Critiques Cinéma

NOUVELLE VAGUE (Critique)


SYNOPSIS : Ceci est l’histoire de Godard tournant « À bout de souffle », racontée dans le style et l’esprit de Godard tournant « À bout de souffle ».

Le cinéaste Richard Linklater à qui l’on doit notamment Before Sunrise (1995) et ses suites, Boyhood (2014) et Hit Man (2023), rend ici hommage à la Nouvelle Vague en général, et à Godard en particulier. C’est un peu le Godard d’avant Godard. De prime abord, on est en droit de se dire, est-ce un film documentaire qui va se regarder le nombril, comme le cinéma qui parle de cinéma sait en produire, en mode objet uniquement conçu pour des cinéphiles ? Et bien pas du tout, et c’est même l’exact inverse !! Nouvelle vague est une déferlante, avec toute la fraîcheur et l’esprit révolutionnaire de la nouvelle vague, qui est là sous nous yeux. C’est un peu comme assister au making-of d’À bout de souffle (1960), avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, quelques 55ans après et c’est passionnant. Alors oui il faut aimer un minimum le cinéma, mais pas besoin d’être un inconditionnel amoureux de son histoire pour juste ressentir de vrais plaisirs simples devant cet objet assez inattendu.


Faire un film, c’est faire la révolution répète sans cesse Godard, et si le film est diablement intelligent sur le cinéma, c’est aussi et au-delà même de la cinéphilie, l’histoire d’un homme libre qui va au bout de ses idées et peu importe les codes. Il conserve une radicalité qui prête à des scènes parfois jouissives, tant on sourit tout le temps et on se marre beaucoup devant Nouvelle vague. C’est ce critique des Cahiers du cinéma que l’on voit éclore en même temps que ses potes Truffaut, Chabrol et Rohmer, qui est tour à tour emprunté, méprisant, prétentieux, mais tellement intelligent, drôle, généreux, bref totalement imprévisible. Si faire un film c’est la révolution, faire un film avec Godard, c’est révolutionnaire. Il suffit de constater les sidérations, agacements ou incompréhensions de ses acteurs et techniciens, quand après avoir tourné une scène, il enchaîne sur…  » On passe à la suivante  » !! Pas d’autres prises, Godard veut de la vie, de la vraie, du réel. Il a trop peur de la récitation, du plaqué. C’est tout le processus créatif d’un homme, et qui plus est ici d’un génie qui nous est montré et c’est passionnant tout le temps.


Godard est un peu fou, il écrit les scènes une heure avant l’arrivée des acteurs pour que justement ils soient eux-mêmes, car « plus on répète, plus on s’éloigne de la vie », il se bat mais genre physiquement avec son producteur Georges de Beauregard, il décide après une heure de tournage que la journée de travail est terminée, tout est folie. En face c’est l’incrédulité, sauf Belmondo qui se marre et semble trouver ça normal : « C’est Jean-Luc« . Rien ne l’atteint Belmondo, quelle force, déjà !! Nouvelle vague est une anatomie réjouissante de l’esprit de créativité de l’artiste, et c’est aussi une approche toute en tendresse car si Godard est bien sur ici sanctuarisé, il est aussi un peu moqué parfois, mais tout en sachant se moquer de lui-même. Et on devine aussi une forme de dévotion, y compris de ses équipes, même Jean Seberg, qui si elle a failli se barrer du plateau à de nombreuses reprises, consternée par les méthodes de tournage, elle va progressivement complètement s’y fondre. Pour qui plus est le rôle qui sera au final le plus marquant de sa carrière.


Au casting, Zoey Deutch est parfaite dans l’interprétation de Jean Seberg. Elle s’empare avec grande précision de ce rôle de diva sympathique et fait passer bon nombre d’émotions comme qui rigole. Pour Belmondo, les gimmicks de Aubry Dullin pour imiter l’icône sont un peu déstabilisantes au début, mais on s’y fait et ça identifie clairement le personnage. Mais c’est bien l’inconnu de la bande qui écrase tout !! Guillaume Marbeck dans le rôle de Godard himself est à tomber !! Quelle virtuosité dans le jeu. Il n’imite pas, il est ! Il impressionne et donne encore plus de crédibilité au récit. Il est fascinant et pourrait bien recevoir quelques prix, ce que nous ne savons pas au moment de cette publication. Souhaitons-lui de recevoir autant de plaisir qu’il nous en a offert.Au final, Nouvelle Vague est un film profondément réjouissant, et pas du tout un documentaire poussiéreux. C’est plutôt une ode à la liberté, un objet vibrant et clairement indispensable au cinéma !

Titre Original: NOUVELLE VAGUER

Réalisé par : Richard Linklater

Casting : Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin…

Genre: Comédie

Sortie le: 8 octobre 2025

Distribué par: ARP Sélction

EXCELLENT

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