Critiques Cinéma

FATHER MOTHER SISTER BROTHER (Critique)

SYNOPSIS : Father Mother Sister Brother est un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux.

Cela faisait depuis 2019 – et sa comédie de zombies barrée The Dead don’t Die – que l’on attendait le retour de Jim Jarmusch derrière la caméra. Alors qu’il est sorti vainqueur du Lion d’Or de la dernière édition de la Mostra de Venise, Father Mother Sister Brother débarque en ce début d’année en France, sous la forme d’un curieux triptyque sur les non-dits à l’intérieur de trois familles sans aucun lien apparent. Le retour de Jarmusch au film à sketches (après Coffee and Cigarettes, Mystery Train ou Night on Earth) se fait cette fois sous l’axe des relations familiales, un climat très réaliste (plus réaliste que les zombies et les extraterrestres de son dernier film) où le réalisateur raconte une certaine idée du malaise en mettant en scène le retour d’une fratrie d’enfants (devenus adultes accomplis) dans leur maison d’enfance lors d’une visite presque cérémoniale auprès d’un de leurs parents.

Dans le premier tiers, se déroulant aux Etats-Unis, Jeff (Adam Driver) et Emily (Mayim Bialik) débarquent chez leur père (Tom Waits, le Father du titre). Les enfants, sujets à une distance avec leur paternel, s’inquiètent de ses demandes d’argent répétitives et tentent « subtilement » de s’assurer qu’il ne manque de rien. Dans le second tiers, cette fois en Irlande, Timothea (Cate Blanchett) et Lilith (Vicky Krieps), deux sœurs aux personnalités très différentes, se rendent chez leur mère (Charlotte Rampling, la Mother du titre) pour le traditionnel teatime familial. Et dans la dernière partie, Billy et Skye (Indya Moore et Luka Sabbat, les Sister et Brother qui bouclent le titre), deux jumeaux qui viennent de connaître un drame très violent, se rendent dans l’appartement parisien de leurs parents pour trier les dernières affaires et déballer quelques photographies familiales.

Father Mother Sister Brother s’explore alors comme une bien minimaliste trilogie, aux dispositifs filmiques aussi émincés que les intrigues internes qu’elle traverse. Chaque partie dépeint un trio (même si le dernier passe l’un des coins du triangle en hors-champ), racontant le récit d’une fratrie d’enfants devenus indépendants revenant dans leur maison d’enfance pour passer du temps avec leurs parents. Avec toute la malice et la délicatesse que l’on connaît à son cinéma, Jarmusch s’amuse alors à disséquer les relations familiales en écrivant des personnages qui multiplient les non-dits dans une valse de mensonges acceptés de tous. En résulte alors une comédie charmante sur les liens entre membres d’une même famille où la distance aurait altéré les rapports humains, où chacun joue un rôle implicite au croisement parfait entre le naturel et l’artificiel.

Si son calme lancinant, sa légèreté scénique et sa structure un peu déséquilibrée (le dernier tiers tranche assez nettement avec les deux précédents en termes de ton) empêche Jarmusch de signer un nouveau grand film, son Father Mother Sister Brother trouve malgré tout un charme certain auréolé d’un casting 4 étoiles et d’une délicatesse pertinente derrière ses gags situationnels, ses curieux personnages et ses échos qui se répètent d’un tiers à un autre. S’il ne réinvente pas le film à sketches ni la chronique familiale, il y a suffisamment à trouver dans ce nouveau Jim Jarmusch pour – comme à son habitude – explorer les méandres de l’âme humaine par les dispositifs les moins alambiqués et les portraits les plus sincères possibles. Pour peu que l’on accepte la gêne comme un témoin d’amour, ce Father Mother Sister Brother brouille alors les pistes pour devenir une jolie chronique générationnelle qui, in fine, parvient à toucher par son honnêteté flagrante.

Titre original: FATHER MOTHER SISTER BROTHER

Réalisé par: Jim Jarmush

Casting: Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik …

Genre: Comédie, Drame

Sortie le:  07 janvier 2026

Distribué par : Les Films du Losange / Scala Films

TRÈS BIEN

Laisser un commentaire