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RAVAGES (Critique Mini-Série) Ravages se regarde, mais sans passion.

SYNOPSIS : Sarah Deléan découvre un matin que sa voisine du dessus été sauvagement assassinée. Jeune avocate, elle décide de mener sa propre enquête et se trouve entraînée, du Québec au Mexique, dans les réseaux tentaculaires d’activités minières dévastatrices.

Sophie Deraspe qui vient du cinéma s’essaie ici à l’exercice sériel, où vont se mêler des enjeux financiers, environnementaux et de santé publique. Le tout voulu comme un thriller, comme pour venir appuyer le propos et aussi certainement – car les scandales de ce type hors caméra se nourrissent de cette authentique violence-, guidée par une avidité sans limite. Tout y passe avec les propres cheminements éthiques, les questions qui vont se poser dans les liens avec sa mère, son mentor, son mari et de nombreux tiroirs qui vont venir questionner le spectateur sur les questions de loyauté et au final sur à qui l’on doit et peut vraiment faire confiance.

Si l’intention est louable et le sujet majeur, le gros problème de Ravages est le déjà vu de sa mise en scène, de sa narration, dans un rythme souvent davantage plan plan qu’haletant et qui ne nous scotche jamais vraiment au canapé. C’est toute cette difficulté de vouloir faire passer un message, tout en voulant soigner les arcs narratifs, l’attachement aux personnages et une mise en scène qui se veut provoquer un suspens majeur.

Au final, c’est un peu l’ensemble qui est survolé, l’intrigue n’est pas passionnante et à part un ou deux rebondissements potentiellement durs à anticiper, tout se voit à des kilomètres, furent-ils aussi nombreux entre Québec et le Mexique. Dans la même idée, les personnages sont effleurés et deviennent autant archétypaux que peu attachants. Cet écueil génère une forme de manichéisme global un tant soit peu agaçant, même quand on rejoint pleinement le combat et les aspirations humanistes de Sarah Deléan.

Il existe comme une torpeur constante, qui crée parfois une atmosphère étouffante pas désagréable, mais vient aussi ralentir un rythme que l’on souhaiterait tellement plus soutenu pour être ne serait-ce qu’un peu embarqués. C’est en fait comme si l’importance du sujet et la légitime volonté de dénoncer comment les intérêts capitalistes carnassiers se paient de la vie humaine et de la préservation de notre environnement étaient tellement écrasants, que la série oublie d’être série et ainsi de nous raconter plein d’histoires.

C’est un manque de complexité qui apparaît également dans Ravages. A l’image de la conversion de Sarah, car c’est quand même pour elle tout son monde qui s’effondre, son travail, possiblement son mariage et finalement l’ensemble de ce qu’elle avait construit jusqu’alors. Et puis finalement au détour d’une phrase, sur une fin d’épisode, on apprend qu’elle change de camp. C’est à l’image de la totalité des événements qui nous sont racontés dans Ravages, avec peu d’empathie et donc une réelle difficulté à accrocher aussi bien le propos que les personnages. Pour autant, on tient bon car même si le manque de profondeur pose beaucoup de problèmes, les codes sériels sont globalement respectés, donc on a dette fameuse « envie de savoir » (même si on sera pas trop surpris au final), et le sujet est tellement majeur qu’on culpabiliserait presque de ne pas aller au bout !!

Le casting est porté par Caroline Dhavernas qui impose une vraie belle présence à l’écran, très professionnelle et que l’on sent très engagée. Le personnage de Sarah passe par tant d’émotions, l’actrice fait passer tous les messages avec un talent évident. Le problème demeure sur l’écriture un brin stéréotypée qui ne lui permet pas de crever littéralement l’écran. Au final, Ravages se regarde, mais sans passion. Trop de manque nuit à l’ensemble de l’entreprise qui pourtant sur le papier était prometteuse.

Crédits : Arte

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