Critiques Cinéma

LA CONDITION (Critique)

SYNOPSIS : C’est l’histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits.

C’est dans le roman Amours de Léonor de Récondo que Jérôme Bonnell trouve la substance de son nouveau film (après ses deux derniers, À trois on y va et Chère Léa, sortis respectivement en 2015 et 2021). Dans un huis clos costumé, on se retrouve plongé en pleine bourgeoisie, dans le quotidien d’André, notaire de profession, et de sa femme Victoire. Leur mariage est visiblement malheureux, et suscite des questionnements en raison de l’absence d’héritier au sein du couple – les reproches fusent notamment de la part de la mère d’André, alitée par la maladie dans la résidence familiale. Nous rencontrons alors Céleste, la bonne du couple, laquelle va devenir le centre d’une suite de bouleversements lorsqu’elle tombe enceinte…

La Condition se saisit alors d’un point d’intrigue plutôt intéressant, racontant la crise d’un couple marié par arrangement et incapable d’avoir un enfant – ce qui va provoquer chez André une frustration due à ses suspicions d’infertilité. Bonnell signe surtout un film de comédiens, porté par un excellent triangle composé de Swann Arlaud, Louise Chevillotte et Galatéa Belluggi, tous les trois brillamment complémentaires et élégamment naturels dans un script parfois un peu rugueux. Ce qui aurait pu n’être qu’un énième drame bourgeois en costume se montre alors comme une délicate représentation des conséquences du patriarcat à l’intérieur d’une famille de pouvoir, captant par ce huis clos limité les tissages de relations entre trois personnages qui tentent chacun, à leur façon, de trouver un équilibre : André en présentant un héritier, Victoire en cherchant son indépendance et Céleste en étant une mère pour l’enfant qui va venir s’immiscer dans la famille. Le film scrute alors la relation qui se crée entre Victoire et Céleste, relation volontairement gardée dans un hors-champ pudique – qu’on regrette malgré tout un peu à la fin du récit tant cette intrigue aurait pu être présentée sans fard avec le bon équilibre.

Mais La Condition s’avère être plutôt réussi dans son ambition première, à savoir monter un drame d’époque intriguant, reflétant des réflexions modernes autour de l’impact du patriarcat et du conditionnement des hommes – en posant un protagoniste masculin à l’égo fragile, André est une figure à la fois écrasante et pathétique, un archétype de dominant rattrapé par ses propres insécurités. Swann Arlaud est impeccable de part en part dans son interprétation, au côté de l’excellent duo Chevillotte/Bellugi qui s’avère redoutable de délicatesse.

S’il manque un peu de profondeur dans l’étude de son propos et dans son ambition féministe affichée, La Condition parvient à donner ses lettres de noblesse au drame romantique en costume sans paraître usant ou rigide, s’octroyant le talent d’un casting délicat pour conter des problématiques modernes dans un cadre d’époque. Jérôme Bonnell compose une reconstitution bien dosée et plutôt intriguant, livrant en exergue de son récit une très belle complicité entre ses deux protagonistes féminines – à qui l’on doit également une scène finale très touchante qui touche du doigt le désir d’indépendance en mettant l’amour au centre du tableau.



Titre original: LA CONDITION

Réalisé par: Jérôme Bonnell

Casting: Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte …

Genre: Comédie dramatique, Historique

Sortie le: 10 décembre 2025

Distribué par : Diaphana distribution

TRÈS BIEN

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