Critiques Cinéma

JAY KELLY (Critique)

SYNOPSIS : Le célèbre acteur de cinéma Jay Kelly entreprend un voyage introspectif à travers l’Europe avec son fidèle manager.

Jay Kelly marque le retour attendu de Noah Baumbach, toujours sur Netflix, après avoir signé Marriage Story et White Noise pour la plateforme rouge – et offre à George Clooney un rôle proprement taillé sur mesure. On y suit le Jay Kelly du titre, une star de cinéma au top de sa popularité malgré ses cheveux grisonnants. Mais en dépit de ce succès continuel, la vie de Jay va être chamboulée par une série de changements : son mentor vient de mourir, sa fille cadette part à l’université sans dire au revoir et un ancien ami d’adolescence refait surface pour le replonger au début de sa carrière. Dans la vie de notre icône de cinéma, ces bouleversements vont pousser Jay à entreprendre un périple à travers l’Europe pour se reconnecter avec les proches qu’il a perdu au fil des années.

Si Noah Baumbach s’est illustré dans sa sensibilité et dans l’élégance de son cinéma, proposant des peintures honnêtes de personnages proprement authentiques, ce nouveau long-métrage se complaît bien plus dans l’hommage un brin égocentré autour du milieu du star system américain. Au démarrage, la caméra nous emmène, le long d’un travelling, sur le tournage du nouveau film de notre protagoniste. Façon méta, nous découvrons alors l’autre côté de l’écran, naviguant entre le matériel technique et l’équipe qui s’affaire à bâtir l’illusion. Jay Kelly a désormais 60 ans, et malgré son charisme intact il en vient à comprendre qu’une ère se termine. A l’annonce de la mort de son mentor, celui qui l’a repéré au début de sa carrière, son esprit devient scène d’une remise en question existentielle. Lorsque sa fille cadette décide de partir en road trip en Europe avec ses amis au lieu de passer, comme prévu, ses derniers mois aux Etats-Unis aux côtés de son père, Jay entreprend un voyage confus et multiple à travers la France et l’Italie.

Il va sans dire que, dès l’introduction du film, l’on comprend aisément que Jay Kelly n’est qu’un subterfuge, un alias évident, tant le protagoniste que Noah Baumbach met en scène semble être une projection de Clooney lui-même à l’écran. Jouant le cadre de la fiction/non-fiction, bâtissant façon film à tiroirs la crise existentielle d’un artiste/père de famille/personnalité publique avec un certain ego qui pèse souvent par sa présence un brin mal placée. Mais cette peinture permet surtout à ses comédiens de livrer des prestations passionnantes pendant tout ce périple métaphysique, entre Adam Sandler en manager intense, Laura Dern en publiciste overbookée, Billy Crudup en ancien meilleur ami empli de reproches et Riley Keough et Grace Edwards dans les peaux des deux filles Kelly qui cherchent chacune à leur manière à sortir de l’ombre de leur père. Le tout est habité par un grand George Clooney, dans ce qui est visiblement un drôle de rôle de composition, une partition qui lui permet de creuser dans sa palette d’émotions assez librement et dans un cadre impressionnant de contrôle afin de jouer avec sa propre image à sa guise.

Si la finalité de ce road trip semble manquer d’une certaine dose d’authenticité, et qu’il s’avère parfois trop pesé par son monde refermé sur lui-même, Jay Kelly offre pourtant un périple de cinéma à la fois touchant et onirique, une réflexion un brin décalée et délicate sur la magie de l’écran et sur le dur retour à la réalité. En proposant une dissection du star system hollywoodien en forme d’hommage à une vie dédiée à faire rêver les foules, tout en se montrant honnête sur les failles de ces artistes absents pour leur entourage (ce thème, cette année déjà traité par le fantastique Valeur Sentimentale de Joachim Trier, est projeté sur cet alter ego de Clooney par le biais de ses filles et de ses meilleurs amis), Jay Kelly n’est pas exempt de défauts mais s’avère in fine bien plus nuancé et émouvant que ce que l’on pouvait en attendre. Et par le biais d’une séquence finale mettant en exergue la carrière de sa tête d’affiche, Noah Baumbach raconte tendrement – et avec quelques détours – le moment venu de faire les comptes de toute une vie.

Titre original: JAY KELLY

Réalisé par: Noah Baumbach

Casting: George Clooney, Adam Sandler, Laura Dern …

Genre: Comédie, Drame

Sortie le: 5 décembre 2025

Distribué par : Netflix

TRÈS BIEN

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