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VALIDÉ (Critique Saison 3) Une saison sympathique, mais clairement anecdotique …

SYNOPSIS : William et Brahim ont fait d’Apash Music une vraie réussite. Le label vient justement de signer la dernière sensation musicale : le groupe Cobra, mené par Zak et Salif, un duo de jeunes rappeurs prêts à s’imposer dans le game. Malgré ce succès, l’équilibre du label est en réalité plus fragile. Entre des accusations de fraude et le retour de vieux démons, Apash Music risque tout simplement de disparaître. Et lorsqu’une guerre d’égo éclate entre leur deux nouvelles pépites, William et Brahim auront du mal à contenir une inévitable escalade de violence…

Quatre ans après une saison 2 dispensable mais tout de même sympathique, Validé revient ce lundi avec une troisième saison au format resserré de huit épisodes. Une surprise relative tant le sujet semblait avoir déjà été exploré sous toutes ses coutures, et alors même que Franck Gastambide paraissait lui aussi incertain quant à l’intérêt d’une suite. Mais face au succès populaire de la série, il était difficile d’imaginer la franchise s’arrêter là. Cette nouvelle saison arrive donc avec l’hypothétique promesse d’un renouvellement d’idées et un poil de fraîcheur, mais aussi avec la lourde tâche de convaincre des spectateurs qui, quatre ans plus tard, ont peut-être laissé l’univers leur échapper.

Il faut bien l’admettre : les deux premiers épisodes n’ont pas facilité pour nous la réimmersion. Dès le début, Validé saison 3 peine à retrouver son intérêt. L’intrigue, souvent capillotractée, cumule temporalités expédiées et facilités scénaristiques qui n’aident pas le spectateur à replonger dans l’univers. Quant aux dialogues, souvent mièvres, ils n’offrent pas toujours un terrain favorable aux actrices et acteurs dont le jeu se révèle régulièrement inégal. Pourtant, ces défauts ont toujours fait partie de l’ADN de la série, mais passé l’effet de surprise, la caricature prend de plus en plus le pas sur la vraisemblance, jusqu’à presque menacer de faire décrocher. Pourtant, passé ce démarrage en dents de scie, on se reprend assez vite au jeu. La série réussit partiellement à se renouveler, non pas en revenant à l’essence musicale de ses débuts, mais en recentrant son intrigue sur les tensions internes, les trahisons et les coups bas qui entourent l’ascension de nouvelles figures. Le duo formé par Zak et Salif, interprétés respectivement par Delil OzhanD2L” et Heardley StinvilYadley”, en est l’illustration la plus marquante. Leur relation, présentée d’abord comme fraternelle, se fissure d’épisode en épisode, jusqu’à devenir le principal moteur fratricide dramatique de la saison. Ce choix narratif confère une tonalité plus sombre et tendue à l’ensemble, dans la continuité d’une saison 2 déjà axée sur les rivalités plutôt que sur la musique.

Autour du duo de Zak et Salif gravitent les figures désormais bien installées du business : William (Saïdou Camara), Brahim (Brahim Bouhlel) et Mounir (Adel Bencherif). Cette saison cherche justement à creuser un peu plus certains de ces personnages secondaires, notamment William, dont les dilemmes gagnent en épaisseur, et Brahim, auquel sont offerts quelques faits d’armes permettant enfin de le sortir de sa fonction habituelle de boulet comique de service. L’apparition d’un cousin de Brahim, en revanche, peine à trouver sa justification dans le récit, donnant l’impression d’un ajout dont la série ne sait pas trop quoi faire, comme si pour hisser Brahim il fallait lui donner un faire-valoir à l’allure improbable mais au comportement finalement pas si déconnant. La série développe également davantage le personnage de Najat (Alicia Hava), la sœur de Mounir, un apport intéressant mais qui aurait mérité encore plus de place tant elle enrichit surtout fonctionnellement les dynamiques déjà installées. Parallèlement à la scission progressive du duo principal, Apash Studio n’est pas épargné par les tensions internes, accentuant l’impression d’un univers désormais entièrement gouverné par les affrontements, les rivalités et la violence. Ce recentrage a néanmoins un prix : contrairement aux saisons précédentes, la dimension musicale, pourtant cœur battant de Validé, semble reléguée au second plan. Les sons joués manquent d’éclat, l’ambiance musicale paraît moins immersive, comme écrasée par des enjeux narratifs de gangsters éparpillés ici et là. La série s’éloigne de plus en plus de son ADN originel pour s’installer dans un registre urbain, où les coups bas et les règlements de compte priment sur la création artistique.

Au final, cette troisième saison de Validé se suit sans peine. Malgré ses facilités scénaristiques à la pelle, elle semble plus que jamais pensée pour le binge-watching, avec des épisodes rythmés, faisant fi de presque tout réalisme, une tension constante et une mécanique qui s’emballe suffisamment pour maintenir l’attention. La porte est même clairement ouverte à une quatrième saison. Pourtant, difficile d’affirmer que cette saison laissera un souvenir impérissable. Validé devient, malgré elle, un produit de fast food audiovisuel : on le dévore rapidement, on y prend un certain plaisir, puis on passe déjà à autre chose. Le show propose à chaque fois une suite plus ou moins alambiquée à ce qui aurait peut-être dû rester un one-shot brillant. Il demeure toutefois des personnages attachants (mais globalement lisses), quelques moments savoureux et un effort sincère des scénaristes pour renouveler la dynamique interne du récit. En bref : une saison sympathique, mais clairement anecdotique, qui confirme que Validé n’a sûrement plus la fraîcheur de ses débuts.

Crédits : Canal+

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