Critiques Cinéma

ALTER EGO (Critique)

SYNOPSIS : Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence. 

Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, les réalisateurs de Alter Ego, se font appeler… Nicolas et Bruno ! Impossible d’oublier leur Message à caractère informatif en 1998, sur Canal plus. Puis, en 2018, dans La personne aux deux personnes, la puissante thématique du double leur sert déjà d’objet de recherches. Ce qu’on sait de leurs influences et de leur univers est déjà sacrément prometteur. Il faut d’abord être très clair, avec Alter Ego, on se marre, et pas qu’un peu. De plein de façons, souvent absurde ou burlesque, parfois car c’est de l’humour de science-fiction, aussi car c’est du vaudeville, encore car les dialogues claquent, et surtout car le décalage des situations s’y prête. C’est du mélange des genres de comédie, presque comme une comédie d’auteur. Puis des fois on ne sait pas trop pourquoi on rit, comme celles et ceux qui avec Alex et Axel bossent dans cette bonne vieille COGIP, ou personne ne sait vraiment ce qu’il y fait depuis 1984…

Et puis Alter Ego, c’est aussi un sacré exercice de cruauté ordinaire. En étant confronté à son double soi-disant en mieux, ce sont toutes nos névroses que l’on sait mais que l’on dissimule, les hontes que l’on tait et le triomphe du paraître. Ce sont tous les attributs de la masculinité d’Axel qui viennent terriblement souligner et enfoncer les complexes d’Alex, qui pourtant jusqu’à présent s’en foutait. C’est l’antéchrist de l’autre côté de la haie et du bureau. Mais l’enfer ici c’est soi avant d’être les autres ! C’est encore et toujours de l’humour vache, dans ce terrible décalage entre l’enfer absolu d’Axel, visiblement seul à se rendre compte de l’évidence de ce double maléfique si propret et insupportablement parfait dans sa vitrine. Pour tous les autres, sa femme, son gosse, ses collègues, sa cheffe au particularisme pileux dont tout le monde se fout là aussi (mais peut-il en être autrement pour diriger la COGIP !!), il n’existe aucun problème avec l’arrivée d’Axel. Le spectateur est alors promené sur le sentier du plaisir coupable tant on se fout de la gueule d »Alex, régulièrement planqué et littéralement recroquevillé dans la cabane pour enfants du jardin, alors que dans le même mouvement, on le prend en totale empathie.

C’est aussi la description par menu d’une forme de délire paranoïaque et schizophrénique qui nous guette tous, comme un Fight club (1999) franchouillard traité par le rire. Car on est tous Alex et Axel, le beau, le laid, le mieux, le pire, le meilleur, soit la plus horrible ou triomphante version de nous-mêmes. Un petit regret cependant, malgré la constance de cette débauche humoristique, c’est finalement presque insuffisamment abouti dans la montée en puissance du délire foutraque, presque paradoxalement trop sage, car ils ont su faire partir leur histoire complètement en live, en mode totalement jubilatoire et en fait…

C’est juste les 5 dernières minutes. Ils auraient dû oser avant et plus longtemps !! Mais un détail tant le bien est déjà fait avant !! La mise en scène avec cette photographie bucolique au bord du flou et ces petites mélodies presque flippantes tant elles sont faussement mignonettes, viennent aussi consacrer un style et un incontestable talent du duo de réalisateurs. Et alors au casting, évidemment une performance totale de celui qui en plus vient déjà de recevoir un César pour La femme la plus riche du monde (2025), Laurent Lafitte, qui n’a même pas besoin d’être survolté ou d’en faire des caisses pour irradier la caméra de son infini talent. C’est précisément avec sa propre complexité et en nous la partageant en totale impudeur, qu’il parvient ici à une performance totalement magistrale et inoubliable. Une immense régalade, un numéro dont on se souviendra longtemps ! A ses côtés, il faut aussi une Blanche Gardin géniale pour soutenir le rythme et elle l’est. Notamment dans le paradoxe de l’amour qu’elle essaye de continuer à porter à Axel tout en niant complètement la folie qui va le traverser. Elle joue littéralement, et nous on jubile. Et puis Zabou Breitman dont on ne se lasse jamais, surtout quand elle donne la réplique à Laurent Lafitte, ce qui ne peut que nous faire réentendre l’espace d’un instant l’iconique A votre écoute coûte que coûte sur France Inter en 2012. Au final, Alter Ego réussit pleinement son pari, car avec cette double tranche de Lafitte et donc forcément beaucoup de nous-mêmes, on rit à peu près tout le temps, on passe un vrai moment divertissant, le tout dans une sympathique complexité. On rit donc, et on réfléchit quand même un peu, clairement c’est du très bon cinéma !


Titre original: ALTER EGO

Réalisé par: Nicolas Charlet, Bruno Lavaine 

Casting: Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko …

Genre: Comédie

Sortie le: 4 mars 2026

Distribué par : Tandem

TRÈS BIEN

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