Critiques Cinéma

UNE PAGE APRÈS L’AUTRE (Critique)

SYNOPSIS : Suite à la découverte d’une lettre de suicide, un enseignant se lance à la recherche de l’élève qui aurait pu l’écrire. Cette enquête le replonge alors dans son propre passé.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur hongkongais Nick Cheuk ne s’empare pas d’un sujet facile. Une Page après l’Autre – qu’il écrit également – trouve ses origines dans un drame personnel vécu par le cinéaste, et relié à un fait de société bien plus large : une inquiétante hausse du taux de suicide chez les jeunes étudiants hongkongais notée en 2014-2015. Lorsque le film commence, on rencontre M. Cheng, professeur dans un lycée à Hong-Kong, portant de lourds traumatismes et tout juste sorti d’un divorce douloureux (son ex-femme Sherry est tombée enceinte et il a été effrayé par l’idée de devenir père). Un jour, Cheng trouve dans une corbeille de l’établissement une lettre, écrite par un ou une élève, faisant part d’un mal-être profond et de pensées suicidaires. Très sérieusement inquiet, il fait part de sa découverte à la Direction du lycée, qui minimise l’importance de ce texte. Le professeur décide d’enquêter lui-même sur l’origine de cette lettre, et cette histoire le replonge alors dans ses souvenirs d’enfance. Quelques décennies plus tôt, le jeune Eli Cheng rêve de devenir un jour professeur des écoles. Mais ses notes ne suivent pas, au grand dam de son père qui se montre particulièrement sévère avec lui…

En racontant cette histoire par une narration non-linéaire qui plonge dans deux temporalités se répondant par échos, Nick Cheuk trouve un équilibre qui se montre évident dès son démarrage. Nous sommes ici dans ce que l’on attend d’un mélodrame typique, gardant la parfaite distance avec son sujet pour ne pas tomber dans des excès larmoyants peu honnêtes. Une Page après l’Autre s’avère authentiquement dévastateur, par l’émotion diffuse qu’il insuffle à son récit autant que par les performances impressionnantes de son casting.

Dans le passé, c’est le jeune Sean Wong qui sort grand gagnant, signant une interprétation sidérante d’intensité et de réalisme pour donner vie à ce jeune Eli, en échec scolaire, subissant les remontrances violentes d’un système qui loue la performance à la place de l’identité, constamment comparé aux succès de son grand frère Alan et d’un système global négligeant qui noie les esprits différents sous la pression. Roland Cheng porte à la perfection cette figure paternelle écrasante, produit d’une société plus large qui s’est rendue aveugle à tout type de détresse psychologique. Dans le présent, Lo Chun-Yip incarne Cheng devenu adulte, avec une sensibilité rare, témoignant de l’empathie face à la réponse désincarnée du système scolaire lui demandant de prendre à la légère cette lettre de suicide.

Sous la photographie précise de Meteor Cheung, captant avec précision les absences de soutien, la détresse de certains regards et la mélancolie profonde derrière les apparences, Une Page après l’Autre est une grande réussite profondément déchirante, basée sur une idée intelligente révélée dans la dernière partie du film (bien que malgré tout plutôt prévisible), parvenant remarquablement à s’emparer de son sujet sans complaisance ni facilité émotionnelle, et raccrochant son propos à des tragédies bien réelles en sondant les circonstances qui mènent à de tels drames. Nick Cheung signe alors un premier film bouleversant, aussi habile humainement qu’émouvant, témoin d’un besoin net d’empathie dans le monde.

Titre Original: TIME STILL TURNS THE PAGES

Réalisé par: Nick Cheuk

Casting:  Lo Chun Yip, Ronald Cheng, Hanna Chan …

Genre: Drame

Sortie le : 21 janvier 2026

Distribué par: Wayna Pitch

EXCELLENT


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