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SYNOPSIS : Lycéenne de 16 ans, Nismet vit dans une petite ville de la région marseillaise, entre une mère dépressive et un beau-père tyrannique et violent. Alors que ce dernier tente de l’agresser sexuellement et devant la passivité de sa mère, la jeune fille fugue… De foyer en foyer, et face à la tragédie qui touche bientôt sa famille, elle devra trouver la voie de l’émancipation et arracher son indépendance.
C’est la véritable Nismet, Hrehorchuk de son nom d’épouse, qui a demandé à Philippe Faucon de porter son histoire à l’écran, pour rendre justice à sa mère, broyée par un système judiciaire sourd à sa détresse, après avoir subi la violence d’un mari puis d’un compagnon. Mais au-delà de l’histoire personnelle dont Nismet Hrehorchuk va devenir ici la co-autrice, existe aussi l’envie salutaire de montrer que même dans un parcours chaotique, notamment de placement à l’Aide Sociale à l’Enfance, malade de l’indifférence budgétaire, la résilience est possible, on peut s’en sortir et déplacer quelques montagnes. Ce parcours de combattante sera déplié avec une puissante minutie tout au long de la narration, et on ne quittera quasiment jamais Nismet des yeux. C’est aussi tout le style du réalisateur, qui au regard de sa filmographie maîtrise à souhait l’art du conteur du quotidien en contournant toujours le pathos et à l’inverse en rendant terriblement visuelles de dramatiques histoires de vie.

Celle dont l’histoire est filmée ne dit pas autre chose : « Parce que, dit-elle, depuis toute petite j’ai besoin de raconter ma vérité. C’est une double émancipation, cette série. J’ai toujours été une émancipée de la vie. En plus de ça, j’ai été jetée dans la gueule du loup de la vie adulte, beaucoup trop jeune. J’ai connu des situations dans ma vie qu’aucun enfant ne doit vivre. J’ai tout de suite fait le rapprochement entre Philippe Faucon et sa façon de travailler, son authenticité et ma vérité que j’avais besoin de dire« . Au-delà d’un récit d’émancipation qui touche au cœur par son réalisme glaçant, c’est toute la justesse de la série qui est ici frappante. Il émane comme une authenticité qui ne peut laisser indifférent, comme si on oscillait entre les codes sériels et le documentaire. Le meilleur de la fiction et du réel pour déployer l’engrenage du pire. A cet égard, entre les tentatives balbutiantes de Nismet et ce qu’elle va mettre en œuvre pour devenir une femme libre, la démonstration dans ce cheminement de vie est magistrale. Tout sauf étonnant que Nismet ai décroché le prix de la meilleure série 52 minutes à La Rochelle 2024.

Nismet a grandi trop vite et a donc été privée d’une partie de sa vie. La suite, une fois le drame (que nous tairons) noué, va être comme si Nismet faisait tout pour vivre encore plus que les autres. Elle va agir sans cesse, franchir les barrières parfois pour toujours être libre, et ne jamais dépendre de l’autre ou du système, tant elle se méfie des deux. Cet apprentissage de la liberté est saisissant de vérité, et se fait avec la détermination de celle qui ne lâchera rien pour s’en sortir. Nismet, c’est aussi un hommage poignant à sa mère, et forcément par extrapolation à l’inconditionnalité de l’amour filial. Ici, c’est du sacrificiel dont il s’agit, et l’amour mère/fille n’est jamais verbeux, juste il est montré. L’amour c’est autant les preuves que les mots, et Nismet, c’est aussi ça, parfois taiseuse, la série montre, déplie, déploie et nous met toujours à niveau de l’intrigue et des personnages. La mise en scène très épurée, sans artifice, nous recentre sur les personnes, leurs sentiments et clairement pour Nismet son intériorité. C’est son âme, son cœur et son corps que nous investissons et on vit à plein sa force si impressionnante.

Au casting, bien sûr, Emma Boulanouar est juste inoubliable. Ses émotions souvent contenues et toutes en pudeur dans un parcours où elle subit tout en agissant tout le temps. Comme une force tranquille, car elle porte en elle une forme d’optimisme qui nous emmène partout avec elle. Elle est bluffante, impressionnante. Loubna Abidar dans le rôle de la mère reste aussi au creux de notre mémoire entre souffrance, fatalité et dans ce qu’on imagine de ses rêves qui se sont brisés. Au final, Nismet est une série utile, nécessaire et même indispensable. Au-delà de son sens du réel, elle se binge watche en mode sériel. Devant cette pépite, on vibre autant qu’on vit !
Crédits : Arte








































































































































