est son dragon, une bête colossale dont la peau est criblée d’armes, vestiges de ceux qui ont tenté de l’abattre. Il surgit avec un rugissement terrifiant lors des scènes de carnage, accompagné d’éclairs et de tonnerre assourdissants. L’apparence du dragon, alliée à la musique vibrante du compositeur Taisei Iwasaki, offre une expérience cinématographique inoubliable.

Scarlet et l’éternité aspire à la grandeur et à la profondeur, mais finit par paraître un peu alambiqué, c’est une œuvre qui manque de rebondissements narratifs. Néanmoins elle bénéficie d’un espace hors du temps, où se mêlent époques, cultures et destins. Tantôt le paysage est entièrement animé, tantôt il utilise de véritables textures photographiques qui contrastent avec les personnages dessinés. Ce mélange est à la fois étrange et magnifique, et riche de sens : animé et immobile, vie et mort, animation et réalité, présent et passé, tout s’entremêle.

Titre original : HATESHINAKI SUKARETTO
Réalisé par: Mamoru Hosoda
Casting: Mana Ashida, Masaki Okada, Masachika Ichimura …
Genre: Animation, Drame
Sortie le: 11 mars 2026
Distribué par : Sony Pictures Releasing France
TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































