Critiques Cinéma

THE BRUTALIST (Critique)

SYNOPSIS : Fuyant l’Europe d’après-guerre, l’architecte visionnaire László Tóth arrive en Amérique pour y reconstruire sa vie, sa carrière et le couple qu’il formait avec sa femme Erzsébet, que les fluctuations de frontières et de régimes de l’Europe en guerre ont gravement mis à mal. Livré à lui-même en terre étrangère, László pose ses valises en Pennsylvanie où l’éminent et fortuné industriel Harrison Lee Van Buren reconnaît son talent de bâtisseur. Mais le pouvoir et la postérité ont un lourd coût.

C’est l’un des favoris dans la course aux prochains Oscars (cérémonie qui s’annonce d’ores et déjà particulièrement mouvementée – et c’est peu dire…), The Brutalist avait déjà rapporté à Brady Corbet le Lion d’Argent du meilleur réalisateur, avant de s’imposer parmi les vainqueurs des derniers Golden Globes. Une pluie de récompenses qui ont vite fait du film un morceau de curiosité immanquable, un bloc de 3h35 (dont un entracte de 15 minutes en son centre) dont l’ambition formelle et artistique déroute autant qu’elle fascine. The Brutalist raconte le récit de László Toth, un architecte hongrois que l’on suit lors de son arrivée aux Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale. Suivant une once de « rêve américain », avec l’espoir de pouvoir ramener sa femme Erzsébet, restée en Hongrie, à ses côtés, László est repéré par le riche industrialiste Harison Lee Van Buren et se voit proposer un projet architectural démesuré…



Par sa forme déjà particulièrement atypique, doublée d’un plan narratif d’une ambition impressionnante, The Brutalist est le genre de projet massif que l’on a bien du mal à voir naître sur les grands écrans actuels. Avec son troisième long-métrage, Brady Corbet renoue avec la grandeur du cinéma en VistaVision (car c’est le procédé choisi par le metteur en scène pour emballer le film) pour narrer plusieurs décennies dans le quotidien d’immigrés européens tentant de vivre leur American Dream loin de la guerre et de l’oppression subies par la communauté juive. Ce lourd sujet donne à The Brutalist toute sa substance qui – comme son nom l’indique – excelle dans une mise en scène monumentale, vissée autour de plans fixes impressionnants, de décors massifs et d’une certaine vision minimaliste de l’art et des dialogues. Corbet donne à ses comédiens (menés entre autres par les excellents Adrian Brody, Guy Pearce, Felicity Jones, Stacy Martin et Joe Alwyn) un scénario diablement efficace (qu’il co-signe avec sa compagne Mona Fastvold) découpé en deux grands actes d’1h40 chacun, lesquels sont accompagnés d’une respiration très bien placée avec ce fameux entracte de 15 minutes. Mais même si sa mise en scène et sa direction d’acteurs sont des qualités évidentes du film, The Brutalist est notablement saisissant au niveau de son rythme, mené avec une précision hors-normes grâce au montage millimétré de Dávid Jancsó, pour venir offrir à la sublime photographie de Lol Crawley un cadre absolument passionnant qui scotche le spectateur à l’écran tout au long de son épopée.



En focalisant son regard sur le gris du béton et sur une ambition brutaliste affichée, Corbet et son équipe convoquent les grands récits classiques de la fresque américaine post-Seconde Guerre Mondiale, livrant un grand spectacle éminemment intimiste, aussi brutal qu’il est délicat, découpant l’horizontalité de ses cadres avec la verticalité vertigineuse de ses bâtiments en béton brut. Emballé par la bande-originale enivrante de Daniel Blumberg et par cette photographie à l’ambition démesurée qui nous fait constamment cogiter sur les (à peine) 10 millions de dollars de budget du film (une petite somme pour un film de cette ampleur aux Etats-Unis), The Brutalist s’impose comme une proposition monumentale, ancrée dans un cinéma aussi magique qu’il est pernicieux, balancé entre un propos social tragique et l’envie de croire en un futur un peu plus beau. Les 3h35 filent à une vitesse stupéfiante, nous emmenant dans les méandres des blocs de béton labyrinthiques de László Toth, expression en miroir d’une succession de traumatismes qui impriment une certaine vision du monde moderne.

The Brutalist construit en deux mouvements la naissance et la mort du rêve américain, racontées par une envie prolongée de faire parler l’esthétisme érigé en réponse à la destruction, à la mort et aux génocides. Comme l’humanité qui se débat pour rester en vie. En résulte indubitablement un grand film moderne, une merveille saisissante et mémorable qui se positionne d’ores et déjà parmi les meilleurs longs-métrages de l’année – et qui devrait le confirmer aux prochains Oscars (mais encore une fois, ceux-ci s’avèrent particulièrement mouvementés, pour le meilleur comme pour le pire…).

Titre Original: THE BRUTALIST

Réalisé par: Brady Corbet

Casting: Adrien Brody, Felicity Jones, Guy Pearce…

Genre: Drame

Sortie le: 12 février 2025

Distribué par: Universal Pictures International France

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