Critiques Cinéma

LA TRAQUE DE MERAL (Critique)

SYNOPSIS : Meral, une mère célibataire néerlandaise d’origine turque, est accusée à tort de fraude fiscale et contrainte de rembourser 34 000 euros d’allocations familiales. Prise dans un engrenage administratif redoutable et traquée sans relâche par un enquêteur social, Meral va prendre une décision radicale pour sauver sa famille.

En 2020, un scandale politique d’ampleur nationale a secoué les Pays-Bas : depuis 2013, le cabinet Rutte III (assurant l’intérim du gouvernement néerlandais jusqu’aux législatives suivantes) aurait accusé de nombreuses familles de fraudes à l’aide sociale, les obligeant à rembourser des sommes indécentes en les menaçant de poursuites. Ces personnes, vivant grâce aux allocations familiales (et aussi souvent d’origine étrangère) se sont retrouvées au pied du mur avec parfois des dizaines de milliers d’euros à payer sur base de suspicions de fraudes calculées par des algorithmes douteux. Le réalisateur Stijn Bouma s’était déjà emparé du sujet en 2021, après la Commission d’enquête puis la démission du gouvernement Rutte III avec le film documentaire Alone Against the State, et c’est désormais avec la fiction qu’il s’attaque à l’un des plus gros scandales politiques européens de ces dernières années.

La Traque de Meral suit notre protagoniste éponyme, Meral Öztürk, néerlandaise d’origine turque, aide à domicile pour personnes âgées et mère de deux filles qu’elle élève seule depuis son divorce. Alors qu’elle peine à joindre les deux bouts avec son salaire modeste, Meral est surprise de voir son courrier de contestation à une demande de remboursement d’allocations rester sans réponse. Très vite, on lui indique des soupçons de fraude et une somme de 34.000€ à faire parvenir à l’administration fiscale pour que tout rentre dans l’ordre. Dans cette situation sensible, un enquêteur est envoyé pour rentrer dans la vie de cette petite famille avec l’objectif insidieux de prouver la fraude aux yeux de l’État…

Bouma signe ici un film engagé et lourd de propos politiques, dévoilant l’intimité d’une mère de famille qui se bat seule contre un gouvernement qui l’étouffe froidement sur base d’un algorithme profondément discriminatoire. Le cinéaste raconte l’injustice vécue par les dizaines de milliers de familles victimes de ce scandale entre 2013 et 2020, dépossédées de leurs vies privées par les investigations d’enquêteurs chargés de dénicher les moindres rentrées d’argent suspectes (y compris les 50 euros prêtés par les grands-parents aux enfants). Meral est littéralement traquée, renvoyée de son travail car elle pourrait très bien profiter des personnes âgées qu’elle assiste en piquant dans leurs enveloppes lorsqu’ils ne regardent pas… Dans son désespoir, Meral est présentée comme intègre, honnête et intelligente, elle part à la charge des cadres qui cherchent à la faire tomber, tente de faire entendre sa voix dans une machine insensible et inhumaine (certains lui conseillent même de vendre son corps pour se faire de l’argent plus vite). Le scénario, co-écrit par Stijn Bouma et Roelof-Jan Minneboo, s’avère très fonctionnel, renseigné et assez précis sur les faits réels qu’il met en scène, racontant la détresse d’une mère de famille impuissante face aux discriminations sexistes et xénophobes qu’elle subit. La Traque de Meral manque alors d’une vraie plus-value de sa mise en scène, qui reste assez classique dans son ensemble là où l’espace de la fiction aurait pu permettre à Bouma de raconter encore autre chose de plus fort sur le parcours de son héroïne, laissant son film sur les rails du drame réussi mais un brin ordinaire. Le long-métrage porte notamment certains défauts structurels un peu dommage, notamment un point de vue trop recentré sur sa protagoniste et une fin ouverte un peu frustrante tant elle semble passer sous silence des thèmes qui auraient pu être intéressants.

Porté par une excellente Dilan Yurdakul, brillante dans une performance sensible, aussi à l’aise dans les instants de confrontations que dans ceux où elle s’écroule d’épuisement, La Traque de Meral fournit alors un travail de reconstitution intimiste assez précis, injuste et pertinent, qui met autant que possible en lumière l’inhumanité d’un gouvernement qui a participé à la destruction de milliers de familles. Les faits sont à peine croyables, Stijn Bouma retranscrit avec une certaine application ce moment où un gouvernement s’octroie le pouvoir de marcher sur sa population dans une impunité totale pendant presque 10 ans.


Titre original : DE JACHT OP MERAL Ö

Réalisé par: Stijn Bouma

Casting: Dilan Yurdakul, Gijs Naber, Raymond Thiry …

Genre: Drame

Sortie le: 11 mars 2026

Distribué par : L’ATELIER DISTRIBUTION

TRÈS BIEN

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