Critiques Cinéma

AMOURS CHIENNES (Critique)

SYNOPSIS : Mexico. Un tragique accident de voiture. Les extremes de la vie, sous l’angle de trois histoires radicalement différentes: Octavio, un adolescent qui a decide de s’enfuir avec la femme de son frère; Daniel, un quadragénaire qui quitte sa femme et ses enfants pour aller vivre avec un top model; El Chivo, un ex-guérillero communiste devenu tueur a gages, qui n’attend plus rien de la vie.

Dans le paysage cinématographique international moderne, peu de cinéastes peuvent se targuer d’avoir une carrière comme celle du réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu. A l’origine, avant ses Babel, Biutiful, Birdman et autres The Revenant, le metteur en scène s’était illustré avec un premier long-métrage à la forme très singulière, et l’on a désormais la chance de pouvoir (re)découvrir Amours Chiennes dans une toute nouvelle restauration 4k. Le film raconte façon tableau choral 3 histoires enchevêtrées les unes dans les autres. Trois groupes de protagonistes reliés par un évènement tragique, où l’on suit successivement : un amoureux mettant les pieds dans la dangerosité de la criminalité de Mexico ; une top-model populaire qui voit sa vie bouleversée ; un sans-abri tueur à gages amoureux des chiens. Les deux points communs de ces différentes histoires : la présence de canidés et l’intervention d’un drame qui lie ces trois personnages n’ayant – en apparence – rien à voir.

Iñárritu dégaine alors dès son premier long-métrage un style particulièrement immersif pour nous plonger tête la première dans le quotidien d’Octavio – son premier protagoniste, interprété par un jeune Gael García Bernal en grande forme. Désespérément amoureux de Susanna (Vanessa Bauche), la petite amie de son frère truand Ramiro (Marco Pérez), Octavio tombe dans une spirale en « empruntant » le chien de son frère afin de le faire combattre pour son profit. La photographie est rauque, presque brute, les personnages sont taillés dans le béton, le scénario du film ne va pas tarder à les emmener chacun à leur rythme au fond du trou en fabriquant une vraie petite tragédie faite maison pour relancer l’intrigue sur notre deuxième partie. On y rencontre alors Valeria (excellente Goya Toledo), une top-model espagnole à la popularité exponentielle, que l’on suit dans son installation avec son nouveau compagnon, Daniel (Álvaro Guerrero), éditeur célèbre dont le divorce avec son ex-femme a fait les gros titres. Lorsque le chien de Valeria tombe dans un trou dans le plancher, le couple va chuter de son piédestal et connaître une étrange descente dans la folie… Dans son troisième et dernier tiers, on retrouve « El Chivo » (Emilio Echevarría), un sans-abri que l’on a aperçu en arrière-plan plus tôt dans le film. Accompagné de sa meute de chiens errants, il arpente les rues de Mexico en racontant sa gloire passée et en exécutant ponctuellement quelques contrats…

Sa structure chorale, centrée sur ses protagonistes qui voient leurs routes se croiser lors d’un évènement choc, traduit alors l’amour d’Iñárritu pour les récits humains, schéma qu’il réempruntera et peaufinera encore plus dans ses deux films suivants, à savoir 21 Grammes et Babel (les 3 films sont communément appelés « La Trilogie de la Mor »). Dans Amours Chiennes comme dans la suite de sa carrière, son cinéma est âpre, ses protagonistes tordus par leur orgueil, leur paranoïa ou leur cupidité, et la violence fait partie intégrante d’un monde qui se délite. Iñárritu filme et écrit ses personnages avec une once de misanthropie, chacun étant quasiment condamné dès le commencement à voir sa vie péricliter tragiquement.

Si la première partie du film, celle centrée sur Octavio, est assurément supérieure aux deux autres, ces 2h30 de retournements spectaculaires offrent un premier long-métrage rude et mal aimable, une odyssée chorale étrange et tordue qui raconte la violence des hommes par la façon dont ils traitent leurs chiens tout au long de ces 3 curieux chapitres à combustion lente. Pas encore le magnum opus de son réalisateur certainement, mais un premier pas franc et un peu chaotique vers un cinéma aussi foutraque que spontané dont on ressort lessivés et un peu aigris.

Titre Original: AMORES PERROS

Réalisé par: Alejandro González Iñárritu

Casting:  Goya Toledo, Alvaro Guerrero, Jorge Salinas …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le : 1er novembre 2000

Reprise le : 29 octobre 2025

Distribué par: Metropolitan FilmExport

EXCELLENT

Catégories :Critiques Cinéma

Laisser un commentaire