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SYNOPSIS : 1995. Lidia, jeune recrue ambitieuse de l’anti-terrorisme, est envoyée à Peranne, pour enquêter sur le scalp d’un imam, aux côtés de Jean, gendarme désabusé, hanté par ses souvenirs de la guerre d’Algérie. 25 ans plus tard, l’ancien maire de Peranne est assassiné. Et alors que Lidia est au faîte d’une carrière en apparence irréprochable, Jean disparaît du jour au lendemain. Le passé que tous croyaient définitivement enterré refait surface…
Cimetière indien, série policière créée et écrite par Thomas Bidegain et Thibault Vanhullea a pour vocation à en croire ses auteurs de faire se rencontrer « la France contemporaine en faisant dialoguer deux époques qui auraient en quelque sorte des choses à se dire. » Sans que la série assène un discours politique ou se gargarise d’excès didactiques, elle observe puis elle démontre par les faits et actes de ses protagonistes.
Cimetière indien est aussi et surtout une pure série policière façon thriller qui génère chez le spectateur un puissant sentiment de satiété. A ce sujet, Thibault Vanhuella évoque que « True Detective, particulièrement la saison 1, a été une source d’inspiration évidente dans cette enquête un peu poisseuse, dans un environnement naturel et à la fois hostile mais grandiose« . Ici, le décor est périurbain, au Sud certes, mais celui de la désindustrialisation, du chômage, de la précarité, ce qui est assez rare dans ce type de productions. Une ambiance qui instille comme une torpeur, une atmosphère très propre à une série qui vient ici créer quelque chose, donc nous surprendre et parfois même générer comme une légère fascination. C’est aussi tous les sons du sud, majorés ici par une bande originale qui fait parfois penser à celle du fabuleux La nuit du 12 (2022) avec Olivier Marguerit en commun créateur. L’image avec la caméra de Stéphane Desmoustier, dont on connaît le talent pour aller capter les ambiances, s’associe à une mise en scène très noire, malgré un soleil que l’on ressent nous même comme particulièrement écrasant.
Ici on ne regarde pas le soleil en face, la vérité non plus. Tel est le sous-titre de la série. Une vérité qui éblouit un peu trop, et dont l’enfouissement va traverser les époques. Les lâchetés faciles, les renoncements éthiques face au rouleau compresseur mercantile vont s’accumuler, en couvrant parfois le pire. Cimetière indien, c’est aussi toute cette confrontation entre deux époques, qui dès le générique du début avec la superposition des deux logos et musiques de Canal, années 90 et aujourd’hui. C’est aussi une évolution sociétale, notamment sur le regard porté vers les arabes, et une proximité chronologique encore trop existante avec la guerre d’Algérie dans un racisme ordinaire encore très décomplexé. Avec ceux qui en étaient qui sont encore là, comme s’il s’agissait d’un prétexte pour ne pas évoquer l’histoire dans son entièreté et la peur tout juste avouable ne pas froisser le drapeau national. Raison fallacieuse car malgré quelques logiques évolutions, les livres d’histoire semblent encore aujourd’hui insuffisamment prolixes sur les hontes hexagonales. Si la mémoire divise, l’histoire réconcilie.
C’est ce regard social et sociétal, ce décryptage qui est ici porté grâce au révélateur de l’âme sombre du polar. C’est aussi au-delà des époques la façon dont les héros vont également se transformer. Particulièrement le personnage de Lidia, car celle du passé est terriblement idéaliste et quasi intransigeante sur ce qui doit faire justice et morale. 30 ans plus tard, la voilà préfète, avec une rigidité forcément plus affirmée, mais aussi on l’imagine un certain nombre de compromis à trouver ou de couleuvres à avaler, c’est selon. En tous les cas c’est ici très universel dans ce qui lie chacun d’entre nous à son passé.
Cimetière indien fait référence au poète Jean Sénac, qui dit beaucoup du message porté par la série, et dont voici quelques extraits : « La nuit fut longue, innommable la haine, nous allons pardonner mais nous n’oublierons pas afin que plus jamais la haine ne surgisse. Nous allons rendre l’homme à l’homme. A la place des cris, nous allons mettre les actes. A nouveau le soleil bronze le corps du peuple. Dans les yeux du soleil, plantons notre certitude. «
Extrait lu dans la série par Mouna Soualem dans le rôle de Lidia, qui aimante la caméra avec un jeu sans fioritures mais qui pourtant s’ancre en nous. Elle est magistrale dans la série, autant dans sa fougue des années 90 que dans une forme de résignation pas encore complètement actée à notre époque. Elle écrase tout et c’est un pur bonheur !! Face à elle, Olivier Rabourdin tout en placidité, aussi car c’est ce que l’écriture du rôle exige, ce qui lui sied pleinement. Denis Eyriey dans une forme d’irascibilité dans son rôle de flic, y instille une dose de douceur et de complexité qui le rende très présent.
Et puis il y a comme une révélation, celle de Idir Azougli, en forme d’enfant sauvage, sans aucun code, et qui cherche à comprendre ce qui le dépasse. Un jeu toute en animalité, très impressionnant et prometteur pour le jeune homme, tant il est comme une évidence que le potentiel est majeur. Enfin, le plaisir jamais inassouvi, et même la surprise pour un petit rôle, de retrouver Hafsia Herzi, tout récemment césarisée avec Borgo (2023) d’un certain… Stéphane Demoustier. Elle est là, bien là et toujours aussi envoutante d’authenticité. Au final, Cimetière indien se démarque par une atmosphère unique, dont il est sur le moment presque impossible de ne pas adhérer puis ensuite bien compliqué de se défaire. Une vraie belle réussite !!
Crédits : Canal +








































































































































