Critiques

KING & CONQUEROR (Critique Saison 1) 8 épisodes assez rugueux …

SYNOPSIS : Quand le roi Édouard meurt en 1066 sans laisser d’héritier, Harold de Wessex et Guillaume de Normandie se lancent dans une lutte pour s’emparer de la couronne d’Angleterre qui s’achèvera lors de la bataille d’Hastings. Un affrontement entre deux dynasties qui a façonné un pays – et un continent – pour des siècles.

Alors que HBO ne lâche pas sa poule aux œufs d’or avec l’arrivée du second spin-off A Knight of the Seven Kingdoms, il est clair – depuis quelques années déjà – que toutes les plateformes cherchent à fabriquer leur propre Game of Thrones dans le but de naviguer sur l’amour du public pour les combats en armure, les manipulations politiques, les trahisons rocambolesques et les discussions verbeuses autour d’un verre de vin. Cette année, c’est au tour de BBC One (et distribuée par Canal+ en France) de tenter sa chance, en piochant non pas dans un univers de medieval fantasy, mais directement dans l’Histoire de l’Angleterre. King and Conqueror (conçue par Michael Robert Johnson) nous présente alors nos deux protagonistes, de part et d’autre de la Manche, au début du 11e siècle. D’un côté, Harold Godwinson – fils du Comte de Wessex – est entraîné dans un conflit avec le nouveau Roi Edouard d’Angleterre. De l’autre, le Duc Guillaume de Normandie découvre une trahison du Roi de France Henri 1er. Liés par le hasard et par une bien curieuse amitié, les deux hommes vont se retrouver dans une quête de pouvoir les menant inéluctablement vers une transformation radicale de la couronne d’Angleterre.

En proposant un récit voyageant à travers les différents lieux présentés par cette histoire (des cartons rappellent constamment où l’action prend place, entre la Normandie, le Wessex, Northumbrie, la Norvège et la Bretagne), ces 8 épisodes montrent d’abord des ambitions qui raccrochent avec la série documentaire. Les noms de personnalités politiques défilent, les grades et les rapports de force entre vassaux sont mis sur la table, il faut suivre pour saisir qui est en guerre avec qui, quels coups fourrés sont préparés et qui cherche à s’octroyer une part du gâteau. Les premiers épisodes pâtissent alors d’un faux rythme en oubliant de fournir un récit intéressant derrière toute cette installation, multipliant les discussions poussives au lieu de définir clairement son intrigue et les enjeux qui vont être développés par la suite. La série se heurte également à un défaut majeur lorsqu’adviennent les séquences de bataille, solidement reconstituées avec un excellent travail des départements des décors, des costumes, des maquillages et des effets visuels, mais malheureusement découpées par un montage hasardeux qui les rend difficilement lisibles, limitant les réussites de la direction artistique à un manque d’ambition scénique flagrant qui se cogne évidemment sèchement à la comparaison avec le mastodonte Game of Thrones.

Malgré tous ces défauts qui sont difficiles à ignorer et qui rendent ces 8 épisodes assez rugueux – et donnant parfois un air un peu cheap à la production – King and Conqueror planque son ambition dans ses reconstitutions et dans les parcours de ses personnages, habilement interprétés par un casting investi. En tête d’affiche, Nikolaj Coster-Waldau (inoubliable Jaime Lannister dans la série HBO) vient apporter la caution « charisme en armure » avec supplément « petite moustache » dans la peau de Guilllaume « pas encore Le Conquérant », secondé par la présence solide de Clémence Poésy dans le rôle de son épouse Mathilde de Flandre. En face, James Norton est impeccable en Harold Godwinson, aussi porté par l’excellente Emily Beecham, interprétant sa compagne Edith (peut-être l’une des meilleures performances de la série). Car King and Conqueror porte ses plus grandes forces lorsqu’elle concentre ses enjeux sur le parcours de ces deux hommes contraints de prendre les armes pour défendre leurs familles respectives.

La série réussit assez habilement son coup en milieu de saison (malgré ce faux rythme qui tiendra maladroitement tout du long) en relisant l’Histoire afin de construire une interprétation fictive romancée spécialement pour le spectacle. La réalité historique est quelque peu malmenée, mais le ton est assumé car formatée pour séduire le grand public, et non seule une poignée d’historiens. Si l’on pourrait critiquer ce point, causant notamment un manque de crédibilité et une tonne de facilités scénaristiques, on avouera avoir été plutôt pris par la direction de certaines intrigues, notamment grâce à un casting assez entraînant et une multiplication des points de vue plutôt bien gérée. Au final, King and Conqueror sort un grand jeu qui a du mal à se retranscrire à l’écran, avec un rythme poussif, une écriture souvent grossière et une mise en scène pas à la hauteur de son ambition, mais impose tout de même un récit épique morcelé relisant la Conquête Normande de l’Angleterre pour finir en apothéose sur la Bataille d’Hastings. Fidélité historique mise à part, la série s’avère trop formatée pour passionner par sa singularité mais suffisamment habile pour éviter au spectateur de tomber dans un sommeil interminable de 8×45 minutes. King and Conqueror a malgré tout le mérite de fournir un spectacle médiéval imparfait mais gonflé aux suites intrigantes de petits jeux de pouvoir tapis dans l’ombre des grandes histoires.

Crédits : Canal+

Laisser un commentaire