Critiques Cinéma

THE MASTERMIND (Critique)

SYNOPSIS : Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.

Josh O’Connor chez Kelly Reichardt, le tout exposé en Sélection Officielle à Cannes, en voilà un tableau qui donne l’eau à la bouche. D’un côté, le comédien multiplie les choix de carrière passionnants chez les cinéastes les plus reconnus (on l’a vu chez Luca Guadagnino, Alice Rohrwacher, Rian Johnson et bientôt chez Steven Spielberg). De l’autre, la réalisatrice masterise le « grand petit film » avec un style déshabillé à l’extrême pour nourrir des intrigues simples mais fascinantes d’humanité. Il y a dans The Mastermind toutes les promesses d’un joli moment de cinéma au croisement de deux filmographies uniques, mais l’épure habituelle de Reichardt se dissipe malheureusement au profit d’un ennui relatif que l’on regrette poliment.

Le film suit donc JB Mooney, père d’une petite famille dans le Massachussetts des années 70. Amateur d’art, Mooney profite de ses visites familiales au musée local pour fomenter un plan bien rôdé. Avec deux complices recrutés à la volette, il va organiser le vol de plusieurs tableaux d’Arthur Dove, en plein jour et à la barbe de la sécurité présente sur place. Mais le cambriolage tourne mal et le plan minutieux de notre « cerveau » va l’emporter dans une cavale à travers les Etats-Unis…

En plantant ses racines dans le film de braquage, Kelly Reichardt pratique un premier revers en fabriquant un faux rythme lancinant dans l’ouverture du film. Le plan de Mooney est capté dans les moindres détails, mais on comprend vite que le « Mastermind » du titre sonne ironique. Dépendant de complices malavisés et impulsifs, et victime d’une dose de pas-de-chance, Josh O’Connor va vite se retrouver dans la peau d’un loser malgré lui, figure d’une Amérique ordinaire – loin donc des récits de braquage dont on a l’habitude. Cette torsion du genre, raccordant avec le film social en examinant notamment les relations du protagoniste avec son entourage, se montre d’abord plutôt intrigante. Reichardt développe un rythme lent, filmant des petits riens avant et après les casses pour rompre avec toute envie spectaculaire, se centrant sur son ‘héros’ dont on va suivre les pérégrinations à travers une bien burlesque cavale. Malheureusement, The Mastermind semble se désintéresser de son intrigue dès son milieu, son dynamisme singulier se transformant en une valse peu captivante sur un personnage qui monte des échelles pour déplacer des tableaux à n’en jamais finir. Si le pathétique de son personnage est, de manière très efficace, installé par une mise en scène lente et toujours plus fixe, le film lui-même tombe dans une faille simplement monotone, qui perd son relief au profit de sa distance avec ses personnages. En gardant le spectateur loin de ses protagonistes, The Mastermind finit par provoquer un certain désintérêt à leur égard, la sympathie et le charisme impressionnant de Josh O’Connor protégeant presque à lui tout seul la tenue du long-métrage le long d’une seconde partie plus distordue et moins pertinente.

On aurait pourtant préféré être emporté par le film (le dernier cru de Kelly Reichardt, Showing Up, pourtant lui aussi lancinant et peu spectaculaire, nous avait beaucoup plu), mais The Mastermind se complait malheureusement dans une arythmie monocorde, sans vraiment de dimension à laquelle se raccrocher pour raviver notre intérêt, coupant notre connexion avec le protagoniste pour y glisser à la place un style plutôt austère et peu intéressant au final. Si tout n’est pas à jeter (on aime par exemple le casting, auquel on rajoute notamment Alana Haim, Hope Davis, Bill Camp et John Magarro), The Mastermind s’avère tomber à plat dans un film qui se refuse tellement à être un film de braquage et de cavale qu’il finit presque par refuser d’être un film tout court.

Titre Original: THE MASTERMIND

Réalisé par: Kelly Reichardt

Casting : Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro

Genre: Drame, Policier

Sortie le: 04 février 2026

Distribué par: Condor distribution

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