SYNOPSIS : Tokyo, de nos jours. Un acteur américain qui peine à trouver un sens à sa vie décroche un contrat pour le moins insolite : jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, en travaillant pour une agence japonaise de « familles à louer ». En s’immisçant dans l’intimité de ses clients, il commence à tisser d’authentiques relations qui brouillent peu à peu les frontières entre son travail et la réalité. Confronté aux complexités morales de sa mission, il redécouvre progressivement un but, un sentiment d’appartenance et la beauté sereine des relations humaines…
Depuis la consécration de son attendu retour dans The Whale, l’argument Brendan Fraser suffit presque, à lui seul, à nous faire nous déplacer en salles. Son talent intact, doublé d’un capital sympathie que peu d’acteurs hollywoodiens peuvent revendiquer avec autant d’évidence, agit comme une promesse : celle d’un cinéma sincère et incarné. À l’heure où l’on se réjouit déjà de son retour annoncé dans un quatrième volet de La Momie, il semblait naturel (et mérité) que l’acteur poursuive sur cette lancée avec un projet singulier comme Rental Family. Ajoutons à cela une affiche délicate et un concept intrigant à savoir jouer le rôle de proches de substitution pour de parfaits inconnus, au sein d’une agence de « familles à louer », et la curiosité l’emporte doublement. Sur le papier, le dispositif flirte avec l’absurde et l’inconfort moral, ce qui le rend d’autant plus intéressant puisque l’histoire se déroule au Japon. À l’écran, il se révèle être une jolie surprise, douce-amère mais profondément attachante.
Dans Rental Family, Brendan Fraser incarne Phillip, un homme engagé par une agence spécialisée dans la location de proches pour combler des absences affectives. Père de substitution, mari de façade, ami temporaire, Phillipse glisse dans des rôles qui ne lui appartiennent pas, mais qu’il habite avec une sincérité désarmante malgré au début d’évidentes réticences. Frasern’a jamais été un acteur froidement technique, il est un interprète traversé par l’émotion. Ici encore, son regard, ses silences et sa gestuelle traduisent une vulnérabilité qui transperce l’écran. Voir Fraserjouer un homme qui vit à travers des identités empruntées résonne avec sa propre trajectoire hollywoodienne, faite de métamorphoses et de renaissances. Face à lui, une galerie de seconds rôles hauts en couleur enrichit le récit. La véritable révélation reste Shannon Mahina Gorman, formidable dans le rôle de Mia, la « fille » de Phillip. À leurs côtés, le prolifique Akira Emoto apporte son charisme singulier au rôle d’un vieil artiste en déclin physique qui compte bien profiter de la présence de Phillippour « s’évader » de sa vie et ainsi retrouver ce qu’il fut, avant son dernier voyage. L’alchimie entre ces personnages donne au film sa chaleur. Car au-delà de son concept presque cynique, Rental Family fonctionne d’abord comme un récit de liens humains, même artificiels. Et si ces relations sont contractualisées, l’émotion, elle, ne l’est jamais.
Ce qui frappe d’ailleurs du début à la fin dans Rental Family, c’est sa douceur. Une douceur visuelle, presque cotonneuse, portée par une ambiance japonaise délicate : intérieurs épurés, lumières tamisées, temporalité apaisée. Les costumes participent également à cette harmonie esthétique, notamment ceux de Brendan Fraser, dont les tenues sobres et élégantes le mettent particulièrement en valeur. Mais cette douceur apparente masque un trouble plus profond. Le concept même du film repose sur une forme d’immoralité diffuse : louer des liens affectifs, simuler l’amour filial ou conjugal, monnayer la présence humaine. Le film ne juge pas frontalement ses personnages, il les observe, avec bienveillance mais sans naïveté. Phillip, comme les clients de l’agence, navigue dans une zone grise où le mensonge devient un outil de survie émotionnelle. Cette tension entre tendresse et malaise constitue la véritable richesse du long métrage. Certes, le scénario reste parfois assez cousu de fil blanc, et certains développements se laissent deviner mais cette relative prévisibilité n’entame pas le plaisir du spectateur. Au contraire, elle renforce le sentiment de confort, comme si le film assumait son statut de « petit bonbon » cinématographique, à savourer sans modération. La direction artistique contribue largement à cette réussite. On retiendra notamment la création d’une fausse publicité pour du dentifrice, absolument géniale, dans laquelle Brendan Fraserarbore un look aux petits oignons. On en viendrait presque à réclamer l’affiche et le tee-shirt dérivés de cette publicité tant la séquence marque les esprits (en fait on les veut vraiment !).
Sans révolutionner le paysage cinématographique de ce début d’année, Rental Family s’impose comme une œuvre délicate, portée par un acteur dont on se réjouit de voir la carrière renaître sous nos yeux. Brendan Fraser est de ces comédiens que l’on aime retrouver, presque comme un membre de la famille. Chaque nouveau rôle semble confirmer que sa résurrection n’a rien d’un hasard, mais tout d’une évidence. Le film, malgré sa trame parfois prévisible, touche par sa sincérité et son humanité. Il interroge nos besoins d’attachement, notre solitude contemporaine et la frontière poreuse entre authenticité et performance sociale. Enfin, Rental Family donne envie d’explorer davantage le travail de sa réalisatrice Hikari, notamment son précédent (et premier) long métrage 37 Seconds, nous qui ne la connaissons que pour sa contribution à la remarquable série Tokyo Vice.
Titre original: RENTAL FAMILY
Réalisé par: Hikari
Casting: Brendan Fraser, Mari Yamamoto, Takehiro Hira …