Critiques Cinéma

AMOUR APOCALYPSE (Critique)

SYNOPSIS : Propriétaire d’un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !

Présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025 et grand prix du jury à Cabourg la même année, le long métrage d’Anne Emond séduit avec force toutes celle et ceux qui le croisent. Un film d’une profonde justesse sur les sujets qu’il aborde, peut-être aussi car comme son personnage principal, la cinéaste a touché de près l’angoisse de l’éco anxiété, se munissant réellement de la lampe solaire thérapeutique ! Mais c’est aussi car elle a vu des proches sombrer, tant dans ce monde post apocalyptique, on peut très vite avoir peur de tout et tout le temps. C’est aussi pour ça que son film est une réponse magistrale et un sacré message d’espoir. Dans Amour apocalypse, c’est tout l’univers créatif et foisonnant d’Anne Emond qui va nous exploser à la figure. Qu’il s’agisse de l’imminence de l’apocalypse comme de la réponse universelle et toujours réinventée de l’amour, après un petit temps indispensable de mise en place, c’est chaque scène qui va devenir comme une grâce, une intensité, un traité de nos humanités contemporaines fracturées. Nos émotions autant que nos réflexions sont convoquées avec une infinie justesse et une immense humanité.

Amour apocalypse est d’un romantisme renversant et d’une poésie de chaque instant. Quand Tina et Adam sont ensemble, l’apocalypse n’existe plus. Si c’est la fin du monde, c’est le début de leur amour, et ça sublime tout. Ici, le refuge à l’effondrement, c’est l’autre, ici le refuge à l’apocalypse, c’est l’amour. Avec ce fol espoir que même quand on a peur de tout, on a le droit d’y croire encore. Le pari est ici celui de l’humanité, malgré la folie des hommes. C’est l’intimité amoureuse et charnelle de plier un drap à deux. Dans Amour apocalypse, tout fait poésie, tout fait folie. De folie, il en est question tout le temps dans Amour apocalypse, dans un enchaînement de loufoqueries, de constants décalages qui viennent sublimer une mise en scène déjà très colorée et sacrément symétrique.

Dans Amour apocalypse, sous fond de canicule et de constants et très soudains bouleversements climatiques, dans un flippant mais hilarant climat d’éco anxiété, on y trouve l’oncle du collègue de Tina qui nous explique avec jubilation que depuis que la marijuana est légalisée, il vend surtout aux mineurs ; une psy qui diagnostique Adam avec les lettres de son prénom pendant que le laveur de carreaux fait tranquillement son taf à l’extérieur ; L’employée nymphomane d’Adam qui n’en fait qu’à sa tête ; Le plaisir jubilatoire et sadique de crever les pneus d’un SUV ; Du gros foutage de gueule de la méditation pleine conscience, et nous en passons et des meilleurs. Dans Amour apocalypse, on rit, on pleure, on aime, c’est du cinéma total. La vie ne tient qu’à un a fil, et elle peut être renversée par précisément un coup de fil. Car avant Tina, Adam c’est d’abord une profonde tristesse, il est comme une pierre. Plus à l’aise avec les chiens qu’avec les hommes, Adam ne comprend pas le monde qui l’entoure avec sa quête de sens et cette impossibilité à trouver sa place, qui le fige dans une effroyable solitude, un mal des siècles qui se perpétue. Mais un appel à Tina, la téléopératrice pour une lampe solaire thérapeutique défectueuse et enfin sa vie à décoller. Comme si le bonheur se cachait partout, en fait juste à côté. Elle le rappellera pour un suivi clientèle, mais ce service après-vente est-il vraiment habituel ? … Dans la post apocalypse, rien n’est permanent, c’est une invitation à tout prendre, tant l’apocalypse est peut-être dans la seconde suivante. Planter un pommier alors que l’on sait que demain c’est la fin du monde.

Tina et Adam sont tous les deux bien enfermés, lui dans l’ancrage de sa solitude, elle dans son apparent bonheur contemporain. Comme si les deux étaient en enfer, comme si quand on choisissait un chemin, on ne pouvait pas voir les autres. L’étrangeté d’Adam est autant son drame que son charme. Un neuro atypisme qui est surtout une lucidité sur le monde. Un mec bien, un mec bon, donc un mec torturé, donc un « mec bon bizarre ». Dans Amour apocalypse, les personnages y compris secondaires sont sacrément hauts en couleurs. Et alors au casting le duo Piper Perabo et Patrick Hivon est fou. Une complicité électrique quand ils se donnent la réplique. Comme une évidence. Elle est très touchante dans sa généreuse humanité, faisant fi des bizarreries d’Adam, et au contraire en s’en amourachant de plus en plus. Elle nous fait vivre ses tourments et tiraillements avec un intensité très engagée. Un sacré numéro ! Lui est de à peu près chaque plan et son registre est considérable, dense, impressionnant. Il nous amène dans chaque recoin de son personnage, avec une gueule, une voix, des mouvements. On accède à l’intériorité d’Adam en un battement de cil. Une sacrée performance là aussi ! Amour Apocalypse regorge de pépites de tendresse, jamais dupe de rien, et en plus on finit sur un immense éclat de rire. Il faut courir en salle, car vraiment après, on a envie d’y croire… encore…

Titre original: PEAK EVERYTHING

Réalisé par: Anne Emond

Casting: Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup …

Genre: Comédie, Romance

Sortie le: 21 janvier 2026

Distribué par : L’Atelier Distribution

TOP NIVEAU

Laisser un commentaire