Critiques Cinéma

CAPTAIN AMERICA : BRAVE NEW WORLD (Critique)

SYNOPSIS : Peu après avoir fait la connaissance du nouveau président des Etats-Unis Thaddeus Ross, Sam Wilson se retrouve plongé au coeur d’un gigantesque incident international. Dans une lutte acharnée contre la montre, il se retrouve contraint de découvrir la raison de cet infâme complot avant que le véritable cerveau de l’opération ne mette bientôt le monde entier à feu et à sang…

Trente-cinquième film du MCU, le fraîchement sorti Captain America : Brave New World est aussi le cinquième film de sa phase cinq. De quoi vérifier si le chiffre cinq lui a vraiment porté bonheur mais aussi de remettre l’église au milieu du village car la question qui brûle les lèvres est bien : où diable en sommes-nous dans ce bordel de MCU ? L’interrogation est d’autant plus intéressante que rétrospectivement, quelques années en arrière seulement, lorsqu’un Captain America (ou autre film du MCU par ailleurs) sortait c’était un véritable évènement. Nous nous retrouvions avec les copains, si possible le jour de la sortie pour éviter les spoilers, la salle était bondée et on ressortait de la projection très heureux de dérouler le fil tissé au sein d’un univers connecté qui fonctionnait jadis plutôt bien, avides d’analyser les miettes laissées sur le prochain film, balancées par automatisme au sombre poulailler peu regardant que nous étions alors. A contrario Brave New World semble sortir dans une indifférence générale caractérisée, peu aidé par une campagne promotionnelle quasi inexistante, ou à tout le moins dénuée du moindre panache, emboîté au sein d’une phase lunaire totalement décousue où le seul rejeton qui s’en est sorti avec les honneurs est le très spécifique Les Gardiens de la Galaxie 3, avec son unique et première Dauphine, le non moins spécifique Deadpool 3, qui relevait toutefois davantage du plaisir coupable que du long métrage qualitatif avec sa réalisation laide comme tout et son scénario sans contenance (mais fort heureusement, c’était amusant et divertissant). A l’heure où attendre pour voir une scène post-générique nous emmerde au plus haut point, où on ne comprend même plus l’histoire globale, là encore peu aidés par Disney et les multiples séries qu’il conviendrait de s’infliger pour rester concentrés, et où finalement seuls des films très déconnectés (du moins en apparence) semblent emporter les suffrages (comme l’enthousiasmant Les 4 Fantastiques, premiers pas), au milieu d’un cimetière jonché de produits que personne ne demande ou de rumeurs sur des films attendus qui semblent se faire dans la douleur la plus totale (Spider-Man 4), que reste-t-il encore debout ? Captain America est-il le sauveur de ce MCU gangrené depuis la fin de Endgame ? Vous l’aurez constaté à la note, il est malheureusement au sauvetage ce que la grêle est pour votre nouvelle véranda : un potentiel sinistre. 

Ce Brave New World arrive donc après les films précités mais fait également suite au nullissime Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, ou encore à The Marvels, sur lequel nous n’avons pas d’avis particulier dans la mesure où comme la quasi-totalité de la population mondiale, nous ne sommes pas allés le voir. Pour tout vous dire nous nous réjouissions un tant soit peu de notre séance car autant la bande annonce de Thunderbolts (le prochain film après Captain) laissait présager une nouvelle grêle bien dodue sur votre véranda, autant la bande annonce de Brave New World nous avait eu. L’ambiance semblait différente, un peu pesante, on y discernait des enjeux propres à des films de guerre ou d’espionnage…il y avait sensiblement ce truc qui ferait le sel d’un peu de fraîcheur, même si la réalisation ne semblait pas particulièrement endiablée, et pour cause on n’arrivera jamais à comprendre les décisionnaires de chez Disney qui semblent se mettre dans la mouise tous seuls : pour relancer Captain America c’est donc Julius Onah, le réalisateur du désastreux Cloverfield Paradox qui est à la barre…doux Jésus. Notre relative positivité c’était en tout cas sans savoir que la promotion était en réalité l’un des pires ennemis du film. On l’a tous vu ce nouveau Hulk rouge, incarné par un Harrison Ford pour lequel le film sert aussi d’investiture (dans tous les sens du terme puisqu’en plus de débarquer dans le MCU il incarne aussi le Président des Etats-Unis). Ce fameux Hulk Rouge bien mis en avant partout pour appâter le chaland. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que TOUT le film était en réalité construit autour de la révélation que le personnage d’Harrison Ford allait se transformer en quelque chose qui n’est autre que le Hulk Rouge ! Et oui, c’est littéralement le climax et la révélation du film, largement teasé au cours de nombreuses scènes où le personnage, rongé de l’intérieur par quelque chose de mystérieux, semble à deux doigts de devenir incontrôlable. Le film avait donc si peu d’éléments à vendre au cours de sa promotion qu’il a désespérément balancé sur la place publique un élément qui n’est rien d’autre qu’un gigantesque spoiler.

