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SYNOPSIS : Un jeune homme rêveur se réincarne dans cinq époques. Tandis que le XXe siècle défile, une femme suit sa trace…
Présenté au dernier Festival de Cannes où il s’est d’ailleurs vu décerner le prix spécial, Resurrection est l’une de ces œuvres qui suscitent immédiatement le débat, et divisent autant qu’elles fascinent. Ambitieux, esthétiquement irréprochable, ce long métrage signé par Bi Gan (souvent vu comme un petit prodige depuis Un grand voyage vers la nuit) se veut une déclaration d’amour au cinéma, un hommage sophistiqué qui traverse ses âges, ses formes, ses langages. Mais si l’intention est noble et l’exécution visuelle impressionnante, le résultat laisse un goût plus amer que véritablement émouvant. D’une durée assez conséquente de 2h40, le film peine à maintenir l’attention, plombé par une densité narrative qui s’alourdit à mesure que les scènes s’enchaînent. La salle dans laquelle nous avons pu voir le film en a d’ailleurs donné un indice éloquent : nombreux furent les spectateurs à quitter la séance avant la fin, signe tangible d’un désintérêt grandissant.

Resurrection s’organise autour de six segments, six histoires distinctes qui se veulent autant de fragments d’un voyage à travers l’histoire du septième art. Le film débute ainsi par un hommage au cinéma muet, magnifiquement mis en scène avec une fidélité formelle remarquable. Puis, progressivement, l’œuvre navigue entre plusieurs époques et genres cinématographiques, construisant une sorte de terrain de jeu où chaque mini-histoire explore une facette différente du médium. Ce que le film réussit à merveille, c’est sa forme. Chaque plan semble composé avec un soin maniaque, chaque changement de style s’accompagne d’un travail technique bluffant. La photographie est somptueuse et la direction artistique léchée. Rien à dire de ce côté-là : Resurrection est une œuvre pensée, conçue, digérée par un véritable amoureux du cinéma. C’est aussi, malheureusement, un film qui semble avant tout se parler à lui-même. La construction éclatée du récit, déjà exigeante, ne s’accompagne pas d’une narration suffisamment engageante pour maintenir l’intérêt du spectateur lambda. Les six histoires, pourtant visuellement distinctes, finissent par se fondre dans une même impression d’enfermement. L’absence de rythme, les dialogues souvent prétentieux et vides de sens apparent, participent à cette sensation d’un film trop intelligent pour son propre bien, qui prend plaisir à s’autocélébrer. Il ne dialogue pas avec le public : il l’observe de loin, dans une sorte de bulle autoréférentielle.

Passé l’émerveillement initial devant les prouesses techniques, une certaine lassitude s’installe. On attend une émotion, un frisson, un moment de grâce narrative, mais ils ne viennent jamais vraiment. Les histoires peinent à se distinguer par leur intérêt ; certaines sont tout simplement ennuyeuses, d’autres s’embourbent dans des discours pseudo-philosophiques qui donnent l’impression que les personnages parlent davantage pour se convaincre eux-mêmes que pour nous dire quelque chose. On ne peut s’empêcher de ressentir que le film se regarde un peu trop le nombril. Ce qui manque cruellement à Resurrection, c’est la vie. Non pas l’énergie ou l’intensité, il y en a parfois, mais cette capacité à établir un lien, aussi ténu soit-il, avec celui qui regarde. Ici, tout fonctionne en vase clos. L’univers du film est refermé sur lui-même, et les rares tentatives de poésie ou d’onirisme peinent à franchir la barrière d’une narration trop abstraite. On comprend que chaque séquence vise à explorer un sens, mais cette quête devient si conceptuelle, qu’elle finit par exclure. L’œuvre devient hermétique, presque hautaine, et cette opacité n’aide pas à la rendre attachante. Pour réellement saisir tout ce que Resurrection tente de dire, il faudrait probablement le revoir plusieurs fois. Or, le caractère fastidieux et ennuyeux de l’expérience rend cette idée peu séduisante. Et c’est là que le film divise fondamentalement. Il y aura ceux qui ne tiendront pas jusqu’au bout, peut-être même agacés par l’élitisme affiché de l’objet. D’autres, plus indulgents, y verront une tentative poétique certes imparfaite mais louable, et en apprécieront certaines fulgurances visuelles ou idées formelles. Enfin, une dernière frange, souvent critique ou cinéphile, proclamera sans hésitation qu’on tient là un chef-d’œuvre, peut-être davantage par posture que par conviction profonde. Car Resurrection, malgré toute sa sophistication, est aussi à sa façon un cliché : celui d’un cinéma ultra-référencé, si soucieux de rendre hommage qu’il en oublie d’exister par lui-même. Une grande entreprise, certes, mais qui finit par tourner à vide.

Resurrection est donc un film profondément ambivalent. D’un côté, il témoigne d’un amour sincère et érudit pour le cinéma, qu’il honore avec une maîtrise technique remarquable. C’est un projet audacieux, hors norme. De l’autre, il s’enlise dans une narration prétentieuse, éclatée, presque hostile à son spectateur. Sa longueur et sa densité ne seraient pas un problème si le film proposait en retour un souffle émotionnel ou narratif. Mais ce n’est pas le cas. Difficile d’accès, souvent hors-sol, Resurrection déroute plus qu’il ne captive. Il ne manque ni d’idées, ni de talent, mais pèche par excès de cérébralité. Reste un dernier moment de grâce : un plan final tout simplement superbe, qui laisse entrevoir ce que le film aurait pu être s’il avait su ouvrir un peu plus son cœur.

Titre Original: KUANGYE SHIDAI
Réalisé par: Bi Gan
Casting : Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao…
Genre: Drame, Policier, Science fiction
Sortie le: 10 décembre 2025
Distribué par: Les Films du Losange
MOYEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































