Critiques Cinéma

CHRISTY (Critique)

SYNOPSIS : Inspiré d’une histoire vraie, Christy retrace l’ascension tumultueuse de la boxeuse Christy Martin, qui est passée de l’anonymat à la célébrité. La légendaire ténacité de Christy sur le ring cache en réalité des combats plus intimes avec sa famille, son identité et une relation toxique qui pourrait bien se transformer en une question de vie ou de mort.

C’était à l’origine un projet que la comédienne a choisi de porter pour faire taire ses détracteurs : Sydney Sweeney, limitée par beaucoup à son statut d’icône éphémère et de sex symbol un peu rétrograde, signait avec ce Christy un rôle de composition loin des archétypes qui composent sa filmographie, biopic sportif de la boxeuse Christy Martin. Prise de masse musculaire, prothèses de maquillage, accent brossé : l’idée était de rendre l’actrice méconnaissable dans un rôle taillé pour la faire rentrer définitivement dans les rangs des comédiens « sérieux » prétendants aux prochains Oscars (on a eu un certain équivalent il y a quelques mois côté masculin avec un certain Dwayne Johnson dans The Smashing Machine de Benny Safdie – un autre biopic de boxe, tiens). Mais la sortie du film aux Etats-Unis ne fut pas à la hauteur des espérances. Le public boude le film, le box-office est à la traîne, et Sweeney se retrouve dans la discorde après l’étonnante direction de la campagne de American Eagle où elle était égérie (vous vous souvenez, les « Good Jeans »). Christy cessa d’être un film de sport pour le public états-unien, et il aura alors fallu quelques mois pour qu’il nous parvienne jusqu’en France. On mettra autant que possible de côté toute polémique extérieure, car en dépit de tout, on avouera avoir été plutôt conquis par le long-métrage.

Signé David Michôd (réalisateur de War Machine, Animal Kingdom ou encore Le Roi), Christy retrace l’ascension fulgurante de Christy Martin à l’aube des années 90 – un moment où la scène boxe féminine est encore peu présente, et les athlètes pas payées à la hauteur de leur travail. Alors qu’elle est remarquée après avoir remporté une édition du « Toughman Contest » (un tournoi de boxe amateur), Christy se voit associée à l’entraîneur Jim Martin, puis au promoteur Don King (l’un des plus grands noms du milieu) qui va vite la faire devenir la tête de proue de la boxe féminine…

En saisissant les codes du biopic de sport, Michôd et sa co-scénariste Mirrah Foulkes suivent d’abord les grandes lignes de ce genre de récit : une héroïne ambitieuse mais complexée, traitée en paria par sa communauté (une rumeur persistante raconte qu’elle entretiendrait une liaison avec une femme), puis outsider transformée en grande favorite en couverture des magazines de sport… C’est dans l’habileté du traitement de son script – qui trouve son véritable sens dans la dernière partie du film, aussi âpre et dérangeante qu’elle est précise sur le déroulé des évènements – que Christy se démarque de ses semblables. Loin de peindre de façon artificielle sa protagoniste, en évitant les zones d’ombres et les sujets compliqués, Michôd et Foulkes racontent Martin à travers une époque changeante, un milieu patriarcal et homophobe, qui la poussent dans ses retranchements à l’intérieur comme à l’extérieur du ring. On remarque que la boxe sert de médium aux sentiments transversaux de Christy, avant de s’évaporer dans son dernier tiers afin de saisir à bras le corps la violence terrible qui s’exerce dans sa vie personnelle. Sydney Sweeney parvient à construire une performance dénuée de tout égo écrasant, racontant Martin à travers ses failles, ses erreurs, ses moments où elle peine à s’exprimer ou à s’assumer. Son personnage, constamment en pleine lutte et/ou en colère contre le monde, fonctionne comme moteur de son récit, et s’avère assez remarquable dans un rôle habilement bâti autour d’elle. En secondaire, Sweeney est entourée de Ben Foster en Jim Martin, saisissant dans toutes ses nuances et dans une partition ultimement assez toxique qu’il maîtrise sur le fil, aux côtés d’une impeccable Jess Gabor et des parents autant soutien qu’obstacle incarnés par Ethan Embry et Merritt Wever.

Bien qu’il ne réinvente pas le genre en restant balisé dans les contours du biopic de sport, Christy parvient tout de même à créer la surprise en insufflant la profondeur nécessaire dont The Smashing Machine avait, à son tour, plutôt manqué. En racontant avec intensité formelle et nuances émotionnelles les heures de gloire et la chute radicale de Christy Martin, dans ce qu’elle a traversé de violences personnelles et sociétales, Michôd et Foulkes dessinent habilement un récit habité par la combativité, précis et puissant autant qu’il est touchant et bien incarné, malgré un manque global de prise de risque au niveau de sa mise en scène – fonctionnelle mais jamais ébouriffante. En découle alors une proposition qui se montre à son meilleur quand la violence possède le récit pour saisir enfin le cœur de son sujet, sans détourner le regard ni complaisance.


Titre original: CHRISTY

Réalisé par: David Michôd

Casting: Sydney Sweeney, Ben Foster, Merritt Wever …

Genre: Biopic, drame

Sortie le: 4 mars 2026

Distribué par : Metropolitan FilmExport

TRÈS BIEN

Catégories :Critiques Cinéma

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