Après avoir vu le film peut-on vraiment lui en vouloir ? Oui, d’un certain côté, car nous aurions adoré avoir cette surprise en salles, nous pensons même que nous aurions davantage apprécié le film car nous aurions eu le sentiment d’être un minimum récompensés. Non, d’un autre côté, car il faut bien reconnaître que sans être honteux (on a vu largement pire dans le MCU, on se souvient encore de la vilaine tête volante dans le dernier Ant-Man et on se dit, bordel, c’était bien plus douloureux de se farcir ça) le film n’est pas bon. Nous irons même plus loin : cela saute aux yeux que ce Captain est le fruit d’un processus d’écriture malade, désorganisé, sûrement garni de plusieurs réécritures successives et à plusieurs mains. Premier symptôme : il y a beaucoup trop d’éléments tous liés les uns aux autres n’importe comment. D’abord il y a Thaddeus Ross, incarné donc par Harrison Ford, qui n’est autre qu’un recast du personnage autrefois joué par William Hurt (aujourd’hui décédé) dans L’Incroyable Hulk de Louis Letterrier. Brave New World nous connecte donc son histoire avec celle d’un film datant de 2008 et jamais véritablement bien assimilée dans le MCU, mais après tout pourquoi pas. Ensuite il faut légitimer un Anthony Mackie qui génère assez peu d’engouement dans le rôle du nouveau Captain America. Mackie n’est pas un mauvais acteur, on l’a récemment vu dans notre papier sur Twisted Metal, il a plusieurs cordes à son arc. De là à dire qu’il dispose de l’aura nécessaire pour incarner Captain America…c’est compliqué. Il fait le job, point barre. La série Falcon et le Soldat de l’hiver (bien meilleure que Brave New World, soit dit en passant) le montrait bien, Mackie n’est pas forcément l’homme de la situation car tout le monde lui vole la vedette. Dans la série l’incroyable Sebastian Stan prenait toute la lumière (il faut dire pour le coup que c’est un acteur de haut vol qui sait tout jouer, comme il l’a encore confirmé dans The Apprentice), et dans Brave New World c’est Harrison Ford qui a le seul personnage véritablement intéressant, charismatique et imposant qu’on prend du plaisir à suivre. Brave New World est donc aussi un échec pour imposer son nouveau futur chef des Avengers.

