Critique Blu-Ray

GAMERA Les années Showa – Partie 1 (Critique Coffret Blu-Ray)

SYNOPSIS :

– Daikaiju Gamera (1965, N&B) :
Suite à une explosion nucléaire, une tortue préhistorique émerge de l’océan et détruit des villes au large du Japon. Son nom est Gamera.

Gamera contre Barugon (1966, couleurs) :
Barugon, créature reptilienne mythologique, ravage le Japon. Gamera, protecteur de la Terre, se mettra au travers de sa route…

Gamera contre Gyaos (1967, couleurs) :
Une créature volante nommée Gyaos terrorise le Japon en se nourrissant d’énergie humaine. Alors que des scientifiques essayent de comprendre l’origine de Gyaos, Gamera intervient pour sauver l’humanité.

 

La trilogie Gamera, produite par la société de production Daiei Film entre 1965 et 1967, représente une réponse audacieuse et opportuniste au phénomène Godzilla initié en 1954. Alors que ce dernier incarnait les horreurs de l’ère nucléaire et les traumatismes d’Hiroshima, Gamera émerge comme un kaiju plus accessible, souvent perçu comme une imitation bon marché, mais qui développe une identité propre centrée sur la protection des enfants avec une certaine naïveté narrative. Dans le Japon des années 1960, l’industrie cinématographique fait face à une concurrence féroce de la télévision et à une saturation du marché des films de monstres. Daiei film, alors en difficulté financière, voit avec Gamera une opportunité de capitaliser sur le « Kaiju Boom ». Inspiré par une vision fugace d’une tortue volante lors d’un voyage aux États-Unis, le président de Daiei, Masaichi Nagata, confie le projet à une équipe novice, dont le réalisateur Noriaki Yuasa, qui transforme un concept simpliste, voire ridicule en une franchise viable. Contrairement à Godzilla, filmé en couleurs et avec des effets spéciaux sophistiqués, les premiers films sont tournés en noir et blanc pour des raisons économiques. Cette trilogie marque le début de la série Gamera, avec des contraintes budgétaires croissantes et une évolution rapide du personnage principal.

Le premier volet de la trilogie réalisé par Noriaki Yuasa s’intitule Daikaijū Gamera (1965). Ce film inaugural pose les bases d’un univers où la science et le mythe se heurtent violemment. L’intrigue débute par une explosion nucléaire réveillant Gamera, une tortue préhistorique géante. Ce kaiju, doté de crocs est capable de voler en rétractant ses membres pour former une soucoupe volante. En quête d’énergie thermique, il va ravager le Japon. La production est marquée par des défis extrêmes. Yuasa, moqué par ses pairs pour ce projet perçu comme une fin de carrière, hérite d’un scénario de Niisan Takahashi inspiré de films comme Les oiseaux et bien évidemment Godzilla. Les effets spéciaux utilisent un costume de 60 kg, manipulé à quatre pattes pour plus de réalisme. Le choix du noir et blanc, lui, accentue l’atmosphère sombre, évoquant les films noirs américains, mais trahit les limites budgétaires. La réception critique est mitigée mais cela n’empêchera pas la mise en route, très rapide, du deuxième volet qui sort en 1966 : Gamera contre Barugon. Ce volet prend place, six mois après les événements de Daikaijū Gamera. Réalisé par Shigeo Tanaka, il introduit un antagoniste reptilien, un monstre crocodile-dragon (Barugon) qui grandit et ravage Osaka avec son rayon et sa langue givrante. Gamera, attiré par le chaos l’affronte dans un duel spectaculaire. La production a bénéficié ici d’un budget doublé à environ 80 millions de yens, permettant de passer à la couleur, ce qui donna au film un ton plus « adulte ». L’accent est mis sur la cupidité des hommes, qui préfèrent libérer Barugon, contrastant avec la protection instinctive de Gamera.

Le dernier volet de ce coffret est encore réalisé par Noriaki Yuasa, et s’intitule : Gamera contre Gyaos (1967). Après le reptile, ici, place au vampire, et ce sont des éruptions volcaniques qui réveillent Gyaos, un vampire-kaiju nocturne possédant un rayon supersonique. Gamera décide (encore) de protéger un garçon, et de combattre Gyaos, utilisant son intelligence pour le vaincre dans le cratère du Mont Fuji. Après l’échec commercial du 2ème, le budget a été revu à la baisse avec un montant d’environ 60 millions de yens. Le réalisateur fait le choix de cibler les enfants en accentuant un virage enfantin.

Cette trilogie n’est pas seulement une série de films de monstres, elle reflète les tensions socioculturelles du Japon à l’issue de la seconde Guerre Mondiale, la peur nucléaire et une idéalisation de l’innocence enfantine comme antidote à la destruction adulte. Contrairement à Godzilla, incarnation de la vengeance atomique, Gamera est un être incompris, protecteur des enfants. C’est un monstre qui a évolué au fil du temps, passant de l’incompris (1965) à un antihéros (1966) puis au protecteur héroïque (1967). Les comparaisons avec Godzilla soulignent quelques faiblesses, dont les effets spéciaux inférieurs, mais Gamera se distingue par son vol, et met l’accent sur le mélodrame humain plutôt que le spectacle, avec moins de focus sur les monstres. Mais malgré ses faiblesses, la trilogie Gamera offre un contrepoint rafraîchissant face au mastodonte Godzilla, avec un kaiju bienveillant et des thèmes accessibles. Cette trilogie perdurera dans le culte kitsch.

Détail des suppléments :

Films restaurés 4K sous la supervision de Shinji Higuchi
Étui rigide avec 3 Digipacks
Design signé Kevin West
Contient :

  • le 4K Ultra HD du film « Daikaiju Gamera » (« Daikaiju Gamera », 1965, Dolby Vision et HDR10, N&B, 78’)
  • le 4K Ultra HD du film « Gamera contre Barugon » (« Daikaiju ketto: Gamera tai Barugon », 1966, Dolby Vision et HDR10, couleurs, 106’)
  • le 4K Ultra HD du film « Gamera contre Gyaos » (« Daikaiju kuchusen: Gamera tai Gyaosu », 1967, Dolby Vision et HDR10, couleurs, 86’)
  • le livret « Gamera : création du concurrent idéal » par Jordan Guichaux avec photos des tournages (60 pages)
  • 10 cartes postales
  • 1 poster
Bonus video

Présentation des films par Fabien Mauro
Interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration

Crédits : Roboto Films

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