Critiques Cinéma

HURLEVENT (Critique)

SYNOPSIS : Vision moderne de la passion absolue unissant Heathcliff et Catherine, une romance légendaire qui défie le temps et la raison.

L’actrice britannique Emerald Fennell a été découverte pour son rôle de Camilla Parker Bowles dans les saisons 3 et 4 de la série The Crown. Elle accèdera plus tard à la consécration en tant que réalisatrice en remportant l’oscar du meilleur scénario original pour son excellent film Promising Young Woman, un uppercut féministe déguisé en revenge movie acidulé. Trois ans après son second long-métrage Saltburn, elle revient ici pour adapter l’un des monuments les plus intimidants de la littérature anglaise, Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), le roman d’Emily Brontë sorti en 1847. En revanche, attention, il ne s’agit pas d’une adaptation fidèle au sens scolaire du terme. C’est une relecture fiévreuse, provocante, parfois exaspérante et souvent hypnotique.

Dès son annonce, ce projet a beaucoup fait parler, d’une part, car les producteurs ont refusé une grosse offre financière de la part de Netflix, pour en accepter une plus modeste du côté de la Warner Bros afin de privilégier une sortie sur grand écran. D’autre part car le choix de la réalisatrice pour incarner Catherine Earnshaw s’est porté sur Margot Robbie, faisant hurler certains puristes. En effet, à 35 ans lors du tournage, l’actrice australienne joue le rôle d’une adolescente puis d’une jeune femme d’une vingtaine d’années à peine. Mais Emerald Fennell ne cherche pas à masquer ce décalage, bien au contraire, elle l’exploite avec brio. Margot Robbie incarne Cathy comme une créature déjà usée par son propre désir, une femme-enfant qui sait qu’elle va tout détruire et qui le fait quand même, avec un sourire féroce. Ses scènes de jeunesse sont les plus convaincantes, elle y déploie une énergie animale, cheveux en bataille, pieds nus dans la boue et riant avec exagération. Quand elle devient l’épouse d’Edgar Linton (Shazad Latif) elle change de comportement et passe en mode glacé sophistiqué, mais tout en laissant toujours percer la panique qui plane dans son for intérieur. C’est de loin sa performance la plus risquée depuis Moi, Tonya (2017). A l’écran elle forme un duo volcanique avec Jacob Elordi, qui incarne Heathcliff, un personnage qui coche presque toute les cases du héros byronien, mâchoire carrée, grande taille et regard noir. Mais là où beaucoup d’acteurs précédents misaient sur une mélancolie torturée, Jacob Elordi joue la sauvagerie contenue, son Heathcliff est un volcan sous pression. Quand il revient riche et vengeur, il dégage une menace sexuelle presque comique tant elle est assumée. L’alchimie entre lui et Margot Robbie est brute et malsaine, avec une tension érotique qui atteint des sommets dans une scène de retrouvailles sous une pluie battante, ils ne s’embrassent pas, ils se repoussent, se griffent. C’est à la fois laid et beau, c’est exactement ce que Emily Brontë décrivait quand elle parlait d’amour « plus fort que la mort ».

Le film porte la marque indélébile de sa réalisatrice avec une sensualité frontale et un humour noir. La caméra possède une certaine facilité à s’approcher près des visages pour capter leurs larmes et leurs tremblements. Elle nous offre des plans larges, mais préfère rester collée aux corps et aux mains qui s’agrippent. La musique quant à elle, est signée par l’artiste Charli XCX pour certaines séquences modernes, qui mélangent un son électronique sourd et des cordes plus classiques et angoissantes. Le résultat est dérangeant, le spectateur a l’impression que le film respire au même rythme que les personnages, c’est haletant et oppressant. Les costumes de Jacqueline Durran (déjà oscarisée pour Les filles du Docteur March et Barbie) ont fait couler beaucoup d’encre avant même la sortie. On y trouve des pièces volontairement anachroniques. Emerald Fennell assume pleinement cela et nous l’explique: « Ce n’est pas une reconstitution historique, c’est une fièvre« . L’une des différences principales entre le roman et son adaptation de 2026, c’est la vengeance de Heathcliff. Dans le roman elle possède une grande part, hors ici, la réalisatrice réduit drastiquement cette partie. Certains spectateurs trouveront cela frustrant mais cela renforce l’idée que la malédiction est cyclique et inéluctable, sans besoin de tout montrer.

Malgré tout cela, le film possède quelques longueurs dans sa partie centrale. Hurlevent n’est peut-être pas la meilleure adaptation possible, ni même la plus respectueuse, mais c’est sans doute la plus vivante depuis celle d’Andrea Arnold en 2011. Emerald Fennell ne cherche pas à concurrencer Jacques Rivette (Hurlevent – 1985), elle fait ce qu’elle sait faire de mieux, prendre un mythe, le plonger dans un bain d’acide, et regarder ce qui remonte à la surface. C’est un film qui dérange, excite, agace et surtout qui fascine, un véritable film qui hurle, et qui finit par vous habiter longtemps après son visionnage. Un grand film imparfait. Le genre de film que seule une cinéaste comme Emerald Fennell pouvait oser montrer en 2026. A noter que le film sort sur nos écrans à une date proche de la Saint-Valentin, un choix un cynique délicieux pour un récit aussi toxique.


Titre Original: WUTHERING HEIGHTS

Réalisé par: Emerald Fennell

Casting :  Margot Robbie, Jacob Elordi, Hong Chau …

Genre: Drame, Romance

Sortie le: 11 février 2026

Distribué par: Warner Bros. France

EXCELLENT

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