Marvel le sait très bien que les gens ne sont pas réceptifs à Anthony Mackie. Ils en font même l’un des fonds de tiroirs de leur Brave New World avec un Sam Wilson qui a le syndrome de l’imposteur parce que contrairement à Steve et Bucky, il n’a pas pris le sérum. Au fond les gens ne sont pas hostiles à un nouveau Captain America (avant oui mais de l’eau a coulé sous les ponts, et maintenant tout le monde s’en fout de surcroît), ils sont surtout peu emballés par le choix d’Anthony Mackie. Le présent film achèvera nous le pensons de consommer le semblant de relation que le studio tente maintenant d’imposer depuis de longues années entre les fans et Mackie. Pour autant ces raisons ne sont pas nécessairement celles qui font de Brave New World un film raté. Nous évoquions l’aspect malade du film parce qu’il faut bien le dire l’histoire n’a aucun sens et part dans tous les directions. Il y a aussi trop de personnages comme le minable clown joué par Giancarlo Esposito, la pseudo ancienne veuve noire dans laquelle Shira Haas se glisse ou encore l’espèce de Faucon Junior (Danny Ramirez), sidekick dont tout le monde se fout d’un Sam Wilson lui-même ancien sidekick qui aux yeux du public en est toujours un…ironique et donc peu approprié. Ajoutons à cela que le film se permet des choses qui devraient en 2025 être interdites, d’autant plus au milieu d’un univers qui se casse la tronche. Par exemple certains éléments d’intrigues n’ont absolument aucun sens, ni pour les personnages, ni pour les spectateurs, ce que le scénario lui-même semble savoir (décidément pour un film à la ramasse on le sent étonnamment clairvoyant sur son ossature qui peine à mettre un pied devant l’autre mais qui tente de marcher quand même). C’est alors qu’un personnage qui n’a rien compris à ce qui se passe pose tout haut la question que tout le monde se pose tout bas (grosso modo : what the fuck quel rapport entre ce qu’il dit et ce qu’on vient de voir ?), ce à quoi Sam Wilson ou le bad guy du film (en général, ce sont souvent eux les monsieurs je-sais-tout autoproclamés) répondent quelque chose qui n’a pas davantage de sens mais qui semble crédibiliser ce qui se passe à l’écran aux yeux de tous les autres personnages, alors que pourtant non, ce qu’on nous vend n’a littéralement aucune logique. Le tout s’avère saupoudré de conflits internationaux où les Etats-Unis sont remontés contre le Japon qui met en péril la signature d’un traité, car le vilain Némésis du film tire dans l’ombre des ficelles auxquelles seul lui semble comprendre quelque chose. Non rassasiés face à ce scénario foutraque et globalement sans queue ni tête, Marvel a même le toupet de nous mettre une scène générique, probablement tournée sur le pouce pour combler la misère, qui nous fait attendre jusqu’à la toute fin du générique pour nous teaser quelque chose de nébuleux avec deux répliques qui auraient pu faire leur effet il y a dix ans mais qui aujourd’hui sont juste une insulte pour le spectateur qui s’emmerde à attendre de précieuses minutes alors qu’il en a déjà perdu énormément devant ce Brave New World dont la version finale du scénario a clairement été torchée sur un coin de table. C’est donc viscéralement irrespectueux de la part du studio de proposer cela pour clôturer son bric-à-brac, surtout que ladite scène ne donne pas envie de voir davantage de quoi que ce soit d’autre, où comment confirmer soi-même le non-événement.

Brave New World est ainsi un film regardable qui ne sert malheureusement pas à grand-chose, d’autant plus que son scénario est d’une note assez haute sur l’échelle de « on n’a absolument aucune idée de ce que raconte notre propre histoire« . Nous sauverons le personnage d’Harrison Ford qui est foncièrement intéressant et qui permet d’explorer un chemin de rédemption extrêmement pertinent pour se racheter auprès du peuple, mais aussi et surtout auprès de sa fille, qui ne l’a jamais pardonné depuis les événements de L’Incroyable Hulk. Nous sauvegarderons enfin son Hulk Rouge qui est esthétiquement très beau, avec un visage où l’on reconnaît agréablement bien les traits de notre Harrison qui est décidément de tous les bacs à sable et qui pour le coup a un vrai bon personnage. Dommage que son entrée au sein du MCU se fasse dans un film aussi mal écrit, aux scènes d’action dénuées de surprises ou d’amusement, mais nous espérons le revoir rapidement car la proposition le concernant était bien la seule intelligente de ce Brave New World qui finira sûrement dans la postérité comme dans les salles : délaissé de tous.

Titre Original: CAPTAIN AMERICA : BRAVE NEW WORLD

Réalisé par: Julius Onah

Casting: Anthony Mackie, Harrison Ford, Danny Ramirez

Genre: Action, Aventure, Fantastique

Sortie le: 12 février 2025

Distribué par: The Walt Disney Company France

PAS GENIAL

 

 

 

 

 

 

 

 

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