Critiques Cinéma

FREUD, LA DERNIERE CONFESSION (Critique)

SYNOPSIS : À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sigmund Freud s’est réfugié à Londres, en compagnie de sa fille Anna. Sous l’effet de l’âge et de la maladie, la star mondiale de la psychanalyse s’est changée en un vieillard aigri et capricieux. Mais la curiosité du professeur est piquée au vif lorsqu’un certain C.S Lewis, romancier et chrétien revendiqué, le mentionne dans l’une de ses publications. Leur rencontre autour de la question de Dieu va tourner au duel…

Le contexte de cette « dernière confession » a beau se placer au centre d’évènements bien réels, c’est à un récit mythologique que s’intéresse le réalisateur Matthew Brown et son co-scénariste Mark St. Germain. Ce sont deux mythes qu’ils font se collisionner le temps d’une fantaisie tirées des derniers jours de la vie de Sigmund Freud. On le sait de source sûre : la veille de sa mort, le père de la psychanalyse a reçu un ultime patient : Brown et St. Germain lui imaginent un visage, celui de C. S. Lewis, à l’époque jeune auteur britannique au succès grandissant, que l’on connaîtra notamment quelques décennies plus tard pour la saga du Monde de Narnia. Alors que la Seconde Guerre Mondiale vient tout juste d’éclater en Europe, cette rencontre impromptue entre Lewis et Freud va engager une discussion vive sur une multitude de sujets et de questions existentielles. Celle au centre de tout : Lewis cherche notamment à échanger sur l’existence de Dieu.

De part sa nature d’imagination historique, mettant au premier plan une rencontre purement fictive entre deux icônes de leurs époques et de leurs domaines respectifs, cette « Dernière Confession » (traduction bancale du « Last Session » plus juste dans le titre original) n’a nullement vocation à se prétendre biopic. Il se raconte à travers les débats enflammés de Freud et Lewis, dans une joute verbale (et très verbeuse), là aussi nullement pamphlet philosophique. Brown met en scène la confrontation entre deux esprits brillants aux réflexions parfois contradictoires, parfait vaisseau narratif pour raconter à la fois la psyché de ses protagonistes, mais aussi un échange redoutable sur de nombreux sujets existentiels.

Sigmund Freud, interprété avec tout son talent par un solide Anthony Hopkins, est filmé au crépuscule de sa vie, malade – presque déjà un pied dans la tombe – et doté d’une éternelle aigreur face à l’humain. C. S. Lewis, impeccable Matthew Goode qui tient un parfais contre-champ à Hopkins, est un fervent chrétien – et c’est cette différence qui fera décoller la conversation entre les deux hommes. Dans un face-à-face théâtral (le script est adapté d’une pièce), récité en huis-clos dans le cabinet de Freud, recevant les nouvelles de l’extérieur et de la guerre venant d’éclater par bribes de flashs radio, La Dernière Confession s’assume exercice de style un peu pompeux mais parfait d’intensité dans ses échanges intellectuels construits pour être accessibles au spectateur néophyte en philosophie. Le film raconte, à cet égard, différentes facettes d’une même pièce, posant son analyse constante sur les débats de ses deux protagonistes, disséqués par divers flashbacks pour remettre en contexte leurs propos. Cette narration pose alors quelques défauts, notamment un trop-plein d’informations pas toujours essentielles et un manque de développement sur certaines idées (on pense notamment à l’intrigue d’Anna Freud, très pertinente et habitée avec soin par Liv Lisa Fries mais souvent cantonnée à un arc secondaire dans la périphérie des diatribes de son père).

Sous la photographie sobre et efficace de Ben Smithard, Freud La Dernière Confession raconte un choc des titans parfaitement verbal, un échange au rythme maîtrisé qui compense son manque d’action par un reflet intriguant des deux figures centrales qu’il fait se rencontrer le temps d’une joute en bonne et due forme aux interprètes remarquables. On regrettera une ambition un peu trop imposante pour son exécution, donnant parfois l’impression de quelques pistes pas réellement explorées comme elles le mériteraient, mais Brown et St. Germain réussissent à livrer un exercice littéraire notable et une jolie performance de huis-clos dont on aurait aimé voir plus !

Titre Original: FREUD’S LAST SESSION

Réalisé par : Matt Brown

Casting : Anthony Hopkins, Matthew Goode, Liv Lisa Fries  …

Genre: Drame

Sortie le: 4 juin 2025

Distribué par: Condor distribution

TRÈS BIEN

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