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SYNOPSIS : Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?
Adaptation du roman éponyme de Fatima Daas, publié en 2020, La petite dernière est le troisième long métrage d’Hafsia Herzi et qui intègre la compétition officielle du 78ème festival de Cannes. Juste après avoir décroché son César tellement mérité cette fois ci en tant qu’actrice dans le très réussi Borgo de Stéphane Demoustier, la cinéaste nous propose ici une véritable exploration de son personnage principal, à un âge de tous les doutes mais aussi de tous les possibles. C’est peu dire que La petite dernière va aller explorer les turpitudes qui vont envahir Fatima. Et avec la caméra d’Hafsia Herzi, quelle émotion !! Quelle intelligence !! Quelle liberté !! Quel renversement !! Quel message !! Quelle puissance !! Quel Rythme !! Quel cinéma !! La virtuosité ne retombe jamais ! Pas de rupture de narration, on pourrait suivre la cinéaste des heures entières en étant pris dans la même intensité. Cette façon de filmer les corps, l’amour, les mouvements, les immobilismes même, car Fatima est souvent tout en raideur, il est difficile de ne pas penser au cinéma de Kechiche, dense, sans cassure et là où tout a commencé pour Hafsia Herzi avec La graine et le mulet en 2007. Sauf que la réalisatrice fait son propre cinéma dans une contemporanéité tellement pop, sensuelle, et toujours avec une profonde tendresse mais en ne contournant jamais les complexités ! Du cinéma total en somme !

Ce que raconte La petite dernière est au diapason de la mise en scène. C’est la quintessence du questionnement identitaire d’aujourd’hui, car adolescente, musulmane pratiquante et qui se découvre lesbienne. Fatima va vouloir vivre toutes ses identités à la fois, car nous sommes des êtres de tout, et il ne devrait pas exister d’incompatibilité dans ces aspirations-là. Sauf que par bien des biais, aussi bien dans la discussion lunaire avec l’imam que dans les dialogues avec sa famille qu’elle chérit tant, Fatima perçoit leurs impossibles à eux, qui vont donc s’imposer à elle. Comme une honte si pressante dans le cœur de Fatima, dont il est si dur de se délivrer. Et c’est bouleversant. Fatima va composer, découvrir et fatalement faire ses choix sans jamais renoncer à ce qui l’anime. Tous ces questionnements si incroyablement importants sur la liberté, celle du choix des femmes vont se traduire par le partage de l’intériorité de Fatima et comme elle a tant d’amour à donner, c’est juste sublime d’être avec elle tout le temps.
Et puis, elle va vivre sa première vraie grande histoire d’amour, et ce tourbillon va nous emporter avec elle. La puissance empathique de cette romance va nous frôler au début puis forcément à un moment on va souffrir au moins un peu avec elle. Mais dans l’intervalle, pour quelques minutes d’insensé insouciance, juste quelques instants d’amour total, on va voir Fatima rayonner comme jamais, et justement ses raideurs s’effacer, son corps se libérer. Si La petite dernière nous fait immanquablement penser à La vie d’Adèle (2013), (tiens, encore Kechiche) dans cette sublimation de la liberté par le corps, le film d’Hafsia Herzi a son énergie en propre et une singularité que l’on retrouve bien sûr dans la densité intellectuelle et la sensibilité de la réalisatrice. Et l’une comme l’autre semble tellement inépuisables. C’est du grand cinéma de son époque, romanesque, important et qui nous dit avec beaucoup d’espoir tant de ce que nous sommes. Du cinéma qui fédère et qui juste fait du bien !

Au casting, Nadia Melliti est dévastatrice !! Le rôle d’une vie, ça on ne le sait pas encore, mais d’un début de grande carrière c’est le minimum. Tant elle sait varier les émotions de Fatima, qui sont tellement complexes et contrariés. Une forme de placidité déconcertante qui quand elle est face à des émotions nouvelles, est bouleversante. A suivre avec une immense attention ! Tous les autres sont au diapason, car Hafsia Herzi en plus de tout le reste maîtrise aussi sa direction d’acteurs avec un évident talent ! On appréciera particulièrement l’énergie et même la folie de Mouna Soualem que l’on voit un peu partout en ce moment et c’est à chaque fois beaucoup, mais genre beaucoup de kiff. On oubliera pas de sitôt son « 1,2,3 Vive les lesbiennes !!! » Le petite dernière est un grand miracle vibrant de cinéma, on en redemande partout, tout le temps, merci Hafsia Herzi !!

Titre Original: LA PETITE DERNIÈRE
Réalisé par: Hafsia Herzi
Casting : Nadia Melliti, Ji-Min Park, Louis Memmi…
Genre: Drame
Sortie le : 1er Octobre 2025
Distribué par: Ad Vitam
CHEF-D’ŒUVRE
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2025, Les années 2020









































































































